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PoetósferaLa BibliotecaRobert de Bonnières

Robert de Bonnières · Modernismo

Le petit Castel de cire

francés

I

COMMENT ROSE-ROSE AVAIT LE DON D'ENTENDRE LE
LANGAGE DES ABEILLES, CE QU'EXPOSE L'AUTEUR
EN MANIÈRE D'INTRODUCTION

Parmi tous les dons de vertu.
De beauté, de grâce et décence
Que Rose-Rose, à sa naissance,
Eut d'une Fée, elle avait eu
Le don d'entendre sans étude
Les Abeilles en leurs fredons,
Aussi bien que nous entendons
Le bon français par habitude.
Et grâce à ce rare savoir,
Elle avait sur le Roi, son père,
Pour gouverner l'État prospère,
Tout crédit, conseil et pouvoir:
L'hiver n'empêchait pas les roses
D'éclore en ces temps merveilleux,
Et les Abeilles en tous lieux
En savaient long sur toutes choses.

Ceci n'est qu'un conte amoureux
Que je dédie aux coeurs fidèles.
Aimez seulement mes modèles
Aussi bien que je fais pour eux.

II

COMMENT ROSE-ROSE ET MYRTIL EURENT UN SONGE
SEMBLABLE, ET DES PROPOS QUE ROSE-ROSE EUT
AVEC LES ABEILLES

Rose-Rose, à peine éveillée,
Dès la première aube appela
Ses femmes, et ce matin-là,
De blanc voulut être habillée:
Elle fut donc vêtue ainsi
Que sont les blanches fiancées.
Mais nul ne savait ses pensées.
L'amour n'avait pu jusqu'ici
Troubler une dame aussi sage.
On assurait qu'il n'était point
De prétendant qui, sur ce point,
Eût vu rougir son beau visage.
Quand on eut peigné ses cheveux,
Plus blonds qu'une moisson dorée,
Et qu'elle fut ainsi parée
Et belle assez selon ses voeux,
Elle fit, contre l'habitude,
Éloigner ses Dames d'honneur,
Comme si son secret bonheur
S'augmentait de sa solitude.

Elle s'en fut seule au jardin
Pour causer avec les Abeilles.
—Des parterres et des corbeilles,
Des bosquets, des gazons, soudain
Toutes s'empressèrent vers elle,
Et par mille souhaits charmants,
Grâces, bonjours et compliments,
Lui témoignèrent de leur zèle.
Après tous ces gentils discours,
Prenant sa voix la plus menue,
Rose leur dit:—«Je suis venue
Vous demander aide et secours;
Et tout d'abord je vous rends grâce
De ce que vous ne m'avez fait
Encor défaut d'aucun bienfait:
Voici le cas qui m'embarrasse.

«J'aime un Prince que je n'ai vu
Qu'en songe encor, cette nuit même;
Rien ne m'est plus, sinon qu'il m'aime
Et qu'il m'a prise au dépourvu.
Amour donc jamais ne nous laisse
Sans aimer, car je ne suis plus,
Malgré mes dédains résolus,
Que joie, espoir, trouble et faiblesse!

—«Le lieu de mon songe était tel,
Que je vis en cette aventure
Ce même jardin en peinture,
Ces fleurs et ce petit Castel
Que vous m'avez sur la colline
Tout bâti de cire, au dessus
Du petit lac aux bords moussus
Et de ce jardin qui décline.
Ce fut là qu'il me vint chercher
Et me put expliquer sa flamme
En mots si vrais, que jusqu'à l'âme
Son bel amour me sut toucher:
Et comme en un miroir immense
Je me voyais lui souriant
Et lui de même me priant
Tout obtenir de ma clémence.
—«Je suis fils de Roi, disait-il,
Et je veux vous aimer sans cesse.
Vous pouvez, sans honte, Princesse,
M'aimer aussi! J'ai nom Myrtil.
—«Mon nom, lui dis-je, est Rose-Rose,
—«Et, dans l'instant, nos jeunes fronts
Furent, ainsi que nous serons,
Couronnés de myrte et de rose.
En me voyant si belle ainsi,
Et lui plus beau que la lumière,
Je donnai mon amour première
Au beau Prince que j'ai choisi.»

Songe alors n'était pas mensonge,
Car Myrtil eut, de son côté,
Comme on l'a depuis rapporté,
Cette même nuit même songe:
Il vit, dans le même moment,
Au même lieu, sa même image
A Rose-Rose rendre hommage.
Et lui faire même serment,
Dans ce même Castel de cire
Où, sans penser au lendemain,
Rose avait bien promis sa main,
A n'en douter, à ce beau Sire.

Et Rose dit en même temps:
—«Allez vite, Abeilles fidèles.
Vite autant que vous aurez d'ailes.
Dire à Myrtil que je l'attends!
Allez du couchant à l'aurore,
Et ne revenez pas sans lui;
Allez, et dites à celui
Que j'aime, au pays que j'ignore,
Lorsque vous l'aurez rencontré,
Qu'approuvée ou que combattue,
Toute de blanc ainsi vêtue,
En ce Castel je l'attendrai
Chaque jour, à cette même heure,
A chaque aube que Dieu fera,
Et que, s'il faut, l'on m'y verra
Venir jusqu'au jour que je meure!»

III

COMMENT LES ABEILLES ENTREPRIRENT UN LONG VOYAGE
ET COMMENT ROSE-ROSE ATTENDIT LEUR RETOUR

On ne pouvait pas, en effet,
Contredire en cette occurrence,
Car il n'était pas même en France
De Prince en tout point si parfait:
Et les Abeilles, à l'entendre,
D'une part avaient approuvé
Tout ce que Rose avait rêvé
De beau, de sincère et de tendre,
Mais, d'autre part, le pire était
Que par mainte et mainte contrée
Elles la savaient séparée
De Myrtil, et qu'il habitait
Au delà des terres connues,
En des pays si fort distants,
Qu'il leur faudrait bien bien longtemps
Avant que d'être revenues.
Car le monde est grand, ce dit-on.
Pourtant, nos bonnes confidentes,
Quoique très sages et prudentes,
N'objectèrent rien sur ce ton,
Sachant que l'amour ne raisonne
Et n'en veut qu'à son bon plaisir,
N'ayant le goût ni le loisir
De croire ou d'entendre personne.
—En rien donc ne contrariant
Son dessein, l'ambassade ailée
Après s'être au ciel assemblée,
Tourna son vol vers l'Orient:
Elle allait si fort admirée,
Comme un globe d'or dans les cieux.
Et paraissait à tous les yeux
Si prompte, si belle et dorée,
Que telle ambassade, je crois,
N'alla du Louvre ou de Versailles
Négocier les fiançailles
D'aucune fille de nos rois!

Rose ainsi fit qu'aux messagères
Elle avait dit qu'elle ferait;
Chaque jour, elle se parait
D'étoffes blanches et légères;
Les myrtes aux roses mêlés
Ceignaient son front, et sûre d'elle
Et de son bel amour fidèle,
Malgré bien des jours écoulés
Dans l'attente et la solitude,
En son Castel, chaque matin,
Elle attendait l'époux lointain
Sans trouble et sans incertitude.
Et tel était son sentiment
Et sa foi, que la longue attente
Ne la rendait que plus constante,
Et que l'on admirait comment
Sa magnifique indifférence
Mettant la Cour en désarroi
Déconcertait maint fils de Roi
Venu dans une autre espérance,
Son Père était tout déconfit
Et le pauvre homme en cette affaire
Ne savait vraiment plus que faire:
Et que vouliez-vous bien qu'il fit?
Larmes, prières, étaient vaines;
Et ce fut tout de même en vain
Qu'il s'enquit d'un fameux devin
Et qu'il ordonna des neuvaines.
Rose n'entendait pas raison.
Et revenait, sans être lasse,
Chaque jour à la même place
Consulter le pâle horizon
Dès l'aube.—Et la belle songeuse
Ne songeait à rien qu'à l'amant,
Que lui ramenait sûrement
Son ambassade voyageuse.

IV

COMMENT MYRTIL FIT A TRAVERS LE MONDE UN VOYAGE
MERVEILLEUX QUI DURA CENT ET
CINQUANTE ANNEES.

Myrtil s'était mis en chemin,
Guidé par les bonnes Abeilles.
Lorsqu'il les eut de ses oreilles
Ouï, comme en langage humain,
Qui contaient l'histoire suivie
De son beau songe trait pour trait,
Et comment Rose l'attendrait
S'il le fallait, toute la vie,
Aussitôt le Prince amoureux,
Malgré tout le noble entourage,
Qui ne craignait que son courage
En ce départ aventureux,
Prit une belle et bonne armée
Et se mit en marche à travers
Tant et tant de peuples divers,
Pour retrouver sa bien aimée,
Qu'il n'est Monarque ou Conquérant
Qui, pour de moins belles victoires
Et des travaux moins méritoires,
N'en ait reçu le nom de Grand.

L'Amant, dont la fortune heureuse
N'avait que des coups surprenants,
Par les mers et les continents
Promenait sa gloire amoureuse.
—Mais, si je tire du récit,
Dont j'ai suivi le commentaire,
Qu'il venait du bout de la terre,
Notre monde se rétrécit
Et n'a plus la même apparence;
Car, outre les pays connus
Dont bien des gens sont revenus,
Tels que Chine, Inde, Egypte et France,
Il avait encor parcouru
Bien des mers depuis ignorées
Et de fabuleuses contrées
Qui de ce monde ont disparu:
La mer où chantaient les Sirènes
Et les vallons mélodieux
Peuplés de Héros et de Dieux
Encor chers aux Muses sereines.
Le jardin d'Eden, où tomba
Adam et la race insoumise
Des hommes, la Terre Promise
Et le Royaume de Saba,
La côte d'Ophir et, près d'elle,
L'or en montagne accumulé,
Le Venusberg, l'île Thulé,
Où mourut le Vieux Roi fidèle,
Et les terres des Paladins,
Et la Forêt où j'imagine
Que vivaient Morgane et Brangine,
L'Ile d'Armide et ses jardins
Avant Renaud et la Croisade,
Et tout l'Orient enchanté,
En mille et une nuits conté
Par la bonne Schéhérazade:
Et Myrtil allait à travers
Le monde, entrainant à sa suite,
En son amoureuse poursuite,
Tous les peuples de l'Univers!
Car les Abeilles étaient Fées,
Et, dès que son glaive avait lui,
Les rois vaincus dressaient pour lui
Des colonnes et des trophées.

Si le voyage fut si grand
Que je n'ai pu faire le compte
Des merveilles qu'on en raconte,
Je puis, du moins, en comparant
Les dates qui m'en sont données.
Conclure que, pour parcourir
L'Univers et le conquérir,
Il mit cent et cinquante années.

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Título
Le petit Castel de cire
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
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Identificador
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Cita recomendada
Robert de Bonnières, «Le petit Castel de cire», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-le-petit-castel-de-cire--robert-de-bonnieres-69f276.html

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