Dites au soleil qui se lève,
A la terre qui tourne autour,
De retarder d’une heure brève
L’heure de la nuit ou du jour.
Dites à la moins haute étoile:
«Descends vers moi; tu m’appartiens!»
Au vent contraire: «Emplis ma voile,
Pour que j’aille au lieu d’où tu viens!»
Dites à la pomme qui tombe:
«Reste à la branche,» ou «Reste en l’air!»
Dites: «Je veux vivre,» à la tombe,
Ou: «Sois le printemps,» à l’hiver!
Puis, passant de la chose à l’être,
Dites au lion rugissant,
Quand sur la proie il pose en maître
Sa griffe: «Ne bois pas ce sang!»
Dites au tourtereau fidèle:
«Change d’épouse!» au rossignol:
«Ne chante plus!» à l’hirondelle:
«Hirondelle, suspends ton vol!»
Et tous, lions roux, pommes roses,
Soleil, terre, soir et matin,
L’oiseau, l’étoile, êtres et choses,
Diront: «Nous sommes au destin!»
Tous, la fatalité les mène,
Et la Vie en cercle, la Loi,
Jamais la Roue, ô race humaine,
Ne se dérangera pour toi!
C’est la Force, et non la Justice
Qui tourne sur l’étrange essieu.
Tendresse, pitié, sacrifice,
Sont verbes inconnus de Dieu!
L’Homme seul,—la vie est étrange!—
Sur tant d’êtres en lutte entre eux,
Parfois, s’il le veut, se dérange,
Et souffre pour faire un heureux!
Et dans sa misère profonde
C’est par là que le plus obscur,
Juste,—est plus grand que le grand monde
Et plus sublime que l’azur!