Voici les billets, l’annonce
Le bel habit de coureur,
Puisqu’il faut que je renonce
A vous placer votre cœur.
Hélas ! de la Madeleine
Jusqu’à la Bastille, en vain
Depuis huit jours, je promène
Cet écriteau dans ma main !
Quel métier ! Et quel orage !
Que de sifflets et de cris
J’attroupe, sur mon passage
Tous les badauds de Paris.
Là, c’est un gamin qui crie :
« Mill’ francs, c’est trop cher pour nous !
» Ohé ! l’homme à la loterie,
» Peut-on en prendre pour deux sous ?… »
Une mère de famille
Se voile, en disant tout bas :
« Détournez les yeux, ma fille ;
Fi ! l’horreur ! Ne lisez pas ! »
Un monsieur, qui se marie,
Peut-être demain matin,
S’en vient en plaisanterie
Nous tourner d’un air malin ;
Comme si sa loterie
N’était pas également
Sans la moindre garantie
De la part du gouvernement.
Bref, j’ai beau crier : les hommes,
Les gamins, les tourlourous
Me jettent bien plus de pommes
Que de pièces de cent sous.
Reprenez donc votre annonce
Et votre habit de chasseur,
Puisqu’il faut que je renonce
A vous placer votre cœur !
Monsieur, j’arrive en diligence
De Périgueux en Périgord…
Je suis de très-bonne naissance,
Et j’ai pour prénom : Asténor.
Pour faire des pâtés de foies,
Depuis cent ans, de père en fils
Monsieur, nous élevons des oies
Dont on parle dans le pays !
Pigeonneau ! (bis)
C’est ainsi que l’on me nomme
Pigeonneau ! (bis)
Je suis un homme
Encor beau !
Or, remarquez bien une chose
C’est que ces nobles animaux
Sont moins bêtes qu’on ne suppose ;
Et je vous le prouve en deux mots.
Je leur dois une honnête aisanсе
Qu’ils ont acquise en peu de temps.
Combien d’hommes d’esprit, en France,
Ne savent pas en faire autant !
Pigeonneau ! (bis)
C’est ainsi que l’on me nomme
Pigeonneau ! (bis)
Je suis un homme
Encor beau !
C’est elle !
C’est elle ! C’est lui !
C’est elle ! C’est lui ! C’est elle !
Que je vois !
Qu’il est bien !
Qu’il est bien ! Qu’il est beau !
Qu’il est bien ! Qu’il est beau ! Qu’elle est belle !
Qu’il est bien ! Qu’il est beau ! Quel minois !
Quel est cet étranger
Qui pour les débaucher,
Distribue à mes gens
Des billets de cinq cents ?
Monsieur, c’est elle !
Oui.
Oui. C’est mademoiselle
Aspasie !
Aspasie ! Elle est belle,
Comme un jour de printemps.
Eh, bien ! faquin, répondrons-nous ?
Que fait céans ce gentilhomme ?
C’est monsieur Pigeonneau, Madame, qu’il se nomme.
En effet, c’est mon nom…
En effet, c’est mon nom… Quoi ! Monsieur, c’est de vous
En effet, c’est mon nom…Que j’ai reçu ce billet doux ?
Oui, Madame…
Monsieur, rien qu’à la signature,
Rien qu’aux charmes de l’écriture
Je me suis dit : « En vérité
» C’est un homme de qualité. »
Vous êtes bien bonne, vraiment.
Elle me plaît infiniment.
Rien qu’à sa charmante figure
A sa démarche, à sa tournure,
On reconnaît en vérité
Qu’il est homme de qualité.
Le Pigeonneau qui se figure
Qu’à sa démarche, à sa tournure,
On reconnaît en vérité
Qu’il est homme de qualité.
Diantre ! Il paraît qu’à ma figure,
A ma démarche, à ma tournure
On reconnaît qu’en vérité
Je suis homme de qualité.
Chez vous de la loterie
Donnez-moi, je vous en prie
Le numéro cent, s’il vous plaît ?
Plaît-il ?
Plaît-il ? Monsieur dit qu’il voudrait…
Taisez-vous… Monsieur, je suppose,
Est assez grand pour s’expliquer.
Je me garderais d’y manquer,
Écoutez-bien, voici la chose.
Écoute aussi pendant qu’il cause.
Le numéro cent, s’il vous plaît !
Voilà ce que je vous demande ;
L’audace est peut-être bien grande
Le numéro cent… s’il vous plaît…
Et mon bonheur sera complet…
Je serai le plus homme.
Dépêchons-nous, dites la somme !
Le numéro cent, s’il vous plaît !
Tu m’as compris
Tu m’as compris Vous êtes un grand homme !…
Et je reste votre coureur.
Votre désir touche mon cœur…
Laissez-moi seule avec monsieur.
Rien qu’à sa charmante figure… etc.
Avez-vous vu dans Barcelonne,
Une Andalouse au teint bruni,
Pâle comme un beau soir d’automne…
A peine au sortir de l’enfance,
Quatorze ans au plus je comptais…
Va toujours, ma reine charmante ;
Recommence à me raconter
Ton histoire simple et touchante
Qu’on ne se lasse d’écouter.
Quoi ! faut-il que je te condamne
A tout savoir, mon Anténor ?
Tu me racontera Peau-d’Ane
Que je t’écouterais encor.
Eh ! quoi ? eh ! quoi ?
C’est ma voix,
Je le vois
Qui te plaît, ô mon roi !
Oui, c’est ta voix !
Qui me séduit en toi !
Ta voix est tant, tant, tant, tant,
Ta voix est tant tendre
Que j’aime à t’en t’en t’en t’en
Que j’aime à t’entendre.
C’est est ma voix tant, tant, tant, tant,
C’est ma voix tant tendre
Qu’il voudrait t’en t’en t’en t’en
Qu’il voudrait entendre.
Non, c’est assez de madrigal,
Car je le sens, beauté suprême,
Dès ce moment Pigeonneau t’aime,
D’un amour vraiment infernal.
Épargnez-moi, mon Anténor
Vous ne m’êtes de rien encor.
Je t’aime !
Mais au nom du ciel, calmez-vous,
Que l’amant respecte l’époux.
Je t’aime !
Vous m’effrayez, ô mon ami !
Dieu ! qui me sauvera de lui !
Je t’aime !
Et pourtant quand je considère
Ton doux sourire et tes beaux yeux…
Eh ! bien, qu’y trouves-tu ?
Eh ! bien, qu’y trouves-tu ? Ma chère,
J’y retrouve un reflet des cieux ;
En sorte qu’entre ta voix tendre
Et le charme de tes beaux yeux
Je ne sais plus lequel vaut mieux
Te regarder ou bien t’entendre.
Ta voix est tant, tant, tant, tant,
Ta voix est tant tendre
Que j’aime à t’en t’en t’en t’en
Que j’aime à t’entendre.
C’est est ma voix tant, tant, tant, tant,
C’est ma voix tant tendre
Qu’il voudrait t’en t’en t’en t’en
Qu’il voudrait entendre.
Ecoutez cette chanson-là
C’est une chanson bohémienne
Tra la la la.
Je suis la bohémienne
A ma voix de sirène
Qui ravit, charme, entraîne,
Rien ne résistera
Il sort de ma prunelle
Une ardente étincelle,
Dont la flamme ensorcèle !
Gare à la Zingara !
Prends garde à toi, poëte,
Détourne bien la tête,
Fuis, que rien ne t’arrête,
Va-t-en, quand je suis là !
Ma vue est meurtrière,
Mon âme mensongère…
Recèle un cœur de pierre,
Gare à la Zingara !
Écoutez cette chanson-là… etc.
Eh ! quoi ! vous seriez ?
Eh ! quoi ! vous seriez ? Ta cousine !
Mais alors, grand Dieu ! je devine…
Je suis…
Je suis… Quoi donc ?
Je suis… Quoi donc ? Votre cousin !
Vous êtes encor autre chose.
Quelle est donc cette métamorphose,
Et que suis-je donc ?
Et que suis-je donc ? Un malin !
Et si malin, que d’un tel maître,
Je serais bien honoré d’être
Le très-dévoué serviteur,
Jean Déméloir, de tout mon cœur !
Entre un serviteur si fidèle,
Et mon épouse jeune et belle,
Je passerai d’heureux moments !
Embrassons-nous, mes chers enfants !
Monsieur, quand vous serez malade,
Je vous soignerai joliment !
Et quand vous serez bien portant,
Je vous chanterai ma ballade.
Tra, la, la, la, la.
Ecoutez cette chanson-là
C’est une chanson bohémienne.
Tra, la, la, la, la.
Ecoutez cette chanson-là… etc.