Je voudrais te chanter, ô mon pays d’Auxois,
Où le sabot sonore aux pieds du villageois
Retentit ! Petits monts dénudés dont les crânes
Cachent de vieux tombeaux et de sombres arcanes,
Où le fer des labours rebondit sous la main
Au choc des os gaulois et du glaive romain.
Qu’il me plairait de dire en ta langue rustique
Les exploits de tes preux à cette époque antique
Qui charme notre esprit et fait germer au cœur
L’épi d’or de la gloire et du libre bonheur !
C’est là, sol du Druide, où s’éleva mon âme !
Sur tes dolmens sacrés, où la vaillante lame
De Vercingétorix autrefois se brisa.
L’eau coule au lieu de sang, et l’on m’y baptisa.
Dans un calme village assis près de la Brenne
(Comme ce nom gaulois que l’on connait à peine
Est doux au prononcer !), tout au creux de l’Auxois
Serpenta mon enfance à travers monts et bois.
J’étais sauvage alors ! J’aimais tant à répandre
Partout mon libre instinct ! À monter, à descendre
J’excellais, et souvent mon absence jeta
L’alarme et la douleur au sein qui me porta.
On me croyait perdu lorsque sur toi, Nature,
Je me roulais, fuyant, trop fière créature,
Ce premier pas qui mène aux études sans fin !
Ah ! les fortes leçons qu’exhalait ton grand sein !
Quand maintenant je viens, de mes luttes lointaines
Meurtri, me retremper au frais de tes fontaines
Et contempler encor tes verdoyants contours,
Terre aux flancs argileux chargés de tant de jours,
Il me semble renaître à ton grave sourire,
Tel qu’aux temps où sur moi s’exerçait ton empire !
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Nul barde n’a chanté ta gloire et ta rudesse,
Cependant ! nul n’a dit ce que tient de tendresse
Et d’agreste bonheur ton sein fauve et rugueux !
Nul n’ayant peint tes bois, tes monts, tes vallons creux
Et les robustes cœurs qui luttent sur ta terre,
Auxois, sol ferme et fort, où Buffon, solitaire
Dans sa tour de Montbard, tenta de déchirer
Ce voile où la Nature aime à se retirer,
Hors Buffon, qui de toi prit l’haleine puissante,
Et, durant soixante ans, d’une main incessante,
Compulsant, écrivant, te peignit par endroits,
Nul ne t’ayant chanté, j’élève, moi, la voix !