(Montbreton et Robertet.)
Je meurs de soif auprès de la fontaine;
Je trouve doulx ce qui doit estre amer;
J'ayme et tiens chier tous ceux qui me font haine,
Je hé tous ceulx que fort je deusse amer;
Je loue ceulx que je deusse blasmer;
Je prens en gré plus le mal que le bien;
Je vois querant ce qu'à trouver je doubte;
Croire ne puis cela que je scay bien;
Je me tiens seur de ce dont plus jay doubte.
Je prens plaisir en ce qui m'est atayne;
Ung peu de chose m'est grant comme la mer;
Je tiens de pres, celle qui m'est loingtaine;
Je garde entier ce que deusse entamer;
Saoul suis, de ce qui me fait affamer;
J'ay largement de tout, et si n'ay rien;
J'oublie ce que plus à cueur je boute;
Ce qui me lasche, me tient en son lien;
Je me tiens seur de ce dont plus j'ay doubte.
Je tiens pour basse chose qui est haultaine;
Je fuis tous ceulx que deusse reclamer,
Je croy plus tart le vray qu'une fredaine;
Tant plus suis froit, plus me sens enflamer;
Quant j'ay bon cueur, lors je prens à pasmer;
Ce que j'aquiers, je ne tiens pas pour mien;
Je prise peu ce qui bien chier me couste;
Sote maniere m'est plus que beau maintien;
Je me tiens seur de ce dont plus j'ay doubte.
L'ENVOY.
Prince, j'ay tout, et si ne scay combien;
J'atire à moy ce qui plus me deboute;
Ce que j'esloigne, m'est plus pres qu'autre rien;
Je me tiens seur de ce dont plus j'ay doubte.