Musique de M. Édouard Vincelette.
I
Te souvient-il de ces jours éphémères
Où le bonheur dorait notre chemin,
Où nous causions sous les yeux de nos mères,
Coeur près du coeur, et la main dans la main?
En souriant, tu m'appelais ton frères;
Je te nommais avec plaisir ma soeur.
Puis un matin—réminiscence amère—
Tu me laissas en proie à la douleur...
Blanche te souvient-il?
Blanche te souvient-il?
II
Tu t'envolas vers la rive de France,
En me disant: «Je ne t'oublierai pas;
J'adoucirai ta brûlante souffrance
En t'écrivant quand je serai là-bas!»
Et je suivis des yeux la blanche voile
Qui t'emportait dans le lointain brumeux;
Je priai Dieu d'allumer cette étoile
Qui mène au port le voyageur heureux.
Blanche te souvient-il?
Blanche te souvient-il?
III
Tu m'avais dit qu'avec les hirondelles
Tu reviendrais pour ne plus me quitter...
Le printemps brille, et les oiseaux fidèles
Sont revenus sous mon toit s'abriter.
Toi seule, hélas! ô ma tendre colombe,
Ne voles pas à mon parterre en fleur;
Le ciel a-t-il ouvert pour toi la tombe,
Ou bien le temps a-t-il fermé ton coeur?...
Blanche te souvient-il?
Blanche te souvient-il?
Juin 1883.