Couverts de leurs maux, chargés de leur crime,
Baignés dans leurs pleurs,
Ils crîront vers Dieu du fond de l’abîme,
Du fond des douleurs.
Pâles, frissonnant des pieds à la tête,
Et le cœur amer,
Leur mal les tordra,—comme la tempête
Tord la vaste mer.
Les vierges diront: «L’amour fait le monde,
Et tu le défends!»
Les mères diront, d’une voix profonde:
«Qu’ont fait les enfants?»
L’un dira: «Seigneur, le mal qui m’accable,
Dont j’ai trop souffert,
—Quand tu m’en chargeas, étais-je coupable?...
Tu m’en as couvert!»
Un autre dira: «Que mon cri te touche!
Rien ne t’est caché:
Tu sais si l’on peut détourner sa bouche
Des fruits du péché!»
L’autre a blasphémé: «Ta loi nous ordonne
De souffrir sans fiel;
Le bien pour le mal; il faut qu’on pardonne
Pour complaire au ciel!...
«... Si quand j’ai mal fait, tu rends en souffrance
Le mal à mon corps,
Quelle est entre nous,—dis,—la différence,
O Maître des forts!
«D’ailleurs, le pêché lui-même nous semble
Un vrai châtiment!»
Et tous ont crié, pleurant tous ensemble:
«Réponds, Dieu clément!»
... Tous ont attendu dans les tabernacles
Que Dieu répondît,
Par sa grande voix, la voix des miracles,
A l’homme maudit...
Mais tous vainement, l’oreille à la porte,
Ils ont écouté...
«Justice du ciel, serais-tu donc morte
Dans l’éternité?»