Mon cœur est sur ton amour,
Comme est la barque sur l’onde.
Mon cœur vogue, nuit et jour,
Sur ta grande amour profonde.
S’il a bon vent et ciel clair,
J’en bénirai Notre-Dame.
La mer est fausse: la mer
Est moins fausse que la femme!
Où le mèneront les flots
Mon cœur vogue à l’aventure...
Entends-tu les matelots
Fredonner dans la mâture?
Aux longs cils baissés du soir
Tremble la première étoile;
Pour pilote, j’ai l’espoir...
Ho!... larguez toute la toile!
Mon cœur s’en va, mon cœur fuit;
Après le flot, le flot passe.
L’aile triste de la nuit
Plane, immense, dans l’espace.
Je ne sais pourquoi j’ai peur!
Un courlis traverse l’ombre:
Amour de femme est trompeur,
Et je sens mon cœur qui sombre!
Demain, quand poindra le jour,
Comme une épave livide,
Flottera sur ton amour
Mon cœur brisé, mon cœur vide!
Et l’on inscrira mon nom
Dans un vieux porche d’église:
«Perdu corps et biens!» Mais non!
Qui sait quand un cœur se brise?