Je meurs de soif, en cousté la fontaine;
Tremblant de froit, ou feu des amoureux;
Aveugle suis, et si les autres maine;
Povre de sens, entre saichans l'un d'eulx;
Trop negligent, en vain souvent soigneux;
C'est de mon fait une chose faiée,
En bien et mal par fortune menée.
Je gaingne temps, et pers mainte sepmaine;
Je joue et ris, quant me sens douloreux;
Desplaisance j'ay, d'esperance plaine;
J'actens boneur en regret angoisseux;
Rien ne me plaist, et si suis desireux;
Je m'esjois, et courre à ma pensée,
En bien et mal par fortune menée.
Je parle trop, et me tais à grant paine;
Je m'esbahys, et si suis courageux;
Tristesse tient mon confort en demaine,
Faillir ne puis, au moins à l'un des deux;
Bonne chierre je faiz, quant je me deulx;
Maladie m'est en santé donnée,
En bien et mal par fortune menée.
L'ENVOY.
Prince, je dy que mon fait maleureux,
Et mon prouffit aussi avantageux,
Sur ung hasart j'asseray quelque année,
En bien et mal par fortune menée.