Se je povoye mes souhais
Et mes souspirs faire voler,
Si tost que mon cueur les a fais,
Passer leur feroye la mer,
Et vers celle, tout droit aler,
Que j'ayme du cueur si tres fort.
Comme ma liesse mondaine
Que je tendray jusqu'à la mort.
Pour ma maistresse souveraine.
Helas! la verray je jamais?
Qu'en dictes vous, tres doulx penser?
Espoir m'a promis, ouil, mais
Trop longtemps me fait endurer;
Et, quant je lui viens demander
Secours à mon besoing, il dort.
Ainsi suis chascune sepmaine
En maint ennuy, sans reconfort,
Pour ma maistresse souveraine.
Je ne puis demourer en paix,
Fortune ne m'y veult laisser;
Au fort, à présent je me tais,
Et vueil laisser le temps passer;
Pensant d'avoir au par aler,
Par Loyaulté où mon ressort
J'ay mis, de Plaisance l'estraine,
En guerdon des maulx qu'ay à tort
Pour ma maistresse souveraine.