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Victor Hugo · Romanticismo

"Autrefois, quand septembre en larmes revenait,"

francés

Autrefois, quand septembre en larmes revenait,
Je partais, je quittais tout ce qui me connaît,
Je m'évadais; Paris s'effaçait; rien, personne!
J'allais, je n'étais plus qu'une ombre qui frissonne,
Je fuyais, seul, sans voir, sans penser, sans parler,
Sachant bien que j'irais où je devais aller;
Hélas! je n'aurais pu même dire: Je souffre!
Et, comme subissant l'attraction d'un gouffre,
Que le chemin fût beau, pluvieux, froid, mauvais,
J'ignorais, je marchais devant moi, j'arrivais.
O souvenirs! ô forme horrible des collines!
Et, pendant que la mère et la soeur, orphelines,
Pleuraient dans la maison, je cherchais le lieu noir
Avec l'avidité morne du désespoir;
Puis j'allais au champ triste à côté de l'église;
Tète nue, à pas lents, les cheveux dans la bise,
L'oeil aux cieux, j'approchais; l'accablement soutient
Les arbres murmuraient: C'est le père qui vient!
Les ronces écartaient leurs branches desséchées;
Je marchais à travers les humbles croix penchées,
Disant je ne sais quels doux et funèbres mots;
Et je m'agenouillais au milieu des rameaux
Sur la pierre qu'on voit blanche dans la verdure.
Pourquoi donc dormais-tu d'une façon si dure,
Que tu n'entendais pas lorsque je t'appelais?

Et les pêcheurs passaient en traînant leurs filets,
Et disaient: Qu'est-ce donc que cet homme qui songe?
Et le jour, et le soir, et l'ombre qui s'allonge,
Et Vénus, qui pour moi jadis étincela,
Tout avait disparu que j'étais encor là.
J'étais là, suppliant celui qui nous exauce;
J'adorais, je laissais tomber sur cette fosse,
Hélas! où j'avais vu s'évanouir mes cieux,
Tout mon coeur goutte à goutte en pleurs silencieux;
J'effeuillais de la sauge et de la clématite;
Je me la rappelais quand elle était petite,
Quand elle m'apportait des lys et des jasmins,
Ou quand elle prenait ma plume dans ses mains,
Gaie, et riant d'avoir de l'encre à ses doigts roses;
Je respirais les fleurs sur cette cendre écloses,
Je fixais mon regard sur ces froids gazons verts,
Et par moments, ô Dieu, je voyais, à travers
La pierre du tombeau, comme une lueur d'âme!

Oui, jadis, quand cette heure en deuil qui me réclame
Tintait dans le ciel triste et dans mon coeur saignant,
Rien ne me retenait, et j'allais; maintenant,
Hélas!...--O fleuve! ô bois! vallons dont je fus l'hôte,
Elle sait, n'est-ce pas? que ce n'est pas ma faute
Si, depuis ces quatre ans, pauvre coeur sans flambeau,
Je ne suis pas allé prier sur son tombeau!

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Autor
Victor Hugo (1802–1885) · Wikidata Q535
Título
"Autrefois, quand septembre en larmes revenait,"
Lengua
francés
Época
Romanticismo
Fuente
"Gutenberg #29843+#29844 Les Contemplations Vol.1-2"
Sala
La Biblioteca
Identificador
autrefois-quand-septembre-en-larmes-revenait--hugo
Cita recomendada
Victor Hugo, «"Autrefois, quand septembre en larmes revenait,"», Poetósfera, poetosfera.com/p/autrefois-quand-septembre-en-larmes-revenait--hugo.html

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