Dangier, je vous gecte mon gant,
Vous appellant de traison,
Devant le Dieu d'amours puissant
Qui me fera de vous raison;
Car vous m'avez, mainte saison,
Fait douleur à tort endurer,
Et me faictes loings demourer
De la nompareille de France.
Mais vous l'avez tousjours d'usance
De grever loyaulx amoureux,
Et pour ce que je suis l'un d'eulx,
Pour eulx et moy prens la querelle;
Par Dieu, vilain, vous y mourrez
Par mes mains, point ne le vous celle,
S'à Loyaulté ne vous rendez.
Comment avez vous d'orgueil tant?
Que vous osez sans achoison
Tourmenter aucun vray amant
Qui, de cueur et d'entencion,
Sert Amours sans condicion;
Certes moult estes à blasmer,
Pensez donques de l'amender,
En laissant vostre malvueillance,
Et par tres humble repentance,
Alez crier mercy à ceulx
Que vous avez faiz doloreux,
Et qui vous ont trouvé rebelle;
Autrement pour seur vous tenez
Que gaige je vous appelle,
S'à Loyaulté ne vous rendez,
Vous estes tous temps mal pensant,
Et plain de faulse soupecon;
Ce vous vient de mauvais talant
Nourry en couraige felon;
Quel mal ou ennuy vous fait on?
Se par amours on veult amer,
Pour plus aise le temps passer
En lyee joyeuse plaisance;
C'est gracieuse desirance.
Pour ce, faulx, vilain, orgueilleux,
Changiez voz vouloirs oultragieux,
Ou je vous feray guerre telle
Que, sans faillir, vous trouverez
Qu'elle vauldra pis que mortelle,
S'à Loyaulté ne vous rendez.