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PoetósferaLa BibliotecaHenri Blaze de Bury

Henri Blaze de Bury · Modernismo

Stances satiriques

francés

Pourquoi, disent les philosophes

Du boulevart,

Encor des rimes et des strophes,

Encor de l’art ?

Pourquoi ces creuses assonances

Sans nul rapport

Avec un siècle de finances

Et de haut sport ?

A Chaillot ! les muses honnêtes,

Au feu les luths !

Assez, assez, de vos poètes,

On n’en veut plus !

Qu’est-ce que cela peut me faire,

Je vous le dis,

Qu’un monsieur visite la sphère

Du paradis ;

Qu’il tire de son écritoire

De l’encre à flots

Pour raconter le purgatoire

Aux idiots ?

Moi qui ne crois ni Dieu ni diables,

Qu’ai-je besoin

D’ouïr narrer de telles fables,

Même de loin ?

Qu’un bon chanoine de Padoue

Ou d’Avignon

Aime une femme, et qu’il la doue

De grand renom ;

Qu’il rime antienne sur antienne

A son profil,

C’est son affaire et non la mienne ;

Pourquoi veut-il,

Qu’à ce jeu-là je m’intéresse ?

Je ne connais

Ni ce galant, ni sa maîtresse,

Ni leurs sonnets !

André Chénier, Shakspeare et Dante,

Goethe et Schiller !…

On nous a trop chanté l’andante

De ce vieil air.

Ces ritournelles sont usées

Comme la tour

D’ivoire, comme les rosées,

Comme l’amour !

D’ailleurs ils sont morts, vos poètes :

Musset, Vigny !

Adieu paniers, vendanges faites :

Tout est fini !

II

Ils sont morts ! paix à leur mémoire !

N’en parlons plus.

Oublions, comme un vieux grimoire,

Leurs vers trop lus.

Et nous tous, quand la fantaisie

Nous pique au jeu,

Gardons-nous de la poésie

Comme du feu !

Tous les oiseaux du bois sonore

Sont délogés ;

Si quelques-uns restent encore

Dans les vergers,

C’est pour faire œuvre d’agronome,

A coups de bec,

Détruisant le ver dans la pomme

Et le bois sec.

Mais plus de chanson, plus de note,

Plus de motif !

Le rossignol caché vivote,

Morne et plaintif.

Il aime, en silence et s’observe

En ses ardeurs,

Craignant d’émoustiller la verve

Des cascadeurs !

Chanter pour la nuée errante

Dans le ciel bleu,

Pour la fleur des bois, l’eau courante,

Pour le bon Dieu,

Chanter pour rien, bizarre envie !

Fuir le sentier

Où la foule acclame la vie,

Quel sot métier !

III

Sot métier ! j’accepte l’insulte,

Rions de tout.

Plus d’art, plus de Dieu, plus de culte ;

N’ayons de goût,

De bravos, surtout de monnaie,

Que pour l’esprit

Qui ravale, bafoue, égaie

Et travestit !

Soyons joyeux, soyons fantasques,

Soyons rapins,

Habillons l’Olympe et ses masques

De papiers peints !

Quand Jupiter, comme un vieux pitre,

Bat le trottoir,

Que Mars ivre lui paie un litre

Sur le comptoir !

Que tous les dieux des homérides,

Tous les héros,

Montrent leurs nez rouges, leurs rides,

Leurs ventres gros !

Aux lazzis d’un orchestre obscène

Et trivial,

Voyons-les mener sur la scène

Leur carnaval !

Que notre force s’évertue

A tout salir,

Ne laissons pas une statue

Sans l’avilir ;

Que tout marbre, que tout albâtre,

Soient charbonnés,

Des lunettes à Cléopâtre

Sur un faux nez !

Après l’art grand, l’art imbécile !

Substituons.

« Calomniez, » disait Basile,

Prostituons !

IV

L’histoire, la philosophie,

Les sentimens,

Raillons tout ! Bien fol qui se fie

A nos sermens !

Sur toute invention humaine,

Sur tout flambeau,

Que notre bave se promène !

Meure le beau !

Meure l’étincelle et la flamme,

Meure l’espoir !

Meure le dernier feu de l’âme

Sous l’éteignoir !

Tuons en nous tout ce qui vibre,

Et sans regrets

Cessons d’être, sur un sol libre,

Des hommes vrais !

Dépouillons, ô race chétive

D’enfans nés vieux,

La grande force admirative

De nos aïeux !

Avoir sa foi que l’on caresse,

Son idéal,

Aimer son art et sa maîtresse,

Haïr le mal,

Sentir, nerveuse et palpitante,

La passion,

Mettre sa vie à ce qu’on tente,

Dérision !

C’était bon, cela, pour les pleutres

Des temps passés,

Notre art, à nous, c’est d’être neutres,

D’être effacés !

Nous mourons en naissant à l’être,

Aucun désir

Ne nous tient de voir, de connaître

Ou de choisir.

Tout nier fait bien notre gloire ;

Mais, ventrebleu !

Nous aimerions encor mieux croire

Que lire un peu !

D’ailleurs à quoi sert l’esthétique ?

Tous ces discours,

Dont les bavards tiennent boutique,

N’ont plus de cours.

Assez de tout ce radotage !

En tout procès

Il faut deux mots, pas davantage :

Four ou succès !

Ceux que vous appelez vos maîtres

Sont des farceurs

Qui se moquaient de nos ancêtres,

Et des poseurs

Dont les tirades solennelles

Et les façons

N’ont qu’à servir de ritournelles

A nos chansons !

Car le génie, affreuse peste,

N’est drôle un brin

Que lorsqu’on retourne sa veste

Chez Tabarin.

V

A ces fêtes improvisées,

A ces grands jours,

Tous les cieux, tous les élysées,

Toutes les cours,

Ont envoyé leurs ambassades :

Léda, Junon,

Ont escorté dans ces parades

Agamemnon !

Au cri des voix funambulesques,

En plein cancan,

On a vu s’animer les fresques

Du Vatican !

Et de la maison qui t’abrite,

De ton verger,

Il t’a fallu, toi, Marguerite,

Déménager,

Quitter le rouet, ta robe blanche,

Ton coin pieux,

Pour aller, le poing sur la hanche,

Le kohl aux yeux,

Lascive, obscène, maquillée,

« Ayant le sac, »

Prendre en huit-ressorts ta volée

Aux bords du lac !

Allons ! tout va bien, tout profite

Aux charlatans ;

Un pays a l’art qu’il mérite,

Soyons contens !

Soyons heureux, payons nos dettes

Au dieu moqueur ;

O cocodès et cocodettes,

Dansez en chœur,

Et menez jusqu’au bout l’étrange

Charivari,

Homère, Goethe et Michel-Ange !

Aurons-nous ri !

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Autor
Henri Blaze de Bury
Título
Stances satiriques
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-stances-satiriques--henri-blaze-de-bury-2d3387
Cita recomendada
Henri Blaze de Bury, «Stances satiriques», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-stances-satiriques--henri-blaze-de-bury-2d3387.html

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