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Marceline Desbordes-Valmore · Romanticismo

La Fête (« Pour la douzième fois »)

francés

Pour la douzième fois, hier, sur ma demeure,

Sur mon cœur malheureux je sentais tomber l'heure,

Je regardais, sans voir, une lampe inutile

Dont les rayons brûlaient ma paupière immobile :

« Elle s'éteint, » disais-je : hélas ! c'étaient mes pleurs,

Qui d'un triste nuage entouraient ses lueurs.

Mais à travers mes pleurs et cette clarté sombre,

J'ai vu paraître une ombre,

Autrefois mon idole, aujourd'hui mon effroi :

Cette ombre était la sienne, elle avançait vers moi.

« Te voilà donc ! lui dis-je, on m'a désespérée :

Mon âme était si tendre ! elle s'est égarée.

On t'a nommé trompeur, et je t'ai cru trompeur :

Tu ne les démens pas ! tu ris... parle, j'ai peur.

Tous ont fui, tous vont voir je ne sais quelle fête :

Moi je mourais... mais parle, et mon âme s'arrête. »

L'ombre alors me repousse et m'entraîne à la fois.

Oubliant ma faiblesse et ma fièvre brûlante,

Partout pour la saisir j'étends ma main tremblante :

Tout est lui, tout m'appelle, et tout a pris sa voix.

Demi-nue, insensible au souffle de l'hiver,

J'obéissais, mourante, à ce guide si cher :

Il ne m'appelait plus, j'obéissais encore.

Le vent soufflait : « Demain ! N'attends pas à demain ! »

Et je tombe à sa porte, et presque évanouie,

Par l'éclat des flambeaux je m'arrête éblouie.

Des danses, des parfums, des voix, des chants d'amour,

Remplissaient ce séjour.

Au milieu de l'encens qui formait un nuage,

La plus belle au plus tendre abandonnait sa main :

C'était... l'ai-je rêvé ? c'était cet inhumain,

Comblé de tous les dons que l'amour nous envoie,

Plus qu'elle encor paré d'espérance et de joie !

Sous mon voile de deuil,

Mais il était plus triste à mon âme étonnée

Que le cri de l'oiseau qu'on entend soupirer,

Quand, blessé, sur la rive il est près d'expirer.

Dans l'ombre où m'enchaînait ma douleur curieuse,

Froide et silencieuse,

Mais les flambeaux éteints m'en ont caché l'horreur !

J'ai dormi, je m'éveille, et ma fièvre est calmée.

Sommeil, affreux miroir !… Je reprends mon bandeau.

Voici l'aurore enfin ! lentement ranimée,

Je vais d'un jour encore essayer le fardeau.

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Por su autor
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Autor
Marceline Desbordes-Valmore (1786–1859) · Wikidata Q466987
Título
La Fête (« Pour la douzième fois »)
Lengua
francés
Época
Romanticismo
Fuente
Poésies (Desbordes-Valmore, 1830) / fr.wikisource
Sala
La Biblioteca
Identificador
la-fete-pour-la-douzieme-fois--valmore
Cita recomendada
Marceline Desbordes-Valmore, «La Fête (« Pour la douzième fois »)», Poetósfera, poetosfera.com/p/la-fete-pour-la-douzieme-fois--valmore.html

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