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PoetósferaLa BibliotecaHenri Blaze de Bury

Henri Blaze de Bury · Modernismo

Versailles, légende poétique — 04

francés

La voilà, l’aimable fée,

Attifée Pour l’auguste séducteur !

Rien n’y manque ; la toilette

Est complète,

Et le coup d’œil enchanteur !

« Mon éventail, dame Marthe.

Que je parte,

Le carrosse est là, je croi,

Et monsieur Lebel qui monte…

J’aurais honte

De faire attendre le roi ! »

En effet, dans une honnête

Maisonnette,

Louis, morne et soucieux,

D’un regard que l’ennui voile

Suit l’étoile

Qui tremblote au fond des cieux,

Étoile si bienvenue

Dans la nue,

Que tous invoquent beaucoup,

Et qui, voyez le mystère !

Sur la terre

Plaît au berger comme au loup.

Ce soir, c’est le loup qui guette.

La coquette

Vient au piège qu’on lui tend.

L’ogre, qui sent la chair fraîche,

Se pourlèche,

Et presse l’heureux instant…

Mademoiselle Denise,

En marquise,

Ferait trembler Pompadour.

Est-elle assez triomphante,

Cette infante,

Dans son radieux atour !

Ces diamans, ô merveille,

A l’oreille

De quelqu’un sorti de rien !

Tout cet appareil qui brille

Pour la fille

D’un brave homme mort sans bien !

D’un vieux qui tenait boutique

Sous l’attique

Du château, près des degrés,

Vendant pour quelques cruzades

Ses pommades,

Son fard et ses gants ambrés !

Il est vrai que cette fille

Sans famille

Est un trésor défendu,

Un fruit précoce où l’aurore

Seule encore

De ses baisers a mordu ;

Une de ces tant exquises

Gourmandises

Dont le goût met en émoi,

Et que le diable en personne

Vous façonne

Pour un déjeuner de roi.

Lebel, qui, mignonne et blanche,

Un dimanche,

L’accosta sur le chemin,

S’est dit : « Celle-ci doit plaire !… »

Grande affaire,

Connaître le cœur humain !

Et depuis l’habile drôle,

A son rôle

Tout entier avec amour,

Travaille à se rendre utile,

Et la style

De mieux en mieux chaque jour.

Elle, se prête au manège :

Le dirai-je ?

On n’a pas pour rien quinze ans.

D’ailleurs comment éconduire

Qui fait luire

Tout cet or, tous ces présens ?

Marthe et Méphisto : l’épreuve

N’est point neuve,

Et toujours réussira.

Le serpent et sa commère !

Point de mère ;

Bien forte qui ne choira.

Un roi si chevaleresque,

Un dieu presque,

Dont partout est le portrait !

Grande dame, villageoise

Ou bourgeoise,

Ne point l’aimer, qui pourrait ?

On touche à l’heure suprême ;

Le soir même,

Jupiter, dans son réduit,

Attend en veste légère

Sa bergère,

Que Mercure lui conduit.

Elle arrive et vite grimpe

Vers l’olympe

D’un pas furtif et jaloux.

Mons Lebel, qui la conseille,

A l’oreille

Lui glisse trois mots bien doux :

Le programme de la fête ;

Puis seulette

L’enferme dans un boudoir,

Sanctuaire de sultane,

Très profane,

Dont le mur n’est qu’un miroir.

Au plafond, à chaque place,

Une glace ;

Dans ces fouillis rococo,

Partout le cristal qui vibre

A l’œil libre

Comme un indécent écho.

Ce spectacle, chose étrange,

Soudain change

En regrets l’émotion ;

La voilà toute confuse

Qui refuse

De croire à l’illusion.

Elle, enfant toute novice

Dans le vice,

Pâlit devant ce cristal,

Qui ricane et répercute

De sa chute

L’éclat honteux et fatal.

Cette beauté qui miroite,

Nue et moite,

Sous son regard interdit,

L’insulte et la calomnie ;

L’ironie

De tous ces feux l’assourdit.

Tête éprise d’un beau rêve,

Fille d’Ève,

Cœur enivré seulement,

Elle a son premier scrupule,

Et recule

Devant le scintillement.

Elle eût, dans un coin modeste,

Je l’atteste,

Cédé, la main sur ses yeux ;

Mais se voir, nue et séduite,

Reproduite

Par ces murs licencieux !

« Que me veut cette éhontée

Galatée,

Qui, de miroir en miroir,

Partout grimaçante et proche

Me reproche

Tant de honte où j’ai pu choir ?

« Moi, cette dévergondée !

Quelle idée !

Cette montreuse d’appas,

Moi, Denise ? Ma parole,

J’étais folle,

Et ne me reconnais pas !

« Diamans, plumes d’autruches,

Fanfreluches,

Au démon cet appareil !

Qu’on me rende, fille honnête,

Ma cornette,

Mon aiguille et mon soleil ! »

Vintimille, La Tournelle,

Filles Nesle,

Dont on rêvait le destin,

Et vous, la régnante idole,

D’Étiole,

Qu’on détrônait ce matin,

Glorieuses favorites,

Vos mérites,

Vos gloires, votre splendeur,

Lui font horreur à cette heure,

Elle pleure…

Un reflet fit sa pudeur !

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Por su autor
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Expediente

Autor
Henri Blaze de Bury
Título
Versailles, légende poétique — 04
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-versailles-legende-poetique-04--henri-blaze-de-bury-43d279
Cita recomendada
Henri Blaze de Bury, «Versailles, légende poétique — 04», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-versailles-legende-poetique-04--henri-blaze-de-bury-43d279.html

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