La Source
La source de cristal frémit sous la fougère;
La voici qui murmure et court sur les cailloux
Tout enfants autrefois, dans sa nappe légère,
Nous avons en riant miré nos fronts si doux.
Aussi n’est-elle point à nos cœurs étrangère;
Nous lui disons tout bas: «Te souviens-tu de nous?»
Quoi! ne savons-nous pas que l’onde est passagère?
Sans cesse un flot s’enfuit devant un flot jaloux.
Par son aspect charmant c’est encor notre source,
Mais, changeante toujours en sa rapide course,
Peut-elle être aujourd’hui ce qu’elle fut hier?
Et notre âme, elle aussi, se transforme à tout âge.
Qu’est-ce donc après tout que notre Moi si fier?
Rien qu’un vain souvenir dans une frêle image.