CADA PIEZA VIVE EN UNA DIRECCIÓN · NADA VIVE EN UNA SOLA SALA  

PoetósferaLa BibliotecaHenri Blaze de Bury

Henri Blaze de Bury · Modernismo

Versailles, légende poétique — 05

francés

V. L’AUTRICHIENNE (TRIANON).

Un dessin de Carmontelle,

Bagatelle

D’un maniéré fort exquis,

Nous montre un petit bonhomme,

Vêtu comme

Le jeune fils d’un marquis :

Jabot où la main se noie,

Bas de soie.

Le roi lui dirait : cousin !

Cet Amadis svelte et mince,

Ce beau prince,

C’est Mozart au clavecin !

Sur la touche blanche et lisse

Sa main glisse ;

A côté, dans un fauteuil,

Marie-Antoinette assise,

Tout éprise

De son jeu, le suit de l’œil.

Attentive, intéressée,

Sa pensée

Couve ces débuts mignons,

Et se dit : « Encore un maître

Qu’a vu naître

Le pays où nous régnons !

« Haydn, ce vieillard allègre,

Long et maigre,

Avec sa canne à corbin,

Gluck, l’auteur d’Iphigénie,

Ce génie !

Et maintenant ce bambin !

« Grand pays, chère patrie,

Que Marie

Thérèse illustre à jamais,

Vienne, je sens qu’en moi-même

Je vous aime

Comme enfant je vous aimais ! »

Tandis que vive et pimpante,

Sur sa pente,

La sonate va courant,

La reine s’oublie et songe,

Et replonge

Au passé qui la reprend.

Elle se voit en famille,

Jeune fille,

Sous les grands lambris caducs,

Insouciante, adorée,

Entourée

De ses frères archiducs,

Essayant quelque enfantine

Sonatine

Sur un clavecin pareil,

Pour que sa maman auguste,

Quand c’est juste,

L’applaudisse en plein conseil.

Qu’elle soit à sa poupée

Occupée,

Qu’elle danse un menuet,

Qu’elle chante, qu’elle cause,

Toute chose

Lui réussit à souhait !

O la burg patriarcale

Sans égale,

Parmi les plus beaux donjons,

Où tant de ducs qu’on renomme

Vivaient comme

Au colombier les pigeons !

O les hôtes, les chers hôtes

De ces hautes

Tours construites autrefois

D’un granit impénétrable,

Moins durable

Que l’amour des bons Viennois !

Kaunitz, en robe de chambre,

Suant l’ambre,

Vieillard frivole et coquet,

Jouant, sans que la dépêche

L’en empêche,

Avec son gros perroquet.

Le cher abbé Métastase,

Dont la phrase

S’épanouit en jets d’eau,

Professeur doux et paterne,

Qu’on gouverne

En écoutant son rondeau.

Haydn, tête un peu falote,

Qui grelotte,

Et qu’un soir à l’Opéra,

L’impératrice, en sa loge,

Comme un doge,

De son hermine entoura !

Ainsi Marie-Antoinette,

Dans sa tête,

Évoque un passé plus doux.

La sonate lui réplique.

O musique,

Ce sont bien là de tes coups !

L’illusion se prolonge,

Et le songe

Durait encor, quand soudain

Une voix sauvage et prompte,

Et qui monte

De quelque coin du jardin,

Crie : « A bas l’Autrichienne ! »

C’était Vienne,

C’est Versailles maintenant…

« Où s’égarait, insensée,

Ma pensée,

Se dit-elle en frissonnant !

Je suis la reine de France ! »

L’espérance

Brille encor dans son regard,

Et, se levant, elle touche

De sa bouche

Le front du petit Mozart.

Mais de ses beaux yeux sans tache

Se détache

Une larme qui, perlant,

Sur le satin de la veste

Coule et reste

Comme un stigmate brûlant.

Souvenir que rien n’efface !

Cette trace

Se fixe là sans retour ;

Le soir, quand du lit vient l’heure,

L’enfant pleure

Pour garder l’habit de cour

Où la reine qui le charme

Mit sa larme,

Plus pure qu’un diamant.

Et plus tard, le lis-prodige

Sur sa tige

Ayant poussé fièrement,

Plus tard, quand le virtuose

Blond et rose

Fut Mozart, le grand Mozart,

Et que le destin farouche

Sur sa couche

L’étendit pâle et hagard ;

Quand, brisé de lassitude

Par l’étude,

Les plaisirs, le vin, le jeu,

Il lui fallut, plein de flamme,

Rendre l’âme,

Et dire à la terre adieu,

Chantant l’ultime louange,

Presque un ange,

Écrivant son Requiem,

Déjà voyant vos cohortes

Sur vos portes,

Céleste Jérusalem !

Il voulait, — dernier sourire

Du délire ! —

Vêtir l’habit mordoré

Que l’archiduchesse-reine,

Dans la peine,

D’une larme avait sacré !

Sigue explorando

Por su autor
Henri Blaze de Bury · 12 piezas más en la casa
Dónde vive
La Biblioteca

← Versailles, légende poétique — 04

Expediente

Autor
Henri Blaze de Bury
Título
Versailles, légende poétique — 05
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-versailles-legende-poetique-05--henri-blaze-de-bury-276d7a
Cita recomendada
Henri Blaze de Bury, «Versailles, légende poétique — 05», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-versailles-legende-poetique-05--henri-blaze-de-bury-276d7a.html

Las obras de dominio público se reproducen íntegras, con atribución y en la ortografía de su impreso. ¿Ves una errata o conoces una fuente mejor? Escríbenos desde Sobre la casa.