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PoetósferaLa BibliotecaHector Crémieux

Hector Crémieux · Modernismo

La Foire Saint-Laurent

francés

Allons, amis !

La table est prête !

Le couvert est mis,

Au hasard de la fourchette,

Piquons, amis,

A tout hasard

Un abatis,

Un morceau d’ lard.

Les histrions, les bateleurs

Ne vivent pas comme de grands seigneurs,

Mais c’est égal,

Ils ne s’en portent pas plus mal.

Allons ! amis, la table est prête,

Au hasard de la fourchette !

Il s’agit de savoir

Si nous pourrons jouer ce soir ?

Au nom des comédiens, la police nous traque

Sous prétexte que leur droit

Est un privilège du roi.

Hier elle voulait briser notre baraque !…

Sommes-nous pas aussi les grands danseurs du roi ?

Bobêche, heureusement, chez le lieut’nant d’ police

S’en est allé plaider notre procès.

Il saura sûrement déjouer la malice

De messieurs les comédiens français !

Bobêch’ ! la fine fleur des tréteaux de Paris !

La coq’luch’ des belles dames.

Bobêch’, qui connait tout’s les femmes.

Et qui, dispose ainsi des maris.

Le voici !

Le voici !Le voici !

En habit d’ avocat ! que veut dire ceci ?

Victoire !

Victoire, mes amis !

Voici notre permis.

Je me suis couvert de gloire !

Ah ! quel avocat j’aurais fait !

Mais qu’as-tu dit ? Mais qu’as-tu fait ?

Ah ! quel effet ! ah ! quel effet !

Devant le lieut’nant de police

Grave, en rob’ noire, en bonnet,

J’ m’avance en d’mandant justice,

Et j’ défile mon chap’let :

Ces messieurs de la comédie

Qui nous font d’ méchants procès,

Se prenn’ pour l’Académie

De l’art et d’ l’ esprit français !

Chez-nous la verve est éparse,

Nous raillons à not’ façon,

Mais n’ méprisez pas la farce,

Le gros rire a sa leçon.

Not’ patron à tous, Molière,

Dont ils vivent aujourd’hui,

N’ dédaignait pas not’ manière :

Ils sont donc plus fiers que lui ?…

Quand pour rire il s’enveloppe

Dans l’ fâmeux sac de Scapin,

J’ crois qu’ l’auteur du Misanthrope

Est bien un peu not’ cousin.

– Vadé, Piron et Lesage

Sont nos auteurs glorieux,

Ils s’raient trop heureux, je gage,

De les r’présenter chez eux !

– Nous somm’s les fils du mêm’ père,

Qu’on nous donne un droit pareil !

C’est la gaîté populaire

Qui d’mand’ sa place au soleil !

– Ces messieurs d’ la comédie… etc.

Viv’ Bobêche !

Viv’ le malin

Qui nous empêche

D’ mourir de faim !

Comme elle dansait, Malaga !

Ses entreçats m’allaient à l’âme !

Elle sautait haut comme ça !

C’est perché, z’en ai fait ma femme !

Depuit que zé souis son époux,

C’est oune vertu, zé l’accorde…

Mais zé vous avoue entré nous

Que zé régrette oun peu la corde !

Voyez-vous, c’est oun tort toujours

Que d’épouser une danseuse.

Elle peut pas faire des tours

Pour vous rendre la vie heureuse,

D’autant que c’est un mauvais jeu…

Lorsque l’embonpoint la déborde

Et quand ça tourne au pot au feu,

L’époux regrette oun peu la corde !

Viens, ô mon beau pitre,

Les instants sont courts,

Ouvrons le chapitre

Des tendres amours.

Roi de la parade,

Prince du tréteau,

Viens sur ton estrade,

Parle-moi d’en haut.

Aimons-nous en cachette,

Carissimo mio,

Réponds à ta Juliette,

Mon joli Roméo !

Le ciel, mon Bobêche,

T’a si bien traité,

Ta joue est la pêche

Au teint velouté.

Ta voix est la harpe

Des divins élus ;

Tu fais le saut d’ carpe

Comme on n’ le fait plus !

Aimons-nous en cachette,

Etc.

La première fois

Qu’il vous arriv’ra,

D’ venir en sournois,

Petit scélérat,

Fair’ le joli cœur

Près de Madelon,

Effleurer l’honneur

De mam’zell’ Suzon…

Vous les voyez bien

Ces deux oreill’-là ?

Eh bien ! jeun’ vaurien,

On les pincera,

On les tirera,

Et puis, après ça,

On les coupera.

Oh ! la ! la ! la !

La première fois

Qu’ vous permettrez

D’ chasser dans les bois

A nous réservés,

Ou bien d’essayer,

Par de vains succès,

D’ couper l’herb’ sous l’ pied

D’un troupier français,

Vous les voyez bien, etc.

Vous les voyez bien,

Etc.

Pour t’apprendre comment l’on aime,

Je n’ demanderais pas mieux, mon gas,

Que d’ te livrer tout mon système :

Malheureus’ment je n’en ai pas l

C’ qui plaît aux femmes, pauvre Nicolas.

C’est encor ce qu’on trouv’ soi-même !

J’ te dirais bien, p’tit Nicodème,

De les traiter du haut en bas,

Ou d’employer un stratagème,

Celui d’ faire l’homm’ qui n’ les aim’ pas !

Mais c’ qui leur plaît, va, Nicolas,

C’est encor ce qu’on trouv’ soi-même !

Trouver quoi ? s’il te plaît,

C’est bien facile à dire,

Si l’on m’ flanque tin soufflet

Tout’s les foi ; que j’ veux rire !…

La femme, mon ami,

C’est un drôl’ de problème ;

Ça vous gille aujourd’hui,

Et demain ça vous aime !

Je veux t’obéir ! Si l’ conseil est certain,

J’ s’rai furieusement aimé demain.

Mon bon Bobêche, (ter.)

Je m’en vais en homme d’esprit,

Voir s’il y a mèche (ter.)

De mettre ta science à profit.

Ton bon Bobêche (ter.)

Te conseille en homme d’esprit,

D’ voir s’il y a mèche (ter.)

De mettre sa science à profit.

Les taloch’s, mon brav’ Nicolas,

Moi qui t’ parl’, j’en ai r’çu des tas !

N’y r’garde pas !… c’est des manières,

Les femmes font toujours les fières !

J’ vais suivre ton programme,

Coutir les cabarets,

M’ fair’ gifler par un’ femme,

Et nous verrons après.

Mon bon Bobêche,

Etc.

Ton bon Bobêche,

Etc.

Ah ! mon Dieu Seigneur !

Quel affreux malheur !

Est-ce un ravisseur

Ou quelque voleur.

Qui dans sa noirceur

A pris notre sœur ?

Ah ! mon Dieu Seigneur !

Quel affreux malheur !

Nous prenons la diligence,

La diligence à Rouen,

C’était un tapage intense

Les adieux : papa ! maman !

– Veillant sur mon petit monde,

Je l’installe vivement,

Nous avions pris la rotonde,

Un bien beau compartiment.

Je m’occupe du bagage

Et de tout ce qui s’ensuit,

Huit fillettes en voyage,.

Car, monsieur, j’en avais huit.

Clotilde,

Dorothée,

Lucile,

Léonore,

Cécile,

Marguerite,

Hermance,

Carlinette !

La troupe alors était complète,

Quand nous avions Carlinette.

Pour diviser notre marche

Nous eûmes plus d’un relais,

– Le premier fut Pont-de-l’Arche,

Où nous primes des œufs frais.

– De là, nous continuâmes

Tout d’un trait jusqu’à Vernon,

– Puis à Mantes nous couchâmes

Après un souper fort bon.

– Ce matin, avant l’aurore,

Nous repartions à grand bruit,

– A Paris, je compte encore,

Monsieur, j’avais bien mes huit !

Clotilde,

Etc.

Carlinette !

La troupe alors était complète,

Quand nous avions Carlinette.

Voici l’heure des parades !

C’est l’heure où sur leurs estrades

Le pitres de Saint-Laurent

Commencent leur boniment !

Les femmes y sont jolies,

Les hommes dis’nt des folies,

Et l’on ne paï’ qu’en sortant,

Si l’on est content.

Messieurs et dam’s, entrez ! entrez !

Vous allez voir c’ que vous verrez.

Messieurs et dames, n’écoutez pas

L’ voisin qui fait ses embarras.

Place à Bobêche, s’il vous plait,

Le pitre à mossieu Nicolet

Qui va vous dir’ pour boniment

La rond’ de la foir’ Saint-Laurent !

Place à Bobêch’, place au charmant

Ténor de la foir’ Saint-Laurent.

A la foire Saint-Laurent,

Les belles peuvent apprendre

La manière de s’y prendre

Pour traiter un vieux galant.

Il faut, comme font sans cesse

Nos timbal’s et nos tambours,

Qu’elle sach’ toujours, toujours

Taper, taper sur la caisse !

Voilà comment

On peut s’instruire

En s’amusant,

En venant rire

A la foir’ Saint-Laurent.

Voilà comment,

Etc.

A la foire Saint-Laurent,

Les maris peuvent apprendre

Un’ chos’ qui va les surprendre

Et les combler d’étonnement,

Un’ chos’ que l’ jour de sa noce

Tout le mond’ devrait savoir :

C’est qu’ si la femme se laiss’ choir,

C’est l’ mari qu’attrap’ la bosse !

Voilà comment

On peut s’instruire

Etc., etc.

Voilà comment,

Etc., etc.

A la foire Saint-Laurent

Les princes peuvent apprendre

La manière de s’y prendre

Pour régner commodément.

Ils pourront voir sans lunettes

Un rapport original

Entre le Palais-Royal

Et l’ théâtr’ des marionnettes.

Voilà comment

On peut s’instruire

Etc., etc.

Bravo !… bravo !…

J’ai beau chercher dans la foule,

Je ne trouve rien,

Le temps pass’, l’heure s’écoule,

Je ne trouve rien !

J’ vais de la brune à la blonde,

Hélas ! pas moyen !

Je suis reçu par tout l’ monde

Comme un pauvre chien.

Pas de brune, pas de blonde,

Je ne trouve rien.

La première fois

Qu’il vous arriv’ra

Etc., etc.

Encor’ mais j’ n’ai rien fait,

Je n’ai rien fait, je suppose…

Jug’ donc c’ que ce s’rait

Si t’avais fait quelqu’chose.

Rien ! rien !

Non, non je ne trouve rien.

Hein ? que signifie ?…

Chut ! sauvez-moi !…

Un’ femme et jolie !

Emmenez-moi !…

Bobêche a raison tout de même,

Et ses principes sont vrais :

Ce n’est pas quand on les aime,

Que les femm’s vous cour’ après.

Mais venez donc.

Mais venez donc. Hein ?

Mais venez donc. Hein ? Chut !

Mais venez donc. Hein ? Chut ! Bien !

Voilà comment

On peut s’instruire

En s’amusant,

En venant rire

A la foire Saint-Laurent !

Après la foir’ Saint-Laurent,

C’est à la Courtill’ qu’on s’rend,

C’est chez Ramponneau-Grégoire,

Que l’on vient chanter et boire.

Buvons !

Chantons !

Holà ! Ramponneau !

Maître Ramponneau !…

Voyez au deux ! voyez terrasse !

Voyez ici !… voyez en face !…

L’homme à la vaste bedaine,

Le voilà, c’est Ramponneau !

On me peint comme Silène,

A cheval sur un tonneau !

D’ Cupidon je tiens le temple,

Par couple on vient s’y glisser,

J’ peux dir’ qu’il n’y a pas d’exemple

Qu’ chez moi l’on s’ soit fait pincer !

Y a pas d’exemple

Que dans son temple

L’amour puiss’ s’ laisser

Pincer !

C’est au fond de la guinguette

De l’aimable Ramponneau,

Que les maris en goguette

Sont sûrs de l’incognito !

Cupidon veille en son temple

Sur ceux qui viennent s’y glisser,

Aussi n’y a-t-il pas d’exemple

Qu’un mari s’ soit fait pincer !

L’amour qui veut du mystère,

Dans ce séjour enchanté,

Trouve l’ombre tutélaire

Des cabinets d’ société !

Cupidon veille en son temple

Sur ceux qui sav’nt s’y glisser.

Aussi n’y a-t-il pas d’exemple

Qu’un amant s’ soit fait pincer !

Y a pas d’exemple.

Etc.

Y a pas d’exemple,

Etc.

Un joli jeune homme appelé Félix

Chérissait Babet, une aimable fille.

Il aurait voulu l’épouser, mais nix,

Il fut refusé net par la famille.

Elle aimait Félix, la pauvre Babet,

Ce refus cruel la fit bien chagrine,

Aussi chaque soir elle lui donnait

Un doux rendez-vous dedans la cuisine.

Le père à Babet était boulanger ;

Il les surveilla tous deux sans rien dire,

Les surprit un soir, et pour se venger,

Fit jeter Félix dans le four à cuire.

Mais dans sa prison, Félix pleura tant,

Qu’il en éteignit le feu sans grand’peine,

Et pour rafraichir son corps tout brûlant,

Il s’ alla tout droit jeter dans la Seine.

Pendant que Félix était dans son four,

D’un autre côté, Babet par son père

Etait renfermée au fond d’une tour,

Que tout justement baignait la rivière.

Voyant son amant s’agiter dans l’eau,

Babet n’écoutant que son amour tendre,

Se précipita. – nouvelle Héro,

Et se réunit à son cher Léandre.

Tous deux en nageant gagnèrent ainsi

L’un des confluents qui s’appelle l’Oise,

Où ces cœurs aimants prirent pour abri

Un pays lointain qu’on nomme Pontoise.

C’est là que plus tard les cruels parents,

Qui les croyaient morts, vinrent les surprendre

Et donner enfin leurs consentements

Aux nobles héros d’un amour si tendre.

Si vous aviez compris, mam’zelle,

Combien tout en vous me troublait,

Vous auriez été moins cruelle

Envers l’amoureux qui tremblait.

Sur la branche qui se balance,

L’oiseau qui passe en gazouillant,

Du retour donn’ l’espérance.

L’avez-vous fait en me quittant ?

Vous vous étiez, comme une rose,

Soudain attachée à mon cœur…

Hélas ! j’ignorais une chose,

C’est le mal que fait une fleur.

Sur la branche qui se balance,

L’oiseau qui passe en gazouillant,

Du retour donn’ l’espérance.

L’avez-vous fait en me quittant ?

Ah ! vous v’là, mamzelle

Z’Isabelle !

Oui, c’est moi, coquin

D’Arlequin !

Parait que pendant mon voyage,

Vous vous êtes mise en ménage ?

C’est mon papa qui, pour mari,

M’a donné l’ prince Ramollini.

Et c’ princ’-là vous rend-il heureuse ?

Ah ! que non pas ! J’ suis tout’ rêveuse,

Tout’ vaporeuse,

Et j’ sens bien à mon air chagrin

Que j’ai besoin d’un médecin.

Je r’viens de loin, chèr’ Z’Isabelle, écoute,

J’ai z’appris la médecine en route.

Vous êt’ médecin ?

Depuis ce matin.

Ah ! docteur, sans plus de harangue,

Guérissez-moi. Le pouvez-vous ?

Certainement. Voyons la langue !

Fort bien ! fort bien ! voyons le pouls !

Vous pleurez,

Vous souffrez.

De ce mal

Infernal,

Odieux,

Dangereux,

Qui s’appelle un mari trop vieux.

Oui, ma foi !

Je le croi,

J’ai ce mal

Infernal,

Odieux,

Dangereux,

Qui s’appelle un mari trop vieux !

En ma science

Ayez confiance,

Je vais vous faire une ordonnance !

Vite, voyons l’ordonnance !

Loin d’un époux chagrin,

Vous prendrez chaque matin,

Vous prendrez le chemin

De la maison d’Arlequin l

Vous r’viendrez à midi,

Loin de ce même mari,

Dire un mot bien gentil

Au p’tit Arlequin chéri.

Puis quand viendra le soir,

Le cœur palpitant d’espoir,

Vous r’viendrez encor voir

L’Arlequin au beau masque noir,

Et cet exercice-là

Répété comme cela,

Est un remèd’, oui-dà, oui-dà,

Qui bientôt vous guérira.

J’ai confiance en mon docteur,

Et je veux en catimini

Qu’il soit le savant guérisseur

De la princess’ Ramollini.

Fiez-vous à votre docteur,

Et venez en catimini,

Qu’il soit le savant guérisseur

De la princess’ Ramollini.

O belle nuit, ô douce lune !

Ah ! quel sort fortuné !

De vous contempler à la brune,

Quand on a bien diné !

Je ne sais pas comment vous dire

Ce que j’éprouve auprès de vous.

Jamais les figures de cire,

Ne m’ont donné d’instants si doux !

Vous êtes vraiment bien honnête,

Vos paroles ont si bon tour,

Que je voudrais être moins bête,

… Pour en dire autant à-mon tour !

Faut-il voir finir comme un rêve,

Tout ce qui vient de se passer !

Le jolis repas qui s’achève,

Pourrons-nous le recommencer !

O belle nuit, ô douce lune !

Etc.

Le p’tit monstre ! ah ! le p’tit perfide !

On ne saurait trop l’accuser.

Malgré son air doux et timide,

Il a fort bien pris mon baiser !

A la veill’ de s’ marier, l’infâme !

J’en suis encor toute pleine d’émoi ;

Si c’eût été quelque autre femme,

Qu’est-ce qui s’rait donc resté pour moi !

J’avoue aussi que j’ suis fautive,

J’ n’ai p’t’ êtr’ pas fait assez d’ façons ;

Je sais qu’un’ jeun’ fille naïve

N’ doit pas rire avec les garçons.

Faut pas que j’ fass’ le bon apôtre

Car enfin, voyez quel ennui !

Si j’étais tombé sur un autre,

Qu’est-ce qui s’rait donc resté pour lui !

Merci ! merci, mon Nicolas !

Je viens d’éprouver ta tendresse !

Tu fus grand comme on ne l’est pas.

A ton courage, à ta noblesse,

Désormais j’attache mes pas !

Comment faire ? quel embarras !

Quand demain, mon contrat se dresse ?

Te voilà gentil, Nicolas,

Avec une belle princesse,

Une princesse sur les bras !

C’est donc vrai ! vous étiez mariée et princesse !

J’avais voulu vous le cacher !

Je n’osais pas !… cette faiblesse,.

Est-ce à vous de me la reprocher ?

Le danger presse et le temps vole !

Nicolas, Nicolas, viens, il faut partir.

N’attendons pas qu’on nous immole,

Car le prince peut revenir !

Partons tous deux,

Fuyons ces lieux,

Et l’œil jaloux

De ton époux.

Partons tous deux,

Fuyons ces lieux,

Et l’œil jaloux

De mon époux.

Ah ! grand Dieu ! nous sommes cernés !

C’est votre mari, sans doute,

Qui nous a fait couper la route…

Les jardins sont environnés.

L’amour, l’amour a des ailes !

Partons :

Voici, voici des échelles,

Grimpons !

Me voilà pensionnaire !

Sous ce voile intéressant,

Je puis braver la colère

De mon tigre rugissant !

Ah ! qu’ai-je vu !

Et quel secours inattendu !

Princesse ! quelles sont ces demoiselles ?

Mes demoiselles d’honneur !

Profitons-en ?

Profitons-en ? Avec bonheur.

Aux échelles !

L’amour, l’amour a des ailes,

Grimpons !

Etc.

Marchons !

Veillons !

C’est la consigne

Qu’on nous assigne.

Marchons !

Veillons !

Pour que nul ne sorte

De ce cabaret,

Nous gardons la porte,

Nous faisons le guet !

Marchons !

Veillons !

Etc.

Tout beau !

J’entends du bruit là-haut !

Holà !

Qui va là ?

Silence donc ! c’est moi !

Qui, toi ?

Moi, Barnabé, qui fais la chasse sur le toit.

C’est Barnabé !

C’est Barnabé ! Plus bas ! plus bas !

Ou vous allez effaroucher les chats !

Plus bas,

Ou nous allons effaroucher les chats !

Miaou ! miaou !

Miaou ! miaou !

C’est Barnabé le malin,

Qui chasse sur la gouttière.

Et prépare avec mystère

Les gib’lottes de demain !

Laissons-le faire !

Marchons !

Veillons !

Etc.

Joyeux enfants de la Courtille,

A cheval sur ce gros tonneau,

Nous ramenons dans sa famille

Le dieu Silène-Ramponneau !

Vive ! vive Ramponneau !

Silène eut l’honneur insigne

D’élever Bacchus !

Il lui fit boire le jus,

Le jus de la vigne !

Pour bercer son nourrisson,

Cet aimable drille

Lui chantait de la Courtille

La folle chanson !

Eh ! buvons donc !

Gloire à Silène !

La faridondaine

La faridondon.

Ce refrain qui désaltère

Se chantera bien longtemps !

Dans deux mille ans,

Dans cinq mille ans,

Dans vingt mille ans,

Dans cent mille ans,

Se chantera sur terre,

Car il est de tous les temps !

Eh ! buvons donc !

Etc.

Une Naïade fort sage

A Silène un jour

Vint proposer son amour

Et le mariage.

J’aime mieux rester garçon,

Lui dit le bon drille,

Et chanter de la Courtille

La folle chanson !

Eh ! buvons donc !

Etc.

Eh ! buvons donc !

Etc.

Ah ! dame Angèle ! ah ! quelle ivresse !

Remercions le ciel clément

Qui nous rend à votre tendresse

En cet heureux moment.

Petits monstres ! d’où venez-vous ?

D’où venez-vous ?

Répondez-nous.

A leurs yeux comment nous blanchir ?

A tout prix il faut les attendrir.

Mais comment faire ?

La belle affaire !

Ecoutez !

Et vous nous jugerez !!

A peine je m’élance

Hors de la diligence,

Le flot des voyageurs

M’éloigne de mes sœurs.

C’est en vain que j’appelle

Clotilde ! dame Angèle !

J’ai beau crier leur nom,

Personne ne répond !

Me voilà bien perdue

Au milieu de la rue,

Mon paquet à la main,

Ignorant mon chemin.

Vous dire mon histoire,

C’est à ne pas y croire !

J’avais dans les romans

Lu des récits navrants,

Jamais, qu’il m’en souvienne,

Douleur comme la mienne !

A fouler les pavés

Mes pieds se sont usés !

Mes souliers, dame Angèle,

N’avaient plus de semelle,

Mes os, ô Curtius,

Mes os étaient rompus !

Quand, épreuve dernière,

Comble de la misère,

Supplice horrible, enfin,

J’ai souffert de la faim !…

Oui ! solitaire et morne

Sur le coin d’un borne,

J’ai calmé cette faim

Avec deux sous de pain !…

Et la nuit, me disais-je,

Avec son noir cortége

Elle va s’avancer…

Où vais-je la passer ?…

Tout à coup, ô prodige !

Est-ce un rêve, un prestige ?

Des ombres… des clameurs…

Mes sœurs ! ce sont mes sœurs !

Ainsi que moi perdues,

Elles couraient les rues.

Nous nous reconnaissons

Et nous nous embrassons ;

Quand on est réunies,

Les peines sont finies,

Bras dessus, bras dessous

Nous revenons chez vous.

Ce n’est pas ma faute, que diable !

Vous me lancez, sans plus d’ façons,

En m’ordonnant de faire l’aimable,

Moi, dam’, j’ai suivi vos leçons.

Quand l’amour déchaîn’ ses tempêtes,

On n’ peut plus y mettr’ le holà !…

J’ pouvais pas crier : « gar’ les têtes ! »

Pourquoi l’ princ’ passait-il par là ?

Pourquoi l’ princ’ passait-il par là ?

Y’a des gens qu’ la fortune adverse

Réserv’ pour les accidents,

Quand on voit un fiacre qui verse,

On peut êtr’ sûr qu’ils sont dedans,

– Vous l’aviez fourré dans la cire,

C’était déjà pas mal comm’ ça,

V’là qu’aujourd’hui, moi j’ai fait pire,

Hélas ! pourquoi l’ princ’ passait-il par là ?

Pourquoi l’ princ’ passait-il par là ?

Mon oncle, je dormais.

Ah ! que de belles choses

Sous mes paupières closes

En rêve je voyais !

Mon oncle, je dormais.

Je rêvais qu’une fée,

Apparaissant soudain,

M’amenait par la main

La jeune fiancée

Que j’épouse demain.

Puis, d’une voix charmante

Elle me révélait

Le tendre et doux secret

Que mon âme innocente,

Que mon âme ignorait.

Mon oncle, je dormais.

Ah ! que de belles choses

Sous mes paupières closes

En rêve je voyais !

Mon oncle, je dormais.

Il était un’ fois à Rome,

Un princ’ qu’avait le bonheur

D’avoir un’ femme économe

Et fidèle à son honneur.

– Par un stratagème infâme,

Un ch’napan, Sextus Tarquin,

S’introduisait chez la femme

De son cousin Collatin.

Ah ! quel coquin

Que ce Tarquin,

Mais quel crétin

Que c’ Collatin.

Ah ! quel coquin,

Etc.

Collatin, rev’nant d’ la guerre,

Les trouv’ tous deux réunis.

Au lieu d’ filer ou d’ se taire,

Il s’ met à pousser des cris.

– C’t homm’-là, dit l’excellent’ femme,

Ne mérite pas son bonheur !

A ces mots elle tire un’ lame

Et s’ la plant’ fièr’ment dans l’ cœur.

Ah ! quel coquin,

Etc.

D’ cett’ tragédi’ conjugale,

O prince Ramollini,

Se dégage une morale,

La morale, la voici :

– Apprends donc par cette histoire

D’un soupçon injurieux,

Qu’un mari n’ doit jamais croire,

Mêm’ quand ça lui crèv’ les yeux.

Ah ! quel coquin,

Etc.

Qu’y a-t-il, maître Curtius ?

Tous vos amis du voisinage,

Tous vos voisins sont accourus

Pour savoir d’où vient ce tapage.

A la foire Saint-Laurent,

C’est demain que, pour leur fête,

Nicolas et Carlinette

Se mari’ décidément.

Messieurs, que rien n’vous empêche

D’assister à leur bonheur.

Vous s’rez nos garçons d’honneur

Avec notre ami Bobêche.

Voilà comment

On peut s’instruire

En s’amusant,

En venant r’ire

A la foir’Saint-Laurent.

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Autor
Hector Crémieux
Título
La Foire Saint-Laurent
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-la-foire-saint-laurent--hector-cremieux-04bbd5
Cita recomendada
Hector Crémieux, «La Foire Saint-Laurent», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-la-foire-saint-laurent--hector-cremieux-04bbd5.html

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