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PoetósferaLa BibliotecaPhilippe Gille

Philippe Gille · Modernismo

Le Docteur Ox (Gille et Mortier)

francés

Laissons-nous vivre doucement,

Goûtons silencieusement

Le repos que le ciel ordonne

Et le calme profond qu’il donne

Aux habitants de Quiquendone !

Vous allez vraiment trop vite.

Le joueur qu’il faut louer

Réfléchit longtemps, médite,

Mais ne doit jamais jouer !

Oui, monsieur le bourgmestre,

Je serai moins empressé.

Plus de deux coups par semestre

C’est le jeu d’un insensé !

Toujours d’une main facile

Tricotons sans nous hâter,

Ah ! pour une âme tranquille

Qu’il est doux de tricoter !

Mais, Frantz, de quelle vitesse

Vous tournez cet écheveau !

Oh ! Suzel, c’est la tristesse

Qui me trouble le cerveau !

Paix ! que nous entendions

Enfin, marcher nos pions !

Ne parlons pas,

Ou parlons bas !

Ah ! voilà le thé qui bout !

Ah ! quel horrible tapage !

D’où vient ce remue-ménage ?

Je dis…

Je dis… Plus bas !

Je dis… Plus bas ! Le thé bout !

Encor plus bas !

Encor plus bas ! Le thé bout !

Quand l’ thé bout

C’est notoire.

Faut avant tout

Le boire.

Le thé bout !

Le thé bout !

Ça s’ dit partout

Et ça ne fait rien du tout

Pourvu qu’il ait bon goût.

Le thé bout !

On dit : C’est le thé qui bout !

Le thé bout !

Et on n’ fait pas d’ bruit du tout !

Le thé bout !

Allons, bien vite

Sers le thé !

Oui, tout de suite

Je sers le thé.

Vous avez deux van Tricasse,

Femme et mari.

Qui viendra prendre sa place,

Si l’un périt ?

C’est un autre van Tricasse ;

Moins vieux que lui.

Ainsi marcha notre race

Jusqu’aujourd’hui !

C’est bien facile à comprendre

On ne peut pas s’y méprendre :

C’est l’histoire mot pour mot

Du beau couteau de Jeannot.

Le manche ou la lame casse

De ce couteau.

L’un et l’autre on les remplace

Tout aussitôt.

De même entre van Tricasse,

Veuves ou veufs,

Ils sont, puisqu’on les remplace,

Toujours tout neufs !

C’est bien facile à comprendre, etc.

Sur la rive où l’oiseau chante,

Le soir, va rêver Djellah.

L’hetman, dont la voix l’enchante,

Vient pour la rencontrer là,

Et, comme un oiseau qui vole,

Sur sa brune épaule

Va se poser

Un premier baiser !

Mais, crac ! voilà

Qu’une corde se brisa !

Que diront les vieux des hordes

A Djellah ?

Elle n’a plus que deux cordes,

Sa pauvre guzla ;

Et c’est très-grave, cela !

Djellah pleure et se lamente,

Qu’adviendra-t-il de cela ?

Mais lui, d’une main tremblante,

S’empare de la guzla !

Et, comme un oiseau se pose,

Sur sa lèvre rose

Vient se placer

Un second baiser !

Mais, crac ! voilà

L’autre corde se brisa !

Que diront les vieux des hordes

A Djellah ?

Elle a perdu ses deux cordes,

La pauvre guzla ;

Et c’est très-grave, cela !

Quand on n’a plus la deuxième,

C’est inutile, entre nous,

De conserver la troisième…

Ma Djellah, qu’en pensez-vous ?

Personne ne put entendre

Ce que sa voix tendre

Lui répondit,

Ce qu’elle lui dit.

Mais, crac !voilà :

Plus de corde à sa guzla !

Que diront les vieux des hordes

A Djellah ?

Elle a perdu ses trois cordes

La pauvre guzla

Et c’est très-grave, cela !

Avec une ardeur nouvelle

Revenons à nos travaux,

A l’usine on nous appelle,

Retournons à nos fourneaux !

Préparons tout au plus vite

Courons de tous les côtés,

En attendant la visite !

Des grands corps constitués !

Silence ! voici le maître !

Mais pourquoi court-il ainsi ?

J’y pense, c’est peut-être

Pour être plus tôt ici !

On ne nous a pas vus !

On ne nous a pas vus ! Ne laissons rien paraître !

Je suis bien essoufflé…

Je suis bien essoufflé… Pas un seul mot… assez !

Eh ! bonjour, mes enfants.

Eh ! bonjour, mes enfants. Salut maître !

Que je suis donc touché de ces vœux empressés !

C’est que vous êtes notre père,

Et que nous prions chaque jour

Le ciel de vous être prospère

Et de nous garder votre amour !

A ces doux compliments faits en termes nouveaux

Je répondrai par ces deux mots

Je suis ému.

Il est ému.

Je suis ému par vos souhaits

Mais le mieux pour qu’on s’en souvienne,

C’est de souligner ses bienfaits :

Ainsi le veut l’espèce humaine !

Sachez donc, ô chers inférieurs,

Que vous péririez dans la gène…

Sans les talents bien supérieurs

Du docteur Ox

Du docteur Ox Et puis d’Ygène !

Sans Ox…

Sans Ox… Ygène !

Sans oxygène !

Sans oxygène

Que deviendrait l’espèce humaine ?

Oui, dans les siècles à venir

On parlera de notre gloire ;

Déjà vers nous, je vois venir

L’aimable muse de l’histoire…

Près des Franklin et des Fulton,

Gens dont la valeur est certaine,

Dans l’avenir que verra-t-on ?

C’est le nom d’Ox…

C’est le nom d’Ox… Et puis d’Ygène.

C’est Ox.

C’est Ox. Ygène !

Sans oxygène.

C’est l’oxygène

Quel honneur pour l’espèce humaine !

Vive le docteur Ox !

Sans oxygène, sans oxygène,

etc., etc.

Pour l’enfant de Bohème,

Quel est le bien suprême,

C’est d’aller en chantant

Droit devant lui, le nez au vent.

Ainsi que l’hirondelle

Il sait d’un seul coup d’aile

Éviter les autans,

Et suivre en tous lieux le printemps.

Riant de la misère

Il ne veut sur la terre

Avoir ni lieu ni feu,

Ni d’autre toit que le ciel bleu !

A nos chansons,

L’amour invite ;

Filles, garçons,

Accourez vite !

Pour l’enfant de Bohème.

Quel est le, etc.

Nous venons au nom de la ville,

O célèbre docteur Ox,

Savant modeste autant qu’habile

Pour admirer vos travox !

Ah ! quel honneur ! toute la ville

Rend visite au docteur Ox,

Chez nous, ils viennent à la file

Pour admirer nos travox !

Je suis touché de cet hommage !

Ce n’est pas tout ! Inclinez-vous…

Monsieur est le grand personnage

De Virgamen…

De Virgamen… Eh quoi ! c’est vous !

Monsieur, la nation voisine

Avait les yeux sur votre usine !

Dieux ! quel honneur !

Pour un honneur ! (Bis.)

C’est un grand honneur

Mais c’est encor plus de bonheur !

Nous venons, etc., etc.

Et maintenant, de votre découverte,

Montrez-nous des échantillons.

Impossible !

Impossible ! Il refuse !

Impossible ! Il refuse ! Ah ! certe

Je le voudrais…

Je le voudrais… Nous vous prions ! (Bis.)

Non, demain soir, à la kermesse.

Montrez-nous une flamme, un rien,

Nous comptons sur votre promesse, (Bis.)

Montrez-nous une flamme, un rien.

Ah ! monsieur Ox !…

Ah ! monsieur Ox !… Ah ! monsieur Ox !

Ah ! monsieur Ox !… Ah ! monsieur Ox ! Ah ! monsieur Ox !…

Ah ! monsieur Ox !…

Ah ! monsieur Ox !… Ah ! monsieur Ox !…

Ah ! monsieur Ox !…

Ah ! monsieur Ox !… Ah ! monsieur Ox !…

Ah ! monsieur Ox !…

Ah ! monsieur Ox !… Ah ! monsieur Ox !…

Je le veux bien…

Allons vite au modérateur, Ygène,

Tu tiens la clef ?

Tu tiens la clef ? Là, sur mon cœur.

Lâche un peu de gaz oxygène

Sans rien dire…

Sans rien dire… Allons-y, docteur.

Tout est-il prêt ?

Oui, tout est prêt.

De la prudence.

De la prudence.

As-tu la clef du modérateur ?

J’ai la clé du modérateur.

Vas-y alors.

Vas-y alors. J’y vas.

Ah ! quelle lumière voilà !

Ouvre encor ce robinet-là.

Ah ! quelle extase,

Aucune phrase

Ne rendra ce que je sens-là !

Nouveau mystère,

Tout s’exagère,

Ciel ! dans quel état me voilà !

C’est une ivresse

Qui me caresse

Que veut donc dire tout cela ?

Ah ! quelle extase

Aucune phrase

Ne rendra ce que je sens là !

Cette atmosphère

Les exaspère !

Dieu ! dans quel état les voilà !

C’est une ivresse

Qui les caresse,

J’avais bien prévu tout cela.

Quelle audace nouvelle

Que vous êtes belle !

Quel sentiment nouveau,

Que vous êtes beau !

Je ne sais pas si j’extravague…

Lotché…

Lotché… Monsieur !…

Lotché… Monsieur !… Voici ma bague !

Niklausse !

Niklausse ! Hermance !

Niklausse ! Hermance ! Ah ce vieux-là,

Durera donc longtemps comm’ ça !

Durera donc longtemps comm’ ça ! Hélas ! hélas !

Dieu quelle réussite,

Quel miracle nouveau,

Leurs cœurs battent plus vite !

J’ai troublé leur cerveau !

Ah ! quelle extase ! etc.

C’est une ivresse qui me caresse.

Que veut dire tout cela ?

Tiens ! voilà la bohémienne.

Je la revois avec plaisir.

Achevons de les étourdir.

Je suis d’avis qu’on la retienne.

Elle nous dira l’avenir.

Elle nous dira l’avenir.

Elle nous dira l’avenir.

Tout s’éveille dans la nature,

Les rochers semblent s’animer,

La source en ses ondes murmure,

Le vent soupire : il faut aimer

Les prés répandent plus d’arome,

Et l’abeille, plus doucement,

Dans le calice qui l’embaume,

S’introduit amoureusement !

Le tourtereau, la tourterelle,

Se regardent d’un œil plus doux,

Plus doucement battent de l’aile,

Plus tendrement font leur rou, rou.

Les mains cherchent les mains dans l’ombre,

Les cœurs vont au-devant des cœurs,

Le soleil, dans la forêt sombre,

A lancé ses rayons vainqueurs.

Il faut aimer, c’est une fièvre

Qui brûle chacun à son tour.

La lèvre en feu cherche la lèvre,

L’amour, partout, cherche l’amour.

Le tourtereau, etc., etc.

Son gendre !

Ah ! que viens-je d’entendre,

J’avais tout deviné !

Le sort sur moi s’est obstiné !

Pour un savant infortuné,

Ah ! je suis bien infortuné !

Vous, me tromper, quelle injure !

Amère dérision,

Avec une telle figure,

Don Juan d’occasion.

Qu’a-t-elle dit ?

Qu’a-t-elle fait ?

Comment punir ce forfait.

Qu’elle sorte à l’instant même,

Que le châtiment soit prompt !

Chassez l’enfant de Bohème,

Punissons un tel affront.

Oui, je sors à l’instant même,

Le châtiment sera prompt !

J’userai de stratagème

Pour punir un tel affront.

Vous aurez beau me défier,

Je saurai bien me venger,

Rira bien qui rira le dernier

Ah ! quel prodige est arrivé,

Il me semble que j’ai rêvé !

Chalands et chalandes,

Accourez vers nous.

Marchands et marchandes

Aux prix les plus doux.

Voici les marchandes,

Qui viennent vers nous.

Faisons nos commandes,

Et défions-nous !

V’là du mouron pour vos serins !

Qui veut du beurre, du bon beurre !

V’là du fromag’ !

V’là du fromag’ ! Voilà des pains ! (Ter.)

Voyez la limand’ supérieure !

Voyez, voyez

Et achetez ! (Bis.)

Voyons, voyons

Et achetons. (Bis.)

Battez vos habits et vos femmes !

Balais, baguettes, choisissez.

Battez, messieurs, battez, mesdames,

Battez ce que vous voudrez.

Balais, balayettes,

Brosses et baguettes,

Venez, prenez

Et choisissez.

Balais et balayettes,

Brosses et baguettes,

Allons, allons,

Et choisissons !

Le lait est bon, la crème épaisse,

Les œufs viennent d’être pondus

Tout chauds, tout frais, que l’on s’empresse,

Pour rien ils vous seront vendus.

Bon lait, bonne crème

De, tout ce qu’on aime

Je vends à tous ;

En voulez-vous ?

Bon lait et bonne crème

Oui, tout ce qu’on aime

Allons, allons,

Et choisissons !

A nous joie et bombance,

La fête va commencer

Nous somm’s dans l’opulence,

Les roubles vont danser

A dix lieu’s à la ronde

On parlera de nous ;

Même aux deux bouts du monde !… (Bis.)

Car nous aimons rire et boire

Sans tant de façon,

Et nous mettons notre gloire

Dans notre chanson !

Nous sommes de bons diables

Qui voulons nous amuser !

Gais lurons, gens aimables

Qu’il n’ faut pas tyranniser !

Bien qu’ nous soyons en nombre.

Nous savons obéir

Et nous tenir

Dans l’ombre !

Mais nous aimons rire et boire,

etc.

Sous votre fenêtre

Trésor des trésors,

Voulez-vous permettre

Ces quelques accords ?

Car, ô douce blonde,

Quand on a du cœur

Et qu’on sait son monde,

Parole d’honneur !

Oui, ça fait quelque chose

De regarder un rideau rose !

Un vrai philosophe

Vous dira fort bien

Ce n’est qu’une étoffe

Un rien, moins qu’un rien !

Qu’un souffle l’agite,

On devient rêveur,

Le cœur bat plus vite :

Parole d’honneur !

Oui, ça fait quelque chose

De regarder un rideau rose !

Changeons de langage

Pour cet entretien ;

C’est un badinage,

Ça n’engage à rien !

Dis donc pour voir : Un’ chos’ que j’aime,

Belle enfant, c’est tes grands yeux doux

Comm’ le velours d’Utrecht lui-même !

Monsieur est bien bon, savez-vous ?

Je suis comm’ ça tout feu tout flamme,

Car je n’ai jamais aperçu

Tant d’attraits chez un’ seule femme.

Monsieur est bien galant, sais-tu ?

Veux-tu, pour voir, joli’ porsonne,

Parler un’ fois d’un rendez-vous

Là-bas, au bois de Quiquendone ?

Monsieir va bien loin, savez-vous ?

Nous causerons de la nature

Des champs, des fleurs, de la vertu,

Des oiseaux, de l’agriculture

Monsieur va bien trop loin, sais-tu ?

Singulière aventure !

La charmante figure !

Comment sortir de là ?

Frais minois que voilà !

C’est qu’il a l’air fort tendre !

Risquons-nous, pourquoi pas ?

Je ne pouvais m’attendre

A pareil embarras !

Je n’y tiens plus ; enfant trop belle,

Mon cœur bat plus fort que jamais.

Je suis une honnêt’ demoiselle

Ah ! mais, monsieur, ah ! mais ah ! mais !

On irait bien loin, sur ma foi,

Pour trouver un’ jeuness comm’ toi.

Ni à Amsterdam, ni même à Dordrecht

Ni à Harlem, Leyde et jusqu’au Murdeck,

Ni à S’ Gravenhag, ni à Rotterdam ;

Ni à Bergopzoom, ni même à Saardam !

Ni à Amsterdam, etc.

Il n’y a null’ part de tels appas,

Je n’ le crois pas !

Avec vous j’en conviens tout bas,

Je n’ le crois pas !

Ni à Amsterdam, etc.

Approche un peu plus près de moi encor

Godverdom !

Ah ! finis donc ! reste chez toi, tu sais

Godvordom !

Veux-tu connaître Cupidon ?

Godverdom !

Ne m’ parlez pas de Cupidon,

Godverdom !

Godverclom !

Ni à Amsterdam, etc.

C’est la kermesse

Qui va s’ouvrir ;

Pour la jeunesse

Joie et plaisir !

A cette kermesse étonnante,

Et qui n’a pas de précédente,

Habitants, je le dis sans fard,

Vous serez fiers d’avoir pris part !

C’est la kermesse

Qui va s’ouvrir ;

Pour la jeunesse

Joie et plaisir !

Mais où donc est le grand personnage

De Virgamen ?…

De Virgamen ?… J’eus l’avantage

De l’inviter officiellement.

Il viendra, car il est charmant !

Il viendra, car il est charmant.

Le voilà c’est lui-même !

Ah ! quel honneur suprême !

Je vous présente ma famille !

Elle est nombreuse et fort gentille !

Jolis enfants !

Jolis enfants ! Je m’appelle Fritz.

Jolis enfants ! Je m’appelle Fritz. Moi, Victor.

Moi-z-Hector !

Et celui-là ?

Et celui-là ? C’est mon p’tit Paul

Il chante comme un rossignol !

Eh bien ! si pour nous faire attendre

Le docteur, il nous chantait une ariette, un rien ?

Volontiers, qui il se fasse entendre !

Chantez donc !

Chantez donc ! Soit ! je veux bien !

Je sais dès ma jeunesse

La chanson de la kermesse.

Chantez, chantez, nous écoutons,

Chantez et nous applaudirons !

Accourez, les amoureux,

Aux kermess’ de Quiquendone,

On chante, on rit on s’en donne,

On s’amuse à qui mieux mieux !

Dès le matin les fillettes

Ont mis leurs plus beaux bonnets,

Repassé leurs collerettes,

Pris leurs airs les plus coquets.

Laissant ménage et tulipes,

Les femmes s’en vont suivant

Les maris fumant leurs pipes,

Les enfants trottent devant.

Accourez, les amoureux !

Accourez, les amoureux !

On chante sous la tonnelle

On y rit et l’on y boit,

Un bon buveur qui chancelle

Dit : Ça tourne autour de moi !

Mais il veut changer de place,

Trébuche et d’un air soumis,

Dit à l’arbre qu’il embuasse :

Les amis sont les amis !

Accourez, les amoureux !

Etc.

Voilà, voilà le grand docteur,

Dont la science est sans pareille ;

Nous allons voir une merveille,

Honneur, honneur à l’inventeur !

Merci, merci pour tant de sympathie !

Vous proclamez la vérité.

Je rends hommage à mon génie,

Et je le dis sans vanité.

A bas le vieil éclairage

Que mon gaz a supplanté,

C’était un simple mirage

Qui s’efface à ma clarté !

A bas lampes et bougies,

Les lumignons, les falots,

Gaz des grandes compagnies,

A bas chandeliers, flambeaux !

Car ma lumière

Est la première ;

On la préfère,

Seule elle éclaire !

Hurrah pour le succès qu’Ox a !

Je n’en suis pas plus fier pour ça !

Là-haut l’étoile joyeuse

Fait l’effet d’un lampion,

Le phare est passé veilleuse,

Grâce à mon invention.

Comme une pale lanterne

La lune parait au ciel,

Le soleil nous semble terne

Comme une lampe carcel !

Car ma lumière…

Etc.

C’est vraiment

Étonnant,

Surprenant,

Ravissant.

On ressent

Un tourment

Pénétrant

Et charmant,

C’est brûlant,

Excitant,

Bouillonnant,

Dévorant,

Enervant,

Caressant,

Fulgurant.

Oui, pour moi, de la gloire

Le temple va s’ouvrir !

Palmes de la victoire,

Je vais vous conquérir !

Cette clef… je la veux à tout prix… ce soir même,

Par force ou stratagème, cette clef… je la veux !

Vous l’aurez,

Oui, vous l’aurez.

C’est vraiment

Étonnant, etc.

A nous les ivresses folles,

Les baisers, les chants joyeux,

Les danses, les farandoles

Et les transports amoureux !

Chantons,

Buvons,

Dansons,

Crions,

Hurlons,

Aimons,

Courons,

Trottons !

Quel beau résultat !

Quel beau résultat ! Au plus vite…

Crions !

Va donc augmenter notre gaz !

Qu’il les brûle ! qu’il les excite !

Dansons !

As-tu la clef ?

As-tu la clef ? Je ne l’ai pas !

Mais regarde donc… imbécile !

Courons !

Là… dans ta main !

C’est certain !

Dansons,

Courons, etc.

Oui, je t’aime avec ivresse !

Ah ! partage ma tendresse !

Je suis là… le grand docteur !…

Vers toi vole mon cœur !

Ah ! je t’aime ! un maricide

Ne me rendrait pas timide…

Nous sortirons d’embarras

Avec de la mort aux rats.

Je t’aime ! L’amour m’enchaîne…

A tes genoux je me traîne !

Moi… je t’offre un beau château !

J’aime mieux ça… c’est bien plus beau !

Partout une douce ivresse

Nous étreint et nous oppresse !

C’est vrai, je ressens cela !

Regarde-moi.

Regarde-moi. Prascovia !

Quel doux prodige !

Mon cœur est pris de vertige !

Ah ! je cède à ta beauté !

De mon palais, voici la clef…

Femme, voici la clef !

Je la tiens enfin !

Elle est dans ma main.

Prends… Ox est perdu sans espoir !

Cette clef précieuse !

Je te la confie ! au revoir !

De cette ville odieuse

Nous sommes maîtres… dès ce soir !

C’est vraiment, etc.

Non, plus un mot, une phrase,

Il doit descendre ici, je le veux à tout prix !

Essayons le pouvoir de ce chant du Caucase

Que tous deux nous disions jadis.

Pourquoi pleurer, Nadéje,

As-tu perdu sous la neige,

Ou dans un piége

Quelque blanc mouton ?

— Mes yeux cherchent dans la plaine

L’amant qui rit de ma peine

Pour qu’il revienne

Dites, que fait-on ?

— Allons, rions, la belle,

L’amour fuit quand on pleure et l’appelle !

Riez, chantez, il entendra !

S’il faut, dansez, il reviendra !

Dansez

Riez

Chantez

Il reviendra.

Hélas, ne suis-je plus belle,

Que, ce matin, l’infidèle

En un coup d’aile,

Est ainsi parti ?

Va-t-il parcourir le monde ?

Va-t-il voir la mer profonde ?

On quelque blonde ?

Quand reviendra-t-il ?

— Allons, rions, la belle.

Sapristi, je sens une flamme

Qui me brûle but à coup !

Ah ! Prascovia ! ma femme !

Ça m’électrise partout !

Je ne suis pas votre femme !

Vous allez l’être à l’instant !

Il faut que l’on nous unisse !

Il faut que cela finisse !

Vite, un maire ! c’est pressenti

Vous m’aimez donc ?

Vous m’aimez donc ? Si je t’aime !

Une preuve ?

Une preuve ? A l’instant même !

Donnez-moi…

Donnez-moi… Tout mon honneur !

Non, pas cela !

Non, pas cela ! Parlez, madame !

Dites-moi, caprice de femme,

Un mot !

Un mot ! Lequel ?

Un mot ! Lequel ? Celui du modérateur !

A quoi bon, c’est trop difficile !

Je le veux ! dites-moi ce mot !

Ça me paraît bien inutile !

Alors, je pars.

Alors, je pars. Ah ! mais non, pas sitôt !

Ecoutez : ce mot, le voilà !

C’est ?

C’est thesaurochrysonichochysidés !

Thesaurochrysonichochrysidès.

Mon adresse

Est maîtresse

De son mot

Ah ! quel sot !

Douce ivresse

Qui m’oppresse !

Comme aux jours !

De nos amours !

Avancez !… arrêtez !…

Taisez-vous !… Écoutez !…

Qu’il est doux

D’être fous !

A bas tout !

Vive tout

Non ! je n’en veux pas démordre :

Vive le tohu-bohu !

Il n’y a que le désordre !

Hors de là, pas de salut.

Quel dîner, quelle fête

Nous avons dégusté là !

On n’en fait plus qu’à sa tête :

Au moins, parlez-moi de ça !

Plus de ces plats à la crème,

De ces fades entremets ;

Ce n’est plus çà que l’on aime

Et que veulent les gourmets:

Poivre et bisque, il faut qu’ ça gratte,

Piment, truffes et picrate,

Gin et rhum, vieux cognac,

Ça dilate

L’estomac !

Poivre et bisque… etc., etc…

Où sont-elles, les pimbêches

Qui faisaient tant de façons ?

Aujourd’hui les plus revêches

Sont toutes de bons garçons.

On s’aime quelques secondes,

L’amour n’est plus rien qu’un jeu ;

Mais, aux brunes comme aux blondes,

Nous voulons des cœurs de feu.

Poivre et bisque… etc., etc…

Poivre et bisque… etc., etc…

En vain, à chacun je demande,

Par où mon fiancé

Est passé :

Comme je ne suis pas très-grande,

On me répond : Oui ou non ;

Et depuis le jour de la fête,

Hélas ! j’en suis toujours là :

J’ promets un’ récompense honnête

A qui le ramènera.

J’allais, mes mains aux siennes jointes,

Bien fier d’un amant

Aussi grand :

Et je me dressais sur mes pointes,

Pour être à la hauteur

De son cœur.

Tout à coup je tourne la tète,

Hélas, il n’était plus là !

J’ promets un’ récompense honnête,

A qui le ramènera !

En avant,

Vite au rang

Il s’agit de se battre,

Il s’agit de combattre.

En avant,

Vite au rang !

Ah ! quel prodige est arrivé ?

Il me semble que j’ai rêvé !

Ce que nous avons conté ce soir,

C’est l’histoire de Quiquendone

Pour y croire hélas ! il n’est personne :

Vous qui doutez, venez y voir.

Je, ne voudrais désobliger personne,

Mais entre nous, sans être trop bavard

Tout c’ qu’on a vu dans notre Quiquendone

On aurait bien pu le voir autre part.

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Autor
Philippe Gille
Título
Le Docteur Ox (Gille et Mortier)
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-le-docteur-ox-gille-et-mortier--philippe-gille-417ff9
Cita recomendada
Philippe Gille, «Le Docteur Ox (Gille et Mortier)», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-le-docteur-ox-gille-et-mortier--philippe-gille-417ff9.html

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