Le lendemain du premier jour de May,
Dedens mon lit, ainsi que je dormoye,
Au point du jour m'avint que je songay
Que devant moy une fleur je veoye,
Qui me disoit: Amy, je me souloye
En toy fier, car pieca mon party
Tu tenoies, mais mis l'as en oubly,
En soustenant la fueille contre moy;
J'ay merveille que tu veulx faire ainsi,
Riens n'ay meffait, ce pense je, vers toy.
Tout esbahy alors je me trouvay,
Si respondy au mieulx que je savoye:
Tres belle fleur, oncques je ne pensay
Faire chose qui desplaire te doye;
Se, pour esbat, aventure m'envoye
Que je serve la fueille cest an cy,
Doy je pourtant estre de toy banny?
Nennil certes, je fais comme je doy,
Et, se je tiens le party qu'ay choisy,
Riens n'ay meffait, ce pense je, vers toy.
Car non pourtant honneur te porteray
De bon vouloir, quelque part que je soye,
Tout pour l'amour d'une fleur que j'amay
Ou temps passé; Dieu doint que je la voye
En Paradis, apres ma mort, en joye;
Et pour ce, fleur, chierement je te pry,
Ne te plains plus, car cause n'as pourquoy,
Puisque je fais ainsi que tenu suy,
Riens n'ay meffait, ce pense je, vers toy.
L'ENVOY.
La vérité est telle que je dy,
J'en fais juge Amour le puissant Roy;
Tres doulce fleur, point ne te cry mercy,
Riens n'ay meffait, ce pense je, vers toy.