Plac’had ann ôd a gan eur gân
Hac a zo trist, hac a zo splân.
Dors, petit enfant, dans ton lit bien clos;
Dieu prenne en pitié les bons matelots!
—Chante ta chanson, chante, bonne vieille!
La lune se lève et la mer s’éveille.
Quand tu seras mousse, hélas! c’est le vent
Qui te bercera dans ton lit mouvant.
—Chante ta chanson, chante, bonne vieille!
La lune se lève et la mer s’éveille.
Déjà dans ton âme a chanté la mer
Son chant doux aux fils, aux mères amer.
—Chante ta chanson, chante, bonne vieille!
La lune se lève et la mer s’éveille.
Au Pays du Froid ton père a sombré.
Tu naissais alors, je n’ai pas pleuré.
—Chante ta chanson, chante, bonne vieille!
La lune se lève et la mer s’éveille.
Au Pays du Froid, la houle des fiords
Chante sa berceuse en berçant les morts.
—Chante ta chanson, chante, bonne vieille!
La lune se lève et la mer s’éveille.
Dors, petit enfant, dans ton lit bien doux,
Car tu t’en iras comme ils s’en vont tous.
—Chante ta chanson, chante, bonne vieille!
La lune se lève et la mer s’éveille.
Tes yeux ont déjà la couleur des flots.
Dieu prenne en pitié les bons matelots!
—Chante ta chanson, chante, bonne vieille!
La lune se lève et la mer s’éveille.
Car c’est pour les flots que nous enfantons;
Tous meurent marins, qui sont nés Bretons.