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Alcide de Beauchesne · Romanticismo

Souvenirs poétiques

francés

Te voilà donc aussi détourné de la route,

Enfant, dit du miracle, et pour jamais sans doute !

Que de fois j’ai pleuré, citoyen dans ta cour,

Sur ton vaste avenir que l’on rendait si court !

Quand ta mère enchantée et rieuse en ses fêtes,

Voyait bondir la foule et tournoyer les têtes,

Et se presser confus les mannequins titrés,

Les habits cousus d’or, et de croix chamarrés,

Automates parlans, garde-robe vivante

Qui bruit dans les cours comme une mer mouvante,

Dans mon âme souvent je me suis dit : Mon Dieu !

La ruine du trône est ici, dans ce lieu !

Voyez-les, voyez-les, ces salles inondées

D’orgueilleuse ignorance et de vieilles idées !

Par le temps, le malheur, nul ne fut corrigé :

Le monde a couru vite… Aucun d’eux n’a bougé.

Tels ils étaient hier, tels ils seront encore

Et demain et toujours… Un besoin les dévore

De jeter de la boue au siècle qu’ils n’ont pas

La force d’arrêter, ni de suivre à grands pas.

Voyez l’avidité… Chacun pousse et se rue ;

La foule s’entrechoque aux portes qu’elle obstrue :

Il faut serrer les rangs, voiler le jour qui luit ;

Il faut qu’autour des rois le rempart soit construit,

De sorte que jamais le peuple ne parvienne

À lancer par-dessus sa clameur citoyenne.

Malheureux insensés ! un enfant près d’ici

Sommeille, et vous jouez son diadème ainsi !…

Et quand viendra le jour de payer votre dette,

Dites-moi, pourrez-vous, héros de l’étiquette,

Lui rendre sa couronne et son royal trousseau,

Lorsque vous les aurez perdus dans le ruisseau !

Et je disais cela dans mon cœur, avec larmes,

Ne sachant pas qu’un jour Paris crîrait : aux armes !

Que l’erreur périrait, que les peuples lassés

Se diraient fièrement un matin : C’est assez !…

Et qu’il plairait à Dieu dans ce temps des merveilles,

De jeter un secret immense à leurs oreilles !….

Les flatteurs devaient tous mourir pour leurs vieux rois ;

Des hauteurs de Saint-Cloud, regarde, enfant, et vois

Paris étincelant du fleuret des batailles ;

Pendant que le tocsin sonne les funérailles,

Que le grand peuple meurt avec des cris joyeux,

Le fat, blotti, tremblant sous l’édredon soyeux,

Se tait, et refermant le rideau qui le couvre,

N’entend pas le canon dont s’ébranle le Louvre. —

Assez ! — C’était hier que j’ai vu tout cela :

Et ce que dans trois jours le ciel nous dévoila,

Ce que fit en trois jours Paris dans son délire,

Ne pourrait s’exhaler des cordes d’une lyre.

Enfant, il est donc vrai que je n’ai point rêvé !

Ce qui fut fait est fait. — Sur le sanglant pavé

Je ne descendrai point avec des chants de fête ;

Je craindrais, en marchant, de heurter une tête,

Et ne saurais poser un pied mal affermi

Entre le sang d’un frère et le sang d’un ami.

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Autor
Alcide de Beauchesne
Título
Souvenirs poétiques
Lengua
francés
Época
Romanticismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-souvenirs-poetiques--alcide-de-beauchesne-4ae8b7
Cita recomendada
Alcide de Beauchesne, «Souvenirs poétiques», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-souvenirs-poetiques--alcide-de-beauchesne-4ae8b7.html

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