J'ay fait l'obseque de ma Dame
Dedens le moustier amoureux,
Et le service pour son ame
A chanté Penser doloreux;
Mains sierges de souspirs piteux
Ont esté en son luminaire;
Aussy j'ay fait la tombe faire
De regretz, tous de lermes pains,
Et tout entour, moult richement,
Est escript: Cy gist vrayement
Le tresor de tous biens mondains.
Dessus elle, gist une lame
Faictes d'or et de saffirs bleux;
Car saffir est nommé la jame
De Loyaulté, et l'or eureux;
Bien lui appartiennent ces deux;
Car Eur et Loyaulté pourtraire
Voulu, en la tres debonnaire,
Dieu, qui la fist de ses deux mains,
Et fourma merveilleusement;
C'estoit, à parler plainement,
Le tresor de tous biens mondains.
N'en parlons plus, mon cueur se pasme
Quant il oyt les faiz vertueux
D'elle, qui estoit sans nul blasme;
Comme jurent celles et ceulx
Qui congnoissoient ses conseulx;
Si croy que Dieu la voulu traire
Vers lui, pour parer son repaire
De Paradis, où sont les sains,
Car c'est d'elle bel parement,
Que l'en nommoit communement
Le tresor de tous biens mondains.
L'ENVOY.
De riens ne servent pleurs, ne plains;
Tous mourrons, ou tart ou briefment;
Nul ne peut garder longuement
Le tresor de tous biens mondains.