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Charles d'Orléans · Medieval

Balade

francés

Jam nova progenies coelo demittitur alto.

O louée Conception,
Envoyée sa jus des cieulx,
Du noble Lys digne Syon,
Don de Jhesus tres precieulx,
Marie, nom tres gracieulx,
Fons de pitié, source de grace,
La joye, confort de mes yeulx,
Qui nostre paix batist et brasse.

La paix, c'est assavoir des riches,
Des povres, le substantament,
Le rebours des felons et chiches,
Tres necessaire enfantement
Conceu, portée honnestement
Hors le pechié originel,
Que dire je puis sainctement,
Souverain bien de Dieu Eternel.

Nom recouvré, joye de peuple,
Confort des bons, de maulx retraicte,
Du doulx Seigneur premiere et seule
Fille, de son cler sang extraicte.
Du dextre costé Clovis traicte,
Glorieuse ymage en tout fais,
Ou hault ciel crée et pourtraicte,
Pour esjouyr, et donner paix.

En l'amour et crainte de Dieu,
Es nobles flans Cesar conceue,
Des petitz et grans, en tout lieu,
A tres grande joye receue,
De l'amour Dieu traicte, tissue
Pour les discordez ralier,
Et aux enclos donner yssue,
Leurs lians et fers delier.

Aucunes gens qui bien peu sentent,
Nourriz en simplesse et confiz,
Contre le vouloir Dieu, actentent
Par ignorance desconfiz,
Desirans que feussiez ung filz,
Mais qu'ainsi soit, ainsi m'aist Dieux,
Je croy que ce soit grans proufiz;
Raison, Dieu fait tout pour le mieulx.

Du Psalmiste je prens les dictz,
Delectasti me, Domine,
In factura tua, si ditz;
Noble enfant de bonne heure né,
A toute doulceur destiné,
Manna du ciel, celeste don,
De tous biens fais le guerdonné,
Et de noz maulx le vray pardon.

Combien que j'ay leu en ung dit,
Inimicum putes y a
Qui te presentem laudabit,
Toutteffoiz, non obstant cela,
Oncques vray homme ne cela
En son courage aucun grant bien,
Qui ne le monstrast ca et là,
On doit dire du bien le bien.

Saint Jehan Baptiste ainsi le fist,
Quant l'aignel de Dieu descela,
En ce faisant, pas ne meffist,
Dont sa voix es tourbes vola,
De quoy saint Andry Dieu loua,
Qui de lui, cy ne scavoit rien,
Et au filz de Dieu s'aloua,
On doit dire du bien le bien,

Envoyée de Jhesucrist,
Rappelez sa jus par deca
Les povres que rigueur proscript,
Et que fortune betourna;
Cy scay bien comment y m'en va,
De Dieu, de vous, vie je tien,
Benoist celle qui vous porta;
On doit dire du bien le bien.

Cy, devant Dieu, fais congnoissance
Que creature feusse morte,
Ne fust vostre doulce naissance,
En charité puissant et forte,
Qui ressuscite et reconforte,
Ce que mort avoit prins pour sien;
Vostre presence me conforte,
On doit dire du bien le bien.

Cy vous rens toute obeissance,
Ad ce faire, raison me porte,
De toute ma povre puissance,
Plus n'est deul qui me desconforte,
N'autre ennuy de quelconque sorte;
Vostre je suis, et non plus mien,
Ad ce, droit et devoir m'enhorte,
On doit dire du bien le bien.

O grace et pitié tres immense,
L'entrée de paix et la porte,
Some et benigne clemence,
Qui noz faultes toult et supporte;
Cy de vous louer me deporte,
Ingrat suis, et je le maintien,
Dont en ce refrain me transporte,
On doit dire du bien le bien.

Princesse, ce loz je vous porte,
Que sans vous je ne feusse rien;
A vous et à vous m'en rapporte,
On doit dire du bien le bien.
Euvre de Dieu, digne, louée,
Autant que nulle créature,
De tous biens et vertuz douée,
Tant d'esperit, que de nature,
Que de ceulx qu'on dit d'aventure;
Plus que rubis noble, ou balais,
Selon de Caton l'escripture,
Patrem insequitur proles.

Port asseuré, maintien rassis,
Plus que ne peut nature humaine,
Et eussiez des ans trente six,
Enfance en riens ne vous demaine,
Que jour ne le die et sepmaine,
Je ne scay qui le me deffant;
Ad ce propoz un g dit ramaine,
De saige mere, saige enfant.

Dont resume ce que j'ay dit,
Nova progenies coelo,
Car c'est du Poete le dit,
Jamjam demittitur alto.
Saige Cassandre, bel Echo,
Digne Judith, caste Lucresse,
Je vous congnois, noble Dido,
A ma seule Dame et maistresse.

En priant Dieu, digne Pucelle,
Qui vous doint longue et bonne vie,
Qui vous ayme, ma Damoiselle,
Ja ne coure sur lui envie;
Entiere Dame, et assouvie,
J'espoir de vous servir aincoys,
Certes, se Dieu plaist que devie
Vostre povre escolier francoys.

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Autor
Charles d'Orléans
Título
Balade
Lengua
francés
Época
Medieval
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-balade--charles-d-orleans-55b647
Cita recomendada
Charles d'Orléans, «Balade», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-balade--charles-d-orleans-55b647.html

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