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PoetósferaLa BibliotecaAnne-Marie du Boccage

Anne-Marie du Boccage · Romanticismo

Le quatrième chant

francés


À L’ombre des Palmiers, dans une paix profonde,

Adam avec l’Archange assis au bords de l’onde,

Ne pouvant contenir ses désirs curieux,

Ose l’interroger sur les secrets des Cieux.

Il voudroit de son être approfondir l’essence,

Concevoir des Esprits la pure intelligence,

Et de son Créateur pénétrer les projets.

Sois fidéle, dit l’Ange, à ses sages décrets.

L’homme fait pour joüir, n’est point né pour connaître :

Un seul Etre parfait, à tout a donné l’être :

De tout il est la fin, & l’objet, & l’Auteur :

Que toujours son amour préside dans ton cœur ;

Tu fus créé sans tache, & non incorruptible :

Tu ne suis point la loi d’un destin invincible ;

La vertu perd son prix par la nécessité ;

Le mérite ne naît que de la liberté.

Les habitans du Ciel ont le même avantage :

Quelques-uns au Très-Haut refusant leur hommage,

Furent du Firmament plongés dans les enfers ;

Apprens de leur destin l’éclat & les revers.

La chûte des Esprits, leurs combats invisibles

À de terrestres sens deviendront-ils sensibles ?

Comment te dévoiler les Mystères des Cieux ?

Essayons cependant de tracer à tes yeux

Les substances du Ciel sous des formes humaines.

Rien dans l’Eternité n’a d’époques certaines ;

Avant que du Néant sortît cet Univers,

Le Monarque suprême élevé sur les airs

Assembla près de lui les ordres Angéliques ;

Vous voyez, leur dit-il, Puissances Séraphiques,

Mon fils au haut des Cieux triomphant près de moi :

Je veux que tout ici fléchisse sous sa loi.

On se tût à cet ordre ; on parut y souscrire :

Mais un parti secret redoutoit cet Empire :

Le superbe Satan osa se déclarer.

Quoi ! leur dit-il, Esprits, voudrez-vous adorer

Un Etre égal à nous en éclat, en puissance ?

Qui pourroit nous soumettre à son obéissance ?

Immortels comme lui, créés avant les tems,

Bravons le Ciel, les loix, & les événemens ;

Ranimons en nos cœurs l’ambition, la gloire,

Et risquons de tomber en cherchant la victoire.

Il dit, & cet espoir porté de toutes parts,

Entraîne à la révolte ; on suit ses étendarts.

Un murmure semblable au roulement des ondes,

Des Cieux va retentir aux demeures profondes ;

Le tumulte s’accroit : les Esprits révoltés

Forment un bataillon égal de tous côtés :

Et le Chef odieux des infidéles Anges

Donne l’ordre, & conduit ses nombreuses Phalanges.

La discorde eut à peine excité leurs fureurs,

Que l’Etre qui voit tout, découvrant tant d’horreurs,

Renverse les projets de la troupe rébelle :

Il ordonne à son fils de s’avancer vers elle ;

D’armer son bras vengeur, & d’un seul de ses traits

Du céleste séjour les bannir à jamais.

Son Fils part à sa voix, & plonge dans l’abîme

Ces brillans bataillons orgueilleux de leur crime.

Je retrace à regret ce moment plein d’horreur ;

Adam, que cet exemple épouvante ton cœur ;

Je viens pour t’avertir qu’un des Anges rébelles,

Veut te séduire ici par des ruses cruelles :

Sa fureur pour te perdre osera tout tenter ;

Libre, tu peux te rendre, & tu peux résister ;

Crains d’attirer sur toi la céleste vengeance.

Les deux premiers humains dans un profond silence,

De cet affreux récit restent long-tems surpris.

Malgré son trouble, Adam rappelle ses Esprits,

Son cœur est dévoré du désir de connaître

Le tems qui précéda le jour qui le vit naître

Et comment du Cahos se forma l’Univers.

Tel est un voyageur dans de brûlans déserts,

À peine a-t-il goûté l’eau qui le désaltère,

Qu’au murmure attrayant de l’onde salutaire,

Il sent renouveller sa soif & son ardeur.

Sur les nouveaux désirs qui naissent dans son cœur,

Adam au Séraphin en ces termes s’exprime :

Quel tribut peut payer l’instruction sublime,

Que par l’ordre du Ciel nous recevons de vous ?

Bornez-vous les faveurs que vous versez sur nous ?

Ne daignerez-vous pas instruire nos oreilles

Du pouvoir qui créa la terre, & ses merveilles,

L’homme, les élémens, & les flambeaux des Cieux ?

Comblons, dit Raphaël, tes désirs curieux :

Autant qu’il m’est permis, j’y serai favorable ;

Mais de parler de Dieu quelle bouche est capable ? L

Je vais t’en révéler ce qui peut te servir ;

Que cette connoissance appaise ton désir ;

Il est assez d’objets qu’on te laisse à comprendre :

L’ame, ainsi que le corps, ne peut tout entreprendre ;

L’excès des alimens en détruit les ressorts.

Tu sçais par mes récits qu’après de vains efforts,

Les Anges criminels cédérent la victoire ;

Le Fils du Tout-puissant revint couvert de gloire,

Entouré des Esprits fidéles à ses loix :

Bien-tôt de l’Eternel le Ciel entend la voix :

Sa seule volonté régle la destinée :

Ma puissance, dit-il, par nul être bornée,

Ignorant le hazard & la nécessité,

Marque de l’Univers l’espace limité.

Ici pour remplacer cette troupe infidéle,

Créons un nouveau monde, une race nouvelle :

Terre, sors du Cahos, & nage dans les airs :

Lumiére, en un instant éclaire l’Univers ;

Que l’eau du Firmament, de la mer se sépare :

Se verdure & de fruits que la terre se pare ;

Cieux, brillez, ornez-vous de globes lumineux :

Que les jours & les tems se divisent par eux ;

Oiseaux, remplissez l’air : naissez, peuples de l’Onde :

Qu’en divers animaux la terre soit féconde :

Que l’homme existe enfin, & soit créé parfait :

Qu’il regne sur ce monde : il dit, & tout fut fait.

Mes discours ont rempli le désir qui t’enflamme :

Le passé, poursuit l’Ange, est présent à ton ame ;

Sur tes doutes naissans tu peux m’interroger.

Vos récits m’ont ravi, respectable étranger,

Reprit le premier homme : accordez à mon zéle,

À ma vive priére, une grace nouvelle.

Quand les Astres du soir précipitant leur cours,

Du sommeil qui les suit m’offriroient le secours,

Vos accens enchanteurs détruiroient sa puissance.

Avant que ces beaux lieux soient livrés au silence,

Apprenez-moi le cours de ces globes divers ;

Le Soleil en un jour parcourt-il l’Univers,

Ou la terre en tournant voit-elle disparaître,

Cet Astre dont l’éclat au matin doit renaître ?

Régle-t-il pour nous seuls les saisons & les jours ?

Lorsqu’Adam commença ce sublime discours,

Eve qui conservoit un modeste silence,

À l’objet de ses feux dérobant sa présence,

Court arroser ses fleurs qui parfument les vents :

Non, qu’elle ne conçût ces entretiens sçavans :

Mais son ame sensible aime mieux les entendre

De la bouche d’Adam, charmé de les lui rendre ;

Sa vive ardeur lui dit, qu’elle exposera mieux

Ses doutes à lui seul, qu’à l’envoyé des Cieux ;

Elle sçait qu’il joindra la joie & la tendresse

Aux sublimes leçons que dicte la sagesse,

Et que toujours l’Amour finira l’entretien :

Sans les baisers d’Adam Eve ne comprend rien :

Quand de pareils époux reviendront-ils au monde !

Attendant qu’à ses vœux l’hôte divin réponde,

De l’œil, Adam suit Eve à travers ses bosquets :

Pour un moment d’absence il sent mille regrets ;

Les graces, les plaisirs s’envôlent avec elle.

L’homme reste distrait : l’Ange à lui le rappelle,

Et veut par ce discours éteindre dans son cœur

De la soif de sçavoir la violente ardeur.

Je ne te blâme point de chercher à t’instruire

Mais aux objets des sens ce soin doit se réduire.

Sans comprendre les Cieux, il faut les admirer ;

Leur Maître a des décrets que tu dois ignorer ;

Ce Dieu qui créa tout, se rit des vains systêmes,

Que l’homme formera sur ses secrets suprêmes.

L’un fixera la terre au sein de l’Univers :

L’autre autour du Soleil la verra dans les airs,

Sur spi-même tournant parcourir sa carriére.

On voudra diviser les traits de la lumiére,

En fondant la Nature expliquer ses ressorts,

Prouver l’impulsion, l’attraction des corps,

Des Sectes de tout genre en chimères fécondes,

Du choc des élémens enfanteront des mondes :

D’atomes réunis tout prendra forme un jour,

Et le vuide, & le plein regneront tour à tour.

Ces systêmes divers enfans de l’ignorance,

L’un par l’autre détruits confondront la science :

Qu’ils n’excitent jamais tes désirs curieux :

Connois tes vrais besoins en ces terrestres lieux ;

Le sçavoir trop profond, les questions subtiles

Ne s’exercent jamais sur des objets utiles.

Sans former d’autres vœux, par l’Amour enchanté,

D’Eve en ce beau séjour fais la félicité.

La sagesse consiste à prendre avec mesure,

Les biens & les plaisirs offerts par la Nature.

L’astre du jour est loin de terminer son cours :

À ton tour répons-moi : poursuivons nos discours ;

Adam, avec plaisir j’entendrai ton histoire :

La suite n’en est point gravée en ma mémoire ;

Quand tu reçûs le jour, le Dieu de l’Univers

M’ordonna de veiller aux portes des Enfers :

Dis-moi ce qui suivit l’instant qui te vit naître.

L’homme obéit ainsi : je vis le jour paraître,

Tel qu’il frappe les yeux, au moment du réveil,

Couché sur le gazon, je sortis du sommeil :

Mes regards étonnés vers les Cieux se tournérent,

Mes membres engourdis sur mes pieds se levérent :

Je vis dans les vallons serpenter les ruisseaux :

Les bois retentissoient du doux chant des oiseaux :

Qu’avec ravissement j’admirai la Nature !

Je fixe enfin les yeux sur ma propre structure :

Je veux, en m’agitant essayer mes ressorts :

J’avance, & je les sens m’obéir sans efforts.

Peignez-vous cet instant, & ma surprise extrème ;

Sans sçavoir où j’étois, & m’ignorant moi-même,

Je cherche à m’exprimer : soudain je rends des sons :

Pour tant d’objets nouveaux je forme divers noms :

J’interroge le Ciel & toute la Nature.

Brillantes eaux, disois-je, & vous, fleurs & verdure,

Toi, Soleil, dont l’éclat embellit ce séjour,

Dites : le sçavez-vous ? qui m’a donné le jour ?

Je ne tiens point de moi le pouvoir qui m’anime :

Mon Créateur doit être une essence sublime ;

Instruisez-moi : comment dois-je ici l’adorer :

Je m’adresse aux objets que je vois respirer ;

Aux accens de ma voix, tout demeure en silence :

Attentif, inquiet, errant dans l’ignorance,

Chaque Etre différent fixe mes yeux surpris.

Un désir curieux ranime mes esprits,

Et mes pas incertains précipitent leur course ;

Dieu m’arrête, & me dit : de tout je suis la source :

Parle ; que cherches-tu ? Je puis tout te donner :

La joie & le respect m’avoient fait prosterner,

Léve-toi, poursuit-il : joüis de ma présence :

Je soumets ces beaux lieux à ton obéissance :

N’appréhende jamais d’en épuiser les dons :

Mais il est au milieu de ces amples moissons,

Près de l’Arbre de Vie, un arbre redoutable :

Te rendant plus sçavant, il te rendroit coupable :

Crains d’en goûter les fruits, & d’enfraindre une loi,

Que je te donne ici pour gage de ta foi :

La mort suivroit de près sa désobéissance :

De ton heureux état perdant la joüissance,

Du crime & des remords tu sentirois les maux ;

D’un ton ferme & sévère, il prononça ces mots :

Le son en retentit encore à mes oreilles ;

Bientôt d’un front plus doux, l’Auteur de ces merveilles,

En m’établissant Roi de ce vaste Univers,

Rassembla sous mes yeux les animaux divers.

Leur nombre m’étonna ; mais mon inquiétude

Cherchoit un autre objet en cette solitude ;

J’osai porter mes vœux à la Divinité :

Sous quel nom, m’écriai-je, invoquer ya bonté ?

Auteur de la Nature, ô substance suprême,

Tu peux seul, Dieu puissant, te suffire à toi-même.

Mais dans la solitude où je me vois réduit,

L’abondance des biens que ce climat produit,

Ne remplira jamais le désir qui m’enflamme :

Je ne sçai quel objet manque aux vœux de mon ame.

Les Etres animés que tu mets sous mes loix,

Sans pouvoir me comprendre accourent à ma voix :

De sentir tes bienfaits, leur cœur est-il capable ?

Pour partager tes dons, donne-moi mon semblable :

Daigne écouter mes vœux : achéve mon bonheur.

J’obtins ces mots sacrés du puissant Créateur ;

Dans tes vœux réfléchis, j’admire mon ouvrage.

Je t’ai fait pénétrant, éclairé, libre, & sage :

J’ajoûte à tant de dons l’objet de tes désirs.

Tu trouveras bien-tôt pour combler tes plaisirs,

Un Etre intelligent, image de toi-même.

Dieu cessa de parler (où dans mon trouble extrême,

Ne pouvant soutenir le céleste entretien,

Je demeurai sans force, & n’entendis plus rien ;)

De mes ressorts nouveaux soudain je perds l’usage :

Du néant d’où je sors je retrouve l’image :

Sur un côteau charmant, orné de mille fleurs,

L’espoir livrant mon ame à des songes flatteurs,

Le sommeil répara mes forces épuisées :

De mes sens il fut maître, & non de mes pensées :

En Esprit je vis Dieu dérober de mon sein

Une part de moi-même, & bien-tôt de sa main

M’en former pour compagne une figure humaine ;

Ainsi de l’Univers naquit la Souveraine ;

Tout ce que la Nature étale de beautés,

L’accord de ses appas l’offre aux yeux enchantés.

Son aspect ravissant produisit en mon ame,

Ce feu doux & secret qui l’agite & l’enflamme ;

Par son pouvoir mon cœur plein de saisissemens

Pour la premiére fois sentit ces mouvemens.

Cet objet disparut, & soudain la tristesse,

De mes sens interdits se rendit la maîtresse.

Je m’éveille, je cours, & le cherche en tous lieux,

Résolu, si jamais il ne frappoit mes yeux,

De vivre sans plaisirs, sans bonheur, & sans joie ;

À cet instant vers moi le Créateur l’envoie,

Et mon œil enchanté revoir l’objet charmant,

Dont mon ame admiroit les appas en dormant :

Ses célestes regards retracent à ma vûe,

Tout l’attrait qu’eut pour moi leur image inconnue.

Ne pouvant retenir les transports de mon cœur,

Je m’écriai : grand Dieu ! tu combles mon bonheur :

De tes dons infinis voici le don suprême ;

Sous des traits différens c’est un autre moi-même :

Je vais donc posséder l’objet de mes désirs.

Eve apperçoit ma joie : elle entend mes soupirs,

Près de moi son penchant la presse de se rendre :

Mais un trouble secret l’oblige de m’attendre,

Et de ses feux naissans suspend la vive ardeur.

Àmon premier abord une tendre pudeur,

En détournant ses pas lui fait baisser la vue ;

Je la suis, & bientôt une force inconnue,

Après un foible effort la livre entre mes bras.

Au berceau nuptial je dirige ses pas.

Son teint vif effaçoit les couleurs de l’aurore :

J’embrasse avec transport la beauté que j’adore :

Pour hâter mes plaisirs, la nuit couvre les champs :

L’hymen est célébré par vos célestes chants.

L’air jusqu’à nos échos en porte l’harmonie

Le tendre Rossignol y joint sa mélodie,

Et les Zéphirs ravis plus amoureux des fleurs,

De la feuille agitée emportent les odeurs.

Envoyé du Très-Haut, je viens de vous décrire

Mon suprême bonheur dans ce terrestre Empire ;

La Nature infinie en sa diversité,

De mes soins curieux flatte l’activité ;

Mais ces divers bienfaits dont j’ai la joüissance

N’usurpent sur mon cœur qu’une foible puissance,

Et près du seul objet d’où naissent mes plaisirs,

Un feu secret sans cesse enflamme mes désirs.

Ma raison de mes sens ne se rend plus maîtresse.

Ou j’ai pour ma compagne un excès de foiblesse :

Ou sa beauté présente un attrait trop puissant ;

Tant d’appas n’auroient-ils qu’un charme ébloüissant ?

Le Ciel pour les former affoiblit-il mon être ?

Quel trouble me saisit en la voyant paraître ?

Ses conseils à mon gré plus justes que les miens,

Contraignent mes désirs à se soumettre aux siens.

Je céde à son pouvoir : près d’elle je m’oublie,

Et ma sagesse même à l’air de la folie.

L’Ange voyant Adam trop rempli de ses feux,

Calma par ce discours ses transports amoureux :

Modère tes ardeurs : la beauté qui t’enflamme,

Doit regner sur ton cœur, sans asservir ton ame.

Tu sçais que son pouvoir réside en ses attraits :

Songe que la raison l’emporte sur ses traits ;

(L’estime de soi-même est souvent nécessaire)

Mais conduis sans fierté l’objet qui veut te plaire ;

Dans ses regards le Ciel, pour combler ton bonheur,

Au pouvoir de leurs feux réunit la douceur,

Et lui fit des vertus dignes de ta tendresse,

Crains à ses yeux perçans de montrer ta foiblesse ;

Pour lui faire estimer les dons les plus parfaits,

Préfère ses vertus à ses brillans attraits ;

Aux douceurs de l’amour livre-toi sans allarmes :

Mais de la passion crains les dangereux charmes ;

Le véritable amour enflamme sans fureur ;

Il éclaire l’esprit ; il éléve le coeur :

Son feu pur par dégrés méne à l’amour céleste.

Fuis de la volupté l’enchantement funeste.

Adam s’excuse ainsi de ses ravissemens :

La douceur, la raison, les tendres sentimens,

De ma belle Compagne ennoblissent les graces :

Ces solides vertus m’entraînent sur ses traces :

Une union parfaite accorde nos esprits :

Du charme de mes sens ne soyez point surpris :

Ce sentiment vainqueur, loin d’avilir ma gloire,

Des faveurs du Très-Haut me remplit la mémoire ;

Je voudrois contempler son séjour bienheureux :

Pardonnez à mon cœur s’il s’égare en ses vœux ;

L’amour pur, dites-vous, méne à l’amour suprême :

D’en connoître l’ardeur mon désir est extrême.

Les célestes Esprits aiment-ils comme nous ?

Comment expriment-ils leurs transports les plus doux ?

Le front du Séraphin devint comme l’aurore :

Un feu plus vif, dit-il, sans tourment nous dévore.

Ne te suffit-il pas de nous sçavoir heureux ?

Il n’est point de bonheur sans transports amoureux ;

Nos désirs immortels trouvent des joüissances

Dans l’intime union de nos intelligences.

Ainsi dans ces vallons vous voyez les ruisseaux,

Se chercher dans leur cours, & confondre leurs eaux,

Ou l’air subtil se joindre à l’air qui l’environne.

À d’éternels plaisirs notre ame s’abandonne.

Jamais il n’est d’obstacle à nos tendres amours :

Mais le Soleil s’apprête à terminer son cours ;

Il me sert de signal : mon départ doit le suivre :

En cet état heureux puisses-tu toujours vivre !

Aime Eve, mais surtout chéris le Créateur ;

Que les plaisirs des sens n’enivrent point ton cœur ;

Le sort du genre-humain dépend de ta prudence :

Souviens-toi d’observer la Loi d’obéissance.

À ces mots, Raphaël s’envole dans les Cieux :

Adam sous son berceau le suit encor des yeux.

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Autor
Anne-Marie du Boccage
Título
Le quatrième chant
Lengua
francés
Época
Romanticismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-le-quatrieme-chant--anne-marie-du-boccage-90aa43
Cita recomendada
Anne-Marie du Boccage, «Le quatrième chant», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-le-quatrieme-chant--anne-marie-du-boccage-90aa43.html

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