Daniel ! Daniel ! n’est-il plus un poète,
Qui comprenne ici-bas sa tâche de prophète ?
N’est-il plus parmi nous d’aigles audacieux,
Qui puissent lire encor dans le secret des cieux ?
Jéhovah ! Jéhovah ! n’est-il plus une lyre,
Qui te rende en écho le râle du martyre ?
Et n’est-il plus une âme où, dans ses visions,
Tu répandes la nuit tes révélations ?
Ou n’est-il plus un front digne de l’auréole,
Ni d’accents assez purs pour porter ta parole ?
Jéhovah ! Jéhovah ! sous ces vents corrupteurs,
Laisseras-tu toujours s’ossifier leurs cœurs ?
pitié pour tes enfants, et qu’un Christ en Europe
Vienne rendre la vue à ce monde myope !
Et parmi les motets que l’Eden entonna,
Parmi toutes ces voix qui chantaient hosanna,
Une voix, jusqu’alors dans ce monde inconnue,
En syllabes de feu descendit de la nue.
Écoutez ce qu’a dit cet oracle des morts,
Frères, si parmi vous il est des hommes forts :
« Debout ! barde, jeté sur leurs sombres galères,
« Tu dois souffrir aussi des lèpres de tes frères ;
« Tu dois avoir senti l’affreuse volupté,
« Les étreintes d’airain de la nécessité.
« Tu partages leur pain, tu partages leur peines,
« Qui peut connaître mieux tout le poids de leurs chaînes ?
« Debout ! barde, debout ! sors d’un lâche sommeil,
« C’est à toi d’entonner les hymnes du réveil.
« Cesse donc, Jérémie, en ta plainte inutile,
« D’arroser de tes pleurs une terre stérile.
« Si tu veux qu’à ta gloire on élève un fanum,
« Barde, armé de ton luth, descends dans le forum,
« Et va combattre là ce nouveau minotaure,
« Ce glouton appétit d’argent, qui vous dévore.
« Jeune barde, en chassant ces indignes colons,
« Va de l’humanité replanter les jalons ;
« Car les peuples, vois-tu, tresseront des guirlandes
« À la lyre qui doit leur vouer ses offrandes.
« Semblable au bruissement d’un cratère lointain,
« N’entends-tu pas grandir cette hymne de la faim ?
« Barde, n’as-tu pas vu nos cités travailleuses
« Venir, sur le chemin, tendre leurs mains calleuses ?.mw-parser-output .ws-pge{position:absolute;z-index:2;bottom:0;right:0;text-indent:0}.mw-parser-output .ws-pds-dots{position:relative;z-index:2;background-repeat:repeat-x}
Ne me repoussez pas, c’est pour eux, voyez-vous,
Que je viens, en esclave, embrasser vos genoux.
Je ne viens pas, ainsi que le vieillard débile,
Au sortir du banquet vous tendre ma sébile ;
Non, non, je ne veux pas de votre charité ;
Non, mais ce que je veux pour tous, c’est l’équité ;
C’est l’agile industrie éveillée à l’aurore ;
C’est du fer à broyer sur l’enclume sonore ;
De la terre où leurs bras fécondent les moissons,
Dans nos champs orgueilleux de leurs riches toisons.
Que ceux qui font germer des villes de la poudre ?
Honorez les vertus, honorez le travail,
Et toutes ces brebis rentreront au bercail ;
Et pour nous l’abondance, en habitant ce globe,
Aura toujours des fleurs dans les plis de sa robe.