Laissons-nous vivre doucement,
Goûtons silencieusement
Le repos que le ciel ordonne
Et le calme profond qu’il donne
Aux habitants de Quiquendone !
Vous allez vraiment trop vite.
Le joueur qu’il faut louer
Réfléchit longtemps, médite,
Mais ne doit jamais jouer !
Oui, monsieur le bourgmestre,
Je serai moins empressé.
Plus de deux coups par semestre
C’est le jeu d’un insensé !
Toujours d’une main facile
Tricotons sans nous hâter,
Ah ! pour une âme tranquille
Qu’il est doux de tricoter !
Mais, Frantz, de quelle vitesse
Vous tournez cet écheveau !
Oh ! Suzel, c’est la tristesse
Qui me trouble le cerveau !
Paix ! que nous entendions
Enfin, marcher nos pions !
Ne parlons pas,
Ou parlons bas !
Ah ! voilà le thé qui bout !
Ah ! quel horrible tapage !
D’où vient ce remue-ménage ?
Je dis…
Je dis… Plus bas !
Je dis… Plus bas ! Le thé bout !
Encor plus bas !
Encor plus bas ! Le thé bout !
Quand l’ thé bout
C’est notoire.
Faut avant tout
Le boire.
Le thé bout !
Le thé bout !
Ça s’ dit partout
Et ça ne fait rien du tout
Pourvu qu’il ait bon goût.
Le thé bout !
On dit : C’est le thé qui bout !
Le thé bout !
Et on n’ fait pas d’ bruit du tout !
Le thé bout !
Allons, bien vite
Sers le thé !
Oui, tout de suite
Je sers le thé.
Vous avez deux van Tricasse,
Femme et mari.
Qui viendra prendre sa place,
Si l’un périt ?
C’est un autre van Tricasse ;
Moins vieux que lui.
Ainsi marcha notre race
Jusqu’aujourd’hui !
C’est bien facile à comprendre
On ne peut pas s’y méprendre :
C’est l’histoire mot pour mot
Du beau couteau de Jeannot.
Le manche ou la lame casse
De ce couteau.
L’un et l’autre on les remplace
Tout aussitôt.
De même entre van Tricasse,
Veuves ou veufs,
Ils sont, puisqu’on les remplace,
Toujours tout neufs !
C’est bien facile à comprendre, etc.
Sur la rive où l’oiseau chante,
Le soir, va rêver Djellah.
L’hetman, dont la voix l’enchante,
Vient pour la rencontrer là,
Et, comme un oiseau qui vole,
Sur sa brune épaule
Va se poser
Un premier baiser !
Mais, crac ! voilà
Qu’une corde se brisa !
Que diront les vieux des hordes
A Djellah ?
Elle n’a plus que deux cordes,
Sa pauvre guzla ;
Et c’est très-grave, cela !
Djellah pleure et se lamente,
Qu’adviendra-t-il de cela ?
Mais lui, d’une main tremblante,
S’empare de la guzla !
Et, comme un oiseau se pose,
Sur sa lèvre rose
Vient se placer
Un second baiser !
Mais, crac ! voilà
L’autre corde se brisa !
Que diront les vieux des hordes
A Djellah ?
Elle a perdu ses deux cordes,
La pauvre guzla ;
Et c’est très-grave, cela !
Quand on n’a plus la deuxième,
C’est inutile, entre nous,
De conserver la troisième…
Ma Djellah, qu’en pensez-vous ?
Personne ne put entendre
Ce que sa voix tendre
Lui répondit,
Ce qu’elle lui dit.
Mais, crac !voilà :
Plus de corde à sa guzla !
Que diront les vieux des hordes
A Djellah ?
Elle a perdu ses trois cordes
La pauvre guzla
Et c’est très-grave, cela !
Avec une ardeur nouvelle
Revenons à nos travaux,
A l’usine on nous appelle,
Retournons à nos fourneaux !
Préparons tout au plus vite
Courons de tous les côtés,
En attendant la visite !
Des grands corps constitués !
Silence ! voici le maître !
Mais pourquoi court-il ainsi ?
J’y pense, c’est peut-être
Pour être plus tôt ici !
On ne nous a pas vus !
On ne nous a pas vus ! Ne laissons rien paraître !
Je suis bien essoufflé…
Je suis bien essoufflé… Pas un seul mot… assez !
Eh ! bonjour, mes enfants.
Eh ! bonjour, mes enfants. Salut maître !
Que je suis donc touché de ces vœux empressés !
C’est que vous êtes notre père,
Et que nous prions chaque jour
Le ciel de vous être prospère
Et de nous garder votre amour !
A ces doux compliments faits en termes nouveaux
Je répondrai par ces deux mots
Je suis ému.
Il est ému.
Je suis ému par vos souhaits
Mais le mieux pour qu’on s’en souvienne,
C’est de souligner ses bienfaits :
Ainsi le veut l’espèce humaine !
Sachez donc, ô chers inférieurs,
Que vous péririez dans la gène…
Sans les talents bien supérieurs
Du docteur Ox
Du docteur Ox Et puis d’Ygène !
Sans Ox…
Sans Ox… Ygène !
Sans oxygène !
Sans oxygène
Que deviendrait l’espèce humaine ?
Oui, dans les siècles à venir
On parlera de notre gloire ;
Déjà vers nous, je vois venir
L’aimable muse de l’histoire…
Près des Franklin et des Fulton,
Gens dont la valeur est certaine,
Dans l’avenir que verra-t-on ?
C’est le nom d’Ox…
C’est le nom d’Ox… Et puis d’Ygène.
C’est Ox.
C’est Ox. Ygène !
Sans oxygène.
C’est l’oxygène
Quel honneur pour l’espèce humaine !
Vive le docteur Ox !
Sans oxygène, sans oxygène,
etc., etc.
Pour l’enfant de Bohème,
Quel est le bien suprême,
C’est d’aller en chantant
Droit devant lui, le nez au vent.
Ainsi que l’hirondelle
Il sait d’un seul coup d’aile
Éviter les autans,
Et suivre en tous lieux le printemps.
Riant de la misère
Il ne veut sur la terre
Avoir ni lieu ni feu,
Ni d’autre toit que le ciel bleu !
A nos chansons,
L’amour invite ;
Filles, garçons,
Accourez vite !
Pour l’enfant de Bohème.
Quel est le, etc.
Nous venons au nom de la ville,
O célèbre docteur Ox,
Savant modeste autant qu’habile
Pour admirer vos travox !
Ah ! quel honneur ! toute la ville
Rend visite au docteur Ox,
Chez nous, ils viennent à la file
Pour admirer nos travox !
Je suis touché de cet hommage !
Ce n’est pas tout ! Inclinez-vous…
Monsieur est le grand personnage
De Virgamen…
De Virgamen… Eh quoi ! c’est vous !
Monsieur, la nation voisine
Avait les yeux sur votre usine !
Dieux ! quel honneur !
Pour un honneur ! (Bis.)
C’est un grand honneur
Mais c’est encor plus de bonheur !
Nous venons, etc., etc.
Et maintenant, de votre découverte,
Montrez-nous des échantillons.
Impossible !
Impossible ! Il refuse !
Impossible ! Il refuse ! Ah ! certe
Je le voudrais…
Je le voudrais… Nous vous prions ! (Bis.)
Non, demain soir, à la kermesse.
Montrez-nous une flamme, un rien,
Nous comptons sur votre promesse, (Bis.)
Montrez-nous une flamme, un rien.
Ah ! monsieur Ox !…
Ah ! monsieur Ox !… Ah ! monsieur Ox !
Ah ! monsieur Ox !… Ah ! monsieur Ox ! Ah ! monsieur Ox !…
Ah ! monsieur Ox !…
Ah ! monsieur Ox !… Ah ! monsieur Ox !…
Ah ! monsieur Ox !…
Ah ! monsieur Ox !… Ah ! monsieur Ox !…
Ah ! monsieur Ox !…
Ah ! monsieur Ox !… Ah ! monsieur Ox !…
Je le veux bien…
Allons vite au modérateur, Ygène,
Tu tiens la clef ?
Tu tiens la clef ? Là, sur mon cœur.
Lâche un peu de gaz oxygène
Sans rien dire…
Sans rien dire… Allons-y, docteur.
Tout est-il prêt ?
Oui, tout est prêt.
De la prudence.
De la prudence.
As-tu la clef du modérateur ?
J’ai la clé du modérateur.
Vas-y alors.
Vas-y alors. J’y vas.
Ah ! quelle lumière voilà !
Ouvre encor ce robinet-là.
Ah ! quelle extase,
Aucune phrase
Ne rendra ce que je sens-là !
Nouveau mystère,
Tout s’exagère,
Ciel ! dans quel état me voilà !
C’est une ivresse
Qui me caresse
Que veut donc dire tout cela ?
Ah ! quelle extase
Aucune phrase
Ne rendra ce que je sens là !
Cette atmosphère
Les exaspère !
Dieu ! dans quel état les voilà !
C’est une ivresse
Qui les caresse,
J’avais bien prévu tout cela.
Quelle audace nouvelle
Que vous êtes belle !
Quel sentiment nouveau,
Que vous êtes beau !
Je ne sais pas si j’extravague…
Lotché…
Lotché… Monsieur !…
Lotché… Monsieur !… Voici ma bague !
Niklausse !
Niklausse ! Hermance !
Niklausse ! Hermance ! Ah ce vieux-là,
Durera donc longtemps comm’ ça !
Durera donc longtemps comm’ ça ! Hélas ! hélas !
Dieu quelle réussite,
Quel miracle nouveau,
Leurs cœurs battent plus vite !
J’ai troublé leur cerveau !
Ah ! quelle extase ! etc.
C’est une ivresse qui me caresse.
Que veut dire tout cela ?
Tiens ! voilà la bohémienne.
Je la revois avec plaisir.
Achevons de les étourdir.
Je suis d’avis qu’on la retienne.
Elle nous dira l’avenir.
Elle nous dira l’avenir.
Elle nous dira l’avenir.
Tout s’éveille dans la nature,
Les rochers semblent s’animer,
La source en ses ondes murmure,
Le vent soupire : il faut aimer
Les prés répandent plus d’arome,
Et l’abeille, plus doucement,
Dans le calice qui l’embaume,
S’introduit amoureusement !
Le tourtereau, la tourterelle,
Se regardent d’un œil plus doux,
Plus doucement battent de l’aile,
Plus tendrement font leur rou, rou.
Les mains cherchent les mains dans l’ombre,
Les cœurs vont au-devant des cœurs,
Le soleil, dans la forêt sombre,
A lancé ses rayons vainqueurs.
Il faut aimer, c’est une fièvre
Qui brûle chacun à son tour.
La lèvre en feu cherche la lèvre,
L’amour, partout, cherche l’amour.
Le tourtereau, etc., etc.
Son gendre !
Ah ! que viens-je d’entendre,
J’avais tout deviné !
Le sort sur moi s’est obstiné !
Pour un savant infortuné,
Ah ! je suis bien infortuné !
Vous, me tromper, quelle injure !
Amère dérision,
Avec une telle figure,
Don Juan d’occasion.
Qu’a-t-elle dit ?
Qu’a-t-elle fait ?
Comment punir ce forfait.
Qu’elle sorte à l’instant même,
Que le châtiment soit prompt !
Chassez l’enfant de Bohème,
Punissons un tel affront.
Oui, je sors à l’instant même,
Le châtiment sera prompt !
J’userai de stratagème
Pour punir un tel affront.
Vous aurez beau me défier,
Je saurai bien me venger,
Rira bien qui rira le dernier
Ah ! quel prodige est arrivé,
Il me semble que j’ai rêvé !
Chalands et chalandes,
Accourez vers nous.
Marchands et marchandes
Aux prix les plus doux.
Voici les marchandes,
Qui viennent vers nous.
Faisons nos commandes,
Et défions-nous !
V’là du mouron pour vos serins !
Qui veut du beurre, du bon beurre !
V’là du fromag’ !
V’là du fromag’ ! Voilà des pains ! (Ter.)
Voyez la limand’ supérieure !
Voyez, voyez
Et achetez ! (Bis.)
Voyons, voyons
Et achetons. (Bis.)
Battez vos habits et vos femmes !
Balais, baguettes, choisissez.
Battez, messieurs, battez, mesdames,
Battez ce que vous voudrez.
Balais, balayettes,
Brosses et baguettes,
Venez, prenez
Et choisissez.
Balais et balayettes,
Brosses et baguettes,
Allons, allons,
Et choisissons !
Le lait est bon, la crème épaisse,
Les œufs viennent d’être pondus
Tout chauds, tout frais, que l’on s’empresse,
Pour rien ils vous seront vendus.
Bon lait, bonne crème
De, tout ce qu’on aime
Je vends à tous ;
En voulez-vous ?
Bon lait et bonne crème
Oui, tout ce qu’on aime
Allons, allons,
Et choisissons !
A nous joie et bombance,
La fête va commencer
Nous somm’s dans l’opulence,
Les roubles vont danser
A dix lieu’s à la ronde
On parlera de nous ;
Même aux deux bouts du monde !… (Bis.)
Car nous aimons rire et boire
Sans tant de façon,
Et nous mettons notre gloire
Dans notre chanson !
Nous sommes de bons diables
Qui voulons nous amuser !
Gais lurons, gens aimables
Qu’il n’ faut pas tyranniser !
Bien qu’ nous soyons en nombre.
Nous savons obéir
Et nous tenir
Dans l’ombre !
Mais nous aimons rire et boire,
etc.
Sous votre fenêtre
Trésor des trésors,
Voulez-vous permettre
Ces quelques accords ?
Car, ô douce blonde,
Quand on a du cœur
Et qu’on sait son monde,
Parole d’honneur !
Oui, ça fait quelque chose
De regarder un rideau rose !
Un vrai philosophe
Vous dira fort bien
Ce n’est qu’une étoffe
Un rien, moins qu’un rien !
Qu’un souffle l’agite,
On devient rêveur,
Le cœur bat plus vite :
Parole d’honneur !
Oui, ça fait quelque chose
De regarder un rideau rose !
Changeons de langage
Pour cet entretien ;
C’est un badinage,
Ça n’engage à rien !
Dis donc pour voir : Un’ chos’ que j’aime,
Belle enfant, c’est tes grands yeux doux
Comm’ le velours d’Utrecht lui-même !
Monsieur est bien bon, savez-vous ?
Je suis comm’ ça tout feu tout flamme,
Car je n’ai jamais aperçu
Tant d’attraits chez un’ seule femme.
Monsieur est bien galant, sais-tu ?
Veux-tu, pour voir, joli’ porsonne,
Parler un’ fois d’un rendez-vous
Là-bas, au bois de Quiquendone ?
Monsieir va bien loin, savez-vous ?
Nous causerons de la nature
Des champs, des fleurs, de la vertu,
Des oiseaux, de l’agriculture
Monsieur va bien trop loin, sais-tu ?
Singulière aventure !
La charmante figure !
Comment sortir de là ?
Frais minois que voilà !
C’est qu’il a l’air fort tendre !
Risquons-nous, pourquoi pas ?
Je ne pouvais m’attendre
A pareil embarras !
Je n’y tiens plus ; enfant trop belle,
Mon cœur bat plus fort que jamais.
Je suis une honnêt’ demoiselle
Ah ! mais, monsieur, ah ! mais ah ! mais !
On irait bien loin, sur ma foi,
Pour trouver un’ jeuness comm’ toi.
Ni à Amsterdam, ni même à Dordrecht
Ni à Harlem, Leyde et jusqu’au Murdeck,
Ni à S’ Gravenhag, ni à Rotterdam ;
Ni à Bergopzoom, ni même à Saardam !
Ni à Amsterdam, etc.
Il n’y a null’ part de tels appas,
Je n’ le crois pas !
Avec vous j’en conviens tout bas,
Je n’ le crois pas !
Ni à Amsterdam, etc.
Approche un peu plus près de moi encor
Godverdom !
Ah ! finis donc ! reste chez toi, tu sais
Godvordom !
Veux-tu connaître Cupidon ?
Godverdom !
Ne m’ parlez pas de Cupidon,
Godverdom !
Godverclom !
Ni à Amsterdam, etc.
C’est la kermesse
Qui va s’ouvrir ;
Pour la jeunesse
Joie et plaisir !
A cette kermesse étonnante,
Et qui n’a pas de précédente,
Habitants, je le dis sans fard,
Vous serez fiers d’avoir pris part !
C’est la kermesse
Qui va s’ouvrir ;
Pour la jeunesse
Joie et plaisir !
Mais où donc est le grand personnage
De Virgamen ?…
De Virgamen ?… J’eus l’avantage
De l’inviter officiellement.
Il viendra, car il est charmant !
Il viendra, car il est charmant.
Le voilà c’est lui-même !
Ah ! quel honneur suprême !
Je vous présente ma famille !
Elle est nombreuse et fort gentille !
Jolis enfants !
Jolis enfants ! Je m’appelle Fritz.
Jolis enfants ! Je m’appelle Fritz. Moi, Victor.
Moi-z-Hector !
Et celui-là ?
Et celui-là ? C’est mon p’tit Paul
Il chante comme un rossignol !
Eh bien ! si pour nous faire attendre
Le docteur, il nous chantait une ariette, un rien ?
Volontiers, qui il se fasse entendre !
Chantez donc !
Chantez donc ! Soit ! je veux bien !
Je sais dès ma jeunesse
La chanson de la kermesse.
Chantez, chantez, nous écoutons,
Chantez et nous applaudirons !
Accourez, les amoureux,
Aux kermess’ de Quiquendone,
On chante, on rit on s’en donne,
On s’amuse à qui mieux mieux !
Dès le matin les fillettes
Ont mis leurs plus beaux bonnets,
Repassé leurs collerettes,
Pris leurs airs les plus coquets.
Laissant ménage et tulipes,
Les femmes s’en vont suivant
Les maris fumant leurs pipes,
Les enfants trottent devant.
Accourez, les amoureux !
Accourez, les amoureux !
On chante sous la tonnelle
On y rit et l’on y boit,
Un bon buveur qui chancelle
Dit : Ça tourne autour de moi !
Mais il veut changer de place,
Trébuche et d’un air soumis,
Dit à l’arbre qu’il embuasse :
Les amis sont les amis !
Accourez, les amoureux !
Etc.
Voilà, voilà le grand docteur,
Dont la science est sans pareille ;
Nous allons voir une merveille,
Honneur, honneur à l’inventeur !
Merci, merci pour tant de sympathie !
Vous proclamez la vérité.
Je rends hommage à mon génie,
Et je le dis sans vanité.
A bas le vieil éclairage
Que mon gaz a supplanté,
C’était un simple mirage
Qui s’efface à ma clarté !
A bas lampes et bougies,
Les lumignons, les falots,
Gaz des grandes compagnies,
A bas chandeliers, flambeaux !
Car ma lumière
Est la première ;
On la préfère,
Seule elle éclaire !
Hurrah pour le succès qu’Ox a !
Je n’en suis pas plus fier pour ça !
Là-haut l’étoile joyeuse
Fait l’effet d’un lampion,
Le phare est passé veilleuse,
Grâce à mon invention.
Comme une pale lanterne
La lune parait au ciel,
Le soleil nous semble terne
Comme une lampe carcel !
Car ma lumière…
Etc.
C’est vraiment
Étonnant,
Surprenant,
Ravissant.
On ressent
Un tourment
Pénétrant
Et charmant,
C’est brûlant,
Excitant,
Bouillonnant,
Dévorant,
Enervant,
Caressant,
Fulgurant.
Oui, pour moi, de la gloire
Le temple va s’ouvrir !
Palmes de la victoire,
Je vais vous conquérir !
Cette clef… je la veux à tout prix… ce soir même,
Par force ou stratagème, cette clef… je la veux !
Vous l’aurez,
Oui, vous l’aurez.
C’est vraiment
Étonnant, etc.
A nous les ivresses folles,
Les baisers, les chants joyeux,
Les danses, les farandoles
Et les transports amoureux !
Chantons,
Buvons,
Dansons,
Crions,
Hurlons,
Aimons,
Courons,
Trottons !
Quel beau résultat !
Quel beau résultat ! Au plus vite…
Crions !
Va donc augmenter notre gaz !
Qu’il les brûle ! qu’il les excite !
Dansons !
As-tu la clef ?
As-tu la clef ? Je ne l’ai pas !
Mais regarde donc… imbécile !
Courons !
Là… dans ta main !
C’est certain !
Dansons,
Courons, etc.
Oui, je t’aime avec ivresse !
Ah ! partage ma tendresse !
Je suis là… le grand docteur !…
Vers toi vole mon cœur !
Ah ! je t’aime ! un maricide
Ne me rendrait pas timide…
Nous sortirons d’embarras
Avec de la mort aux rats.
Je t’aime ! L’amour m’enchaîne…
A tes genoux je me traîne !
Moi… je t’offre un beau château !
J’aime mieux ça… c’est bien plus beau !
Partout une douce ivresse
Nous étreint et nous oppresse !
C’est vrai, je ressens cela !
Regarde-moi.
Regarde-moi. Prascovia !
Quel doux prodige !
Mon cœur est pris de vertige !
Ah ! je cède à ta beauté !
De mon palais, voici la clef…
Femme, voici la clef !
Je la tiens enfin !
Elle est dans ma main.
Prends… Ox est perdu sans espoir !
Cette clef précieuse !
Je te la confie ! au revoir !
De cette ville odieuse
Nous sommes maîtres… dès ce soir !
C’est vraiment, etc.
Non, plus un mot, une phrase,
Il doit descendre ici, je le veux à tout prix !
Essayons le pouvoir de ce chant du Caucase
Que tous deux nous disions jadis.
Pourquoi pleurer, Nadéje,
As-tu perdu sous la neige,
Ou dans un piége
Quelque blanc mouton ?
— Mes yeux cherchent dans la plaine
L’amant qui rit de ma peine
Pour qu’il revienne
Dites, que fait-on ?
— Allons, rions, la belle,
L’amour fuit quand on pleure et l’appelle !
Riez, chantez, il entendra !
S’il faut, dansez, il reviendra !
Dansez
Riez
Chantez
Il reviendra.
Hélas, ne suis-je plus belle,
Que, ce matin, l’infidèle
En un coup d’aile,
Est ainsi parti ?
Va-t-il parcourir le monde ?
Va-t-il voir la mer profonde ?
On quelque blonde ?
Quand reviendra-t-il ?
— Allons, rions, la belle.
Sapristi, je sens une flamme
Qui me brûle but à coup !
Ah ! Prascovia ! ma femme !
Ça m’électrise partout !
Je ne suis pas votre femme !
Vous allez l’être à l’instant !
Il faut que l’on nous unisse !
Il faut que cela finisse !
Vite, un maire ! c’est pressenti
Vous m’aimez donc ?
Vous m’aimez donc ? Si je t’aime !
Une preuve ?
Une preuve ? A l’instant même !
Donnez-moi…
Donnez-moi… Tout mon honneur !
Non, pas cela !
Non, pas cela ! Parlez, madame !
Dites-moi, caprice de femme,
Un mot !
Un mot ! Lequel ?
Un mot ! Lequel ? Celui du modérateur !
A quoi bon, c’est trop difficile !
Je le veux ! dites-moi ce mot !
Ça me paraît bien inutile !
Alors, je pars.
Alors, je pars. Ah ! mais non, pas sitôt !
Ecoutez : ce mot, le voilà !
C’est ?
C’est thesaurochrysonichochysidés !
Thesaurochrysonichochrysidès.
Mon adresse
Est maîtresse
De son mot
Ah ! quel sot !
Douce ivresse
Qui m’oppresse !
Comme aux jours !
De nos amours !
Avancez !… arrêtez !…
Taisez-vous !… Écoutez !…
Qu’il est doux
D’être fous !
A bas tout !
Vive tout
Non ! je n’en veux pas démordre :
Vive le tohu-bohu !
Il n’y a que le désordre !
Hors de là, pas de salut.
Quel dîner, quelle fête
Nous avons dégusté là !
On n’en fait plus qu’à sa tête :
Au moins, parlez-moi de ça !
Plus de ces plats à la crème,
De ces fades entremets ;
Ce n’est plus çà que l’on aime
Et que veulent les gourmets:
Poivre et bisque, il faut qu’ ça gratte,
Piment, truffes et picrate,
Gin et rhum, vieux cognac,
Ça dilate
L’estomac !
Poivre et bisque… etc., etc…
Où sont-elles, les pimbêches
Qui faisaient tant de façons ?
Aujourd’hui les plus revêches
Sont toutes de bons garçons.
On s’aime quelques secondes,
L’amour n’est plus rien qu’un jeu ;
Mais, aux brunes comme aux blondes,
Nous voulons des cœurs de feu.
Poivre et bisque… etc., etc…
Poivre et bisque… etc., etc…
En vain, à chacun je demande,
Par où mon fiancé
Est passé :
Comme je ne suis pas très-grande,
On me répond : Oui ou non ;
Et depuis le jour de la fête,
Hélas ! j’en suis toujours là :
J’ promets un’ récompense honnête
A qui le ramènera.
J’allais, mes mains aux siennes jointes,
Bien fier d’un amant
Aussi grand :
Et je me dressais sur mes pointes,
Pour être à la hauteur
De son cœur.
Tout à coup je tourne la tète,
Hélas, il n’était plus là !
J’ promets un’ récompense honnête,
A qui le ramènera !
En avant,
Vite au rang
Il s’agit de se battre,
Il s’agit de combattre.
En avant,
Vite au rang !
Ah ! quel prodige est arrivé ?
Il me semble que j’ai rêvé !
Ce que nous avons conté ce soir,
C’est l’histoire de Quiquendone
Pour y croire hélas ! il n’est personne :
Vous qui doutez, venez y voir.
Je, ne voudrais désobliger personne,
Mais entre nous, sans être trop bavard
Tout c’ qu’on a vu dans notre Quiquendone
On aurait bien pu le voir autre part.