Petit Bébé,
Sous le rameau
Que j’ai courbé
Faites dodo.
Pas plus grand que l’herbe nouvelle
Est mon enfant !
Sans me parler quand il m’appelle
Mon cœur l’entend ;
Près de lui, son ami fidèle,
Dort un grillon ;
Pour l’habiller, j’ai coupé l’aile
D’un papillon.
Petit Bébé,
Sous le rameau
Que j’ai courbé
Faites dodo.
Pourquoi faut-il qu’on se marie ?
Je n’en sais rien.
Mais on dit qu’à deux dans la vie,
On est si bien !
Ah ! ne crains pas que je te quitte
Crois en ma voix ;
Chez un époux, si je m’abrite,
Nous serons trois !
Petit Bébé
Etc., etc.
Mon front n’a pas de diadème,
Le sceptre n’est pas dans ma main,
Pourtant, je fais à l’instant même
Courber la tête à chaque humain,
Apprenez donc, belle sauvage,
D’où je tiens ce pouvoir vainqueur ;
Je n’en dirai pas davantage,
Je suis coiffeur !
Quand on est bien de sa personne,
Les belles vous font les doux yeux.
Tout cela n’a rien qui m’étonne,
C’est un moyen banal et vieux.
Moi, j’ai bien une autre manière,
Pour conjurer toute rigueur,
Je n’ai qu’à dire à la plus fière :
Je suis coiffeur !
Hélas ! mon père avait bien dit,
Car sa fille n’a pas d’esprit !
À tout ce que je viens d’entendre,
Monsieur, je n’ai rien pu comprendre !
Eh ! quoi ! tous ces récits n’ont rien fait sur son âme !
Il me reste un moyen pour charmer cette femme.
Essayons vite ce moyen ;
Il réussira, c’est certain.
Quand je partis pour la rive étrangère,
Mon noble père alors me fit venir,
Mit en mes mains sa montre-tabatière,
Qui du pays, ô tendre souvenir,
Redit les chants à mon âme ravie !
Écoutez-les, ces chants de ma patrie :
Ô douce magie !
Son refrain joyeux
Et mélodieux
M’a toute ravie !
Oui, la mélodie,
Le refrain joyeux,
C’est délicieux !
L’a toute ravie !
Que sa voix sonore,
Du soir au matin,
Me redise encore
Son doux tin, tin, tin !
Grands dieux !… vous bravez le danger !
Quel est ce bruit ?… Un étranger !…
Désolé de vous déranger !
Monsieur soyez sur ce rivage
Le bienvenu. (bis)
D’un tel accueil, noble sauvage,
Je suis ému (bis.)
Ma foi si j’en crois son visage
Il paraît gras ! (bis.)
Son aménité m’encourage,
N’hésitons pas !… (bis.)
Ah ! pour moi, bonheur ineffable !
Papa n’a pas l’air mécontent,
Mon Arthur lui paraît aimable :
En pouvait-il être autrement !
Ah ! pour moi, bonheur ineffable !
Ce jeune homme a l’air succulent !
Il fera très-bien sur ma table
Avec un assaisonnement.
Ah ! pour moi, bonheur ineffable !
Ce sauvage a l’air bon enfant ;
Il va m’inviter à sa table,
Mon estomac sera content !
Parlons-lui d’une façon claire.
Il va servir à mon dîner.
Pour vous, mon cher que dois-je faire ?
Faites-moi servir à dîner !
Parbleu ! c’est mon intention !
{Ah ! vraiment que vous êtes bon !
Parlez de notre mariage.
Je lui plais déjà, je le gage.
Il fera d’excellent potage,
Et mon honneur sera sauvé.
Demandez s’il vous veut pour gendre !
Je vais manger sans plus attendre.
Mais reste à savoir s’il est tendre ;
Peut-on le cuire à l’étuvé…
Il m’a pincé, c’est peut-être un usage
De cette île sauvage !
Il est dodu !
Le mollet me répond du râble ;
Ce soir il sera sur ma table
Le bienvenu !
À quelle heure, ici, dîne-t-on ?
Patientez un peu, mon bon.
À mes vœux le ciel est propice !
Ah ! Monsieur, combien je vous dois !
Vous me rendez un fier service !
Tu m’en feras bien deux ou trois !…
Honneur aux gros Loulous !
Leur générosité,
Leur hospitalité
Est de la paix un gage,
Est d’un heureux présage
Pour les Papas-Toutous.
Gloire aux Papas-Toutous !
Leur générosité,
Leur hospitalité
Est de la paix un gage,
Est d’un heureux présage
Auprès des gros Loulous.
Oui, la fête
Est complète.
Il est plein d’appas,
Ce joyeux repas.
Ô la fête
Incomplète,
Pour moi, sans appas ;
Est ce long repas.
Pendant qu’ils trinquent ensemble,
Je voudrais bien voir Arthur.
De son absence je tremble,
Il m’oubliera, c’est bien sûr !
Calmons ma souffrance,
Partons en silence !
Qu’ils n’entendent pas
Le bruit de mes pas.
Oui, la fête
Est complète,
Il est plein d’appas,
Ce joyeux repas.
Ô la fête
Incomplète,
Pour moi, sans appas,
Est ce long repas !
Pour charmer des instants si doux
Redis-nous, de ta voix mélodieuse et tendre,
Le chant des grands Papas-Toutous.
À tes vœux, Vent du Soir, le Lapin va se rendre.
Être bon époux,
Bien soumis, bien doux,
Pas être jaloux !
Raffoler des coucous,
Aimer les bambous,
Aimer les Toutous
Et les sapajous,
amais donner de coups :
Voilà, vertuchoux ! (bis.)
Le vrai cri de guerre
Des Papas-Toutous.
Douce la passir,
Aimer à mangir ;
Après bien mangir,
Bien aimer à buvir ;
Après bien buvir,
Bien aimer dormir.
Après bien dormir ;
Encor recommencir :
Voilà, vertuchoux ! etc.
Ciel ! ciel ! ciel !
Oh ! c’est épouvantable !
Vous lui trouvez l’air aimable ?
Ces traits sont ceux de votre fils ?
Sans doute ! en êtes-vous surpris ?
Ciel ! ciel ! ciel !
Oh ! c’est épouvantable !
Pourquoi ces regards consternés ?
De son fils, à ma table,
Il m’a redemandé du nez !
Comment, comment lui dire,
Hélas ! qu’en miroton,
Il a, comme un vampire,
Mangé son rejeton.
Ah ! pour moi, quel martyre !
Quelque méchant triton
Aurait-il, du navire,
Ravi mon rejeton ?
Ce qui fait mon inquiétude,
Ce n’est pas tant mon fils Arthur,
L’objet de ma sollicitude,
C’est ma belle montre en or pur.
Il l’emporta dans son voyage ;
Elle lui dit les chants si doux,
Qui jadis berçaient son jeune âge,
Les refrains des Papas-Toutous !
Et maintenant, dans mon regret,
Je ne forme plus qu’un souhait :
Grand Dieu ! prends-moi mon fils unique,
{Mais rends-moi ma montre à musique
Allons, c’est le moment fatal.
À l’estomac je me sens mal.
Entamons la terrible histoire.
Vous savez, Lapin Courageux,
Que la vie est chose illusoire.
Vous le savez, c’est de l’histoire.
Mais où peut donc être mon fils ?
Grand Lapin, oh ! n’en doutez pas,
Il a, pour voler vers son père,
Délaissé de lointains climats
Et quitté la rive étrangère.
J’attends mon fils ; j’attends mon fils !
Sachez-le, dans notre tribu,
On estime la patience
Comme la plus noble vertu,
L’apanage de la naissance…
Arthur ! mon fils ! où donc est-il ?
Arthur ! mon fils ! où donc est-il ? Il est ici !
Ce n’est pas vrai ! je l’aurais vu.
Ce n’est pas vrai ! je l’aurais vu. Mais si
Il est tout auprès de vous.
Il est tout auprès de nous ?
Bien plus près que l’on ne pense. (bis.)
Oui… je l’entends, taisez-vous !
Écoutons… faisons silence…
Tirons vengeance
De ce coquin,
Et de ma lance
Frappons soudain,
Mon casse-tête,
Ô jour de fête !
Ô trahison !
D’un malhonnête
Aura raison.
Il veut vengeance
D’un procédé si peu courtois ;
Avec sa lance
Il faudra lutter cette fois.
Il fait tempête,
Tant il est bête,
Sans voir, l’oison,
Que l’on fait fête
À sa maison,
Dieu ! quelle offense,
Et mon père est bien peu courtois :
Faire bombance
Avec des héritiers de rois !
Rien ne l’arrête,
Quelle tempête
Dans sa maison !
Le casse-tête
Est la raison !
Il est dur, il est vrai, d’assommer ses amis
Mais il faut obéir aux lois de son pays.
Attends ! il me vient une idée :
La querelle sera vidée.
Et je tiens un meilleur moyen !
Notre ours sacré, qui dans ces lieux repose,
Pourra bien décider la chose.
Comme il est fils du ciel et qu’il n’ignore rien,
Il sait déjà dans cette lutte
Lequel de nous deux doit tomber !
Qu’on nous l’amène à la minute,
Il saisira celui qui devra succomber.
Soleil immortel !
Fais que ta lumière
Ici nous éclaire !
Moment solennel !
Terrible occurrence !
Notre dieu s’avance !
Que mon sort est doux !
Tous les gros Loulous
En seront jaloux,
Je deviens son époux !
Je ne veux chez nous
Que des gros Toutous,
Des gais sapajoux,
Mais jamais de coucous !
Voilà, vertuchoux !
Ce que doit vouloir
Un bon Papas-Toutou !