Quand ta lyre, Gauny, saintement prophétique,
À ton hibou module un concert séraphique,
Qui rend la vie aux morts et l’espoir aux mourants,
.mw-parser-output .ws-mpom-strophe{display:inline-block;page-break-inside:avoid;break-inside:avoid}En leur montrant cette vie éternelle
Toujours plus sainte et sans cesse plus belle,
De la bonté d’un Dieu le plus doux des présents
Qu’il fait à toute âme immortelle,
Ainsi que le disent tes chants ;
Hélas ! mon dur esprit tout matérialiste
A peine à te comprendre, et cependant j’existe ;
J’existe, et pourquoi donc serais-je anéanti,
Quand, ballotté par mes dures épreuves,
J’aurai subi les dernières ? Les preuves
Du sort que tu promets, les aurai-je ? ― Oui, Ponty,
Oh ! oui, tu les auras ; mais veuves
Des maux qui t’auront averti.
D’un Dieu qui nous éprouve en ce val de sanglots,
Si, dépouillés de nos vieilles mémoires,
Nous oublions les récentes histoires
De nos chagrins passés, de nos terrestres maux ?
C’est la plus pâle des victoires
Qui vient effacer nos travaux.
Dieu ! Dieu ! vie éternelle ! immense éternité !
Tout est à nous, et le temps et l’espace ;
À ce grand Dieu tout se rejoint et passe.
Rêve ou sommeille en paix, tranquille humanité :
Oh ! non, jamais IL ne se lasse ,
Sa vie est dans l’immensité !
Tu vinsses raisonner sur toi, sur ton auteur ?
Étais-tu donc gaz, minéral, ou plante ?
De ton passé l’image consolante
Dore-t-elle tes jours de son prisme enchanteur ?
Dis, ton ignorance accablante
Te refuse son oui menteur.
Philosophes contents, la foi ! Dieu, que c’est beau !
En cèdre altier elle change le chaume ;
De saint Thomas il est bien plus d’un tome
Parmi tous ces croyants qu’engloutit le tombeau,
Pour voir ton sublime fantôme,
Ô foi ! donne-moi ton flambeau.
Si l’on méditait bien, que nos cœurs étonnés
Découvriraient ta céleste origine,
Ô femme ! oh ! oui, la nature divine
T’anime, et tout ton être, à nos sens consternés,
Annonce et prouve l’androgyne
Par qui tous les êtres sont nés.
Et qu’on voit tant de mal contre si peu de bien,
Le cœur saignant, on est tenté de croire
Que de son œuvre infernal, vil grimoire,
Dieu se raille tranquille. Or donc, s’il n’y peut rien,
Théosophes, toute l’histoire
N’a pas besoin d’historien.
Pourtant, c’est qu’il se dit : Où va ce dernier pas ?
Reviennent-ils ceux que la faux dévore ?
Les a-t-on vus ? en vain je les implore ;
Ils sont muets, absents. Ô secret du trépas,
Après ta nuageuse aurore
Serai-je ou ne serai-je pas ?
Que tu tiens de ton Dieu, qu’il lègue à ses élus ;
Porte en mon âme abattue, écrasée,
Le saint flambeau dont la tienne embrasée
Enserre en son amour le trésor des vertus :
Le doute à toute âme blasée
Est un coup de poignard de plus.