Je, qui suis Fortune nommée,
Demande la raison pourquoy
On me donne la renommée,
Qu'on ne se peut fier en moy,
Et n'ay ne fermeté ne foy;
Car, quant aucuns en mes mains prens,
D'en bas je les monte en haultesse,
Et d'en hault en bas les descens,
Monstrant que suis Dame et maistresse.
En ce, je suis à tort blasmée,
Tenant l'usaige de ma loy,
Que de longtemps m'a ordonnée
Dieu, sur tous le souverain Roy,
Pour donner au monde chastoy;
Et, se de mes biens je despens
Souventesfoiz, à grant largesse,
Quant bon me semble, les suspens,
Monstrant que suis Dame et maistresse.
C'est ma maniere acoustumée,
Chascun le scet, comme je croy.
Et n'est pas nouvelle trouvée,
Mais, fays ainsi comme je doy;
Me mocquant, je les monstre au doy
Tous ceulx qui en sont mal contens:
En gré pregnent joye ou destresse,
Qu'ayent l'un des deux me consens,
Monstrant que suis Dame et maistresse.
L'ENVOY.
Sur ce, s'advise qui a sens,
Soit en jeunesse, ou en vieillesse,
Et qui ne m'entent, je m'entens,
Monstrant que suis Dame et maistresse.