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Hugo, Victor · Modernismo

Dénoncé a celui qui chassa — Les vendeurs du temple

francés

La vieille en pleurs disait:—La misère en est cause,
Pour mon bon vieux défunt je n'aurai pas grand'chose,
Un seul cierge, un seul prêtre, et deux mots d'oraison
A la porte. On peut bien entrer dans la maison,
Avoir l'autel, avoir les saints, avoir les châsses,
Tout le clergé chantant des actions de grâces,
Des psaumes, des bedeaux, tout; mais il faut payer,
Hélas! et moi qui dois trois termes de loyer,
Je n'ai pas de quoi faire enterrer mon pauvre homme.—

Ainsi parlait la veuve, et je songeais à Rome.
Quoi! le riche et le pauvre ont des enterrements
Différents; l'un a droit aux embellissements,
L'autre pas; l'un descend chez les morts, l'autre y tombe,
Et l'un n'est pas l'égal de l'autre dans la tombe!

Quoi! Dieu n'est pas gratis! Quoi! prêtres, le martyr,
Le saint, l'ange, ne veut de sa boîte sortir
Que pour de l'or; sinon vous refermez l'armoire
Sur le ciel, sur la Vierge et sa robe de moire,
Et sur l'enfant Jésus rose et couleur de chair!
Quoi! votre crucifix coûte plus ou moins cher,
Selon qu'il va devant ou qu'il marche derrière!
Prêtres, vous mesurez au cercueil la prière;
Longue, si le cadavre est grand; courte, s'il n'est
Qu'un méchant pauvre mort,—le prêtre s'y connaît,—
Cloué dans une bière étroite et misérable!
Prêtres, le hêtre aux champs, l'aulne, l'ormeau, l'érable,
Versent l'ombre pour rien. Mai ne dit pas aux prés:
Les fleurs, c'est tant. Voyez mon tarif. Vous paierez
Tant pour la violette et tant pour la lavande!
Ah! Dieu veut qu'on le donne et non pas qu'on le vende!
La mort fut toujours juste et toujours nivela;
Reconnaissez au moins cette égalité-là;
Respectez le cercueil sans mépriser la bière;
Faites le même accueil à la même poussière,
Sur le même silence ayez le même chant.
Quoi! je cherche un apôtre et je trouve un marchand!
C'est d'un comptoir que part l'escalier de la chaire!
Que diraient-ils de voir leurs psaumes à l'enchère,
Ces hommes qui songeaient, pâles, dans le désert?
Ah! ce De Profundis superfin qui ne sert
Qu'aux riches, et qu'on met en musique, et qu'on brode,
Que Jésus n'aurait pas et qu'obtiendrait Hérode,
O terreur! il n'en faut pas tant pour faire Dieu
Farouche, et pour changer en ciel noir le ciel bleu!
La prière vendue a l'accent du blasphème.
Hélas! c'est de la nuit que dans les cœurs on sème;
L'ombre, au-dessus de vous, mages qui brocantez,
Efface brusquement toutes les vérités.
Quoi! vous ne voyez pas l'éclipse formidable!
Vous qui savez combien l'abîme est insondable,
Vous vous faites vendeurs!

Prêtres, l'adossement
De l'échoppe suffit pour que le firmament
Épaississe au-dessus de l'église ses voiles;
La boutique retire au temple les étoiles.

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Autor
Hugo, Victor
Título
Dénoncé a celui qui chassa — Les vendeurs du temple
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-denonce-a-celui-qui-chassa-les-vendeurs-du-templ--hugo-victor-a9065e
Cita recomendada
Hugo, Victor, «Dénoncé a celui qui chassa — Les vendeurs du temple», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-denonce-a-celui-qui-chassa-les-vendeurs-du-templ--hugo-victor-a9065e.html

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