I
Hélas, ton corps! ô ma longue et pâle malade,
Ton pauvre corps d'orgueil parmi les coussins blancs!...
Les maux serrent en toi leur nerveuse torsade
Et vers l'éternité tournent tes regards lents.
Tes yeux, réservoirs d'or profond, tes yeux bizarres
Et doux, sous ton front plane, ont terni leurs ardeurs,
Comme meurent les soirs d'été dans l'eau des mares,
Mélancoliquement, dans tes grands yeux tu meurs.
Tes bras qui s'étalaient au mur de ta jeunesse,
Tel qu'un cep glorieux vêtu de vins et d'or,
Au long de tes flancs creux lignent leur sécheresse,
Pareils aux bras osseux et sarmenteux des morts.
Tes seins, bouquets de sève étalés sur ton torse,
Iles de rouge amour sur un grand lac vermeil,
Délustrés de leur joie et vidés de leur force,
Sèchent, eux que mon rut levait à son soleil.
Et maintenant, qu'aux jours de juin, pour le distraire,
On t'amène, là-bas, dans les jardins l'asseoir.
Dès qu'on t'assied dans l'herbe, je crois le voir
Tout lentement déjà t'enfoncer sous la terre.