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Alcide de Beauchesne · Romanticismo

L’écolier (A. de Beauchesne)

francés

La victoire était sa compagne,

Et le globe de Charlemagne

Était trop léger pour sa main.

« À genoux ! à genoux ! au milieu de la classe !

L’enfant mutin !

Dont l’esprit est de feu pour l’algèbre, et de glace

Pour le latin ! »

Ainsi parlait le maître à l’élève indocile,

Car l’écolier

Était du petit nombre ardent et difficile

À se plier.

Enthousiaste et fier, comme on l’est à son âge

Dans le midi,

Ses yeux noirs éclairaient d’une lueur sauvage

Son front hardi.

Loin de ses compagnons, dans les heures de trêve,

Pensif et seul,

Aux beaux jours, il s’en va s’asseoir avec son rêve

Sous un tilleul.

Car aux plaisirs bruyans on dirait qu’il préfère

Le noir chagrin ;

Et son maître a songé parfois qu’il pourrait faire

Un bon marin.

L’hiver, c’est la saison qu’il aime ! que de charmes

N’a-t-elle pas

Quand le ciel aux enfans semble jeter des armes

Pour leurs combats !

Alors ce sont des forts, des redoutes de neige,

Un grand château ;

Puis un mouchoir flottant, qui couronne le siége

Comme un drapeau !

Et puis des boulets blancs dont la grêle foudroie

Les flancs pressés ;

Puis les cris triomphans des soldats, et leur joie

S’ils sont blessés !

Géographe apprenti, quelquefois il s’amuse

À situer

Les vieux empires peints sur des cartons qu’il use

À remuer.

Un jour que, s’essayant sur la route inconnue

Qu’il mesura,

Montgolfier triomphant s’envolait dans la nue,

L’enfant pleura.

Oh ! que ne planait-il ainsi loin de la terre,

Fier et pareil

À l’oiseau souverain qui s’en va solitaire

Droit au soleil !

D’où vient donc cette flamme à cette jeune tête

Et ce frisson,

Quand il sent, indigné, qu’une chaîne l’arrête

Dans sa prison ?

D’où lui vient ce mépris des études vulgaires ?

Et dans son cœur,

Ce tourment où se mêle avec des bruits de guerre

Un cri vainqueur ?

A-t-il donc par un coin soulevé le grand voile

De l’avenir ?

Et d’un secret de gloire entend-il une étoile

L’entretenir ?

Non ; il pense à son père, à son île captive,

À son ciel pur,

À ses rivages nus où se roule plaintive

La mer d’azur.

Il songe à son rocher qu’il aime mieux qu’un monde,

À son berceau,

Que le ciel a placé tremblant au bord de l’onde

Comme un roseau.

Puis il se dit : — Je veux épouser une fille

D’Ajaccio :

L’été, j’établirai ma petite famille

À Vecchio.

Que nous serons heureux dans notre maison blanche,

Aux gazons verts,

Qu’indique au gondolier le palmier qui se penche

Au bord des mers !

C’est là que je mourrai, comme ceux de ma race !

Car, ignoré,

J’aurai passé dans l’ombre, et sans laisser ma trace

Je m’en irai !!!

Alors au fond de l’ame il sentait la tempête

Qui s’élevait !

Il l’écoutait, croisait les bras, baissait la tête

Puis il rêvait…

Rêvait-il qu’il faudrait par front un diadème

Dans sa maison,

Et qu’on l’appellerait de son nom de baptême

Napoléon !

« À genoux ! à genoux ! au milieu de la classe !

L’enfant mutin !

Dont l’esprit est de feu pour l’algèbre, et de glace

Pour le latin ! »

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Autor
Alcide de Beauchesne
Título
L’écolier (A. de Beauchesne)
Lengua
francés
Época
Romanticismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-lecolier-a-de-beauchesne--alcide-de-beauchesne-a9ff06
Cita recomendada
Alcide de Beauchesne, «L’écolier (A. de Beauchesne)», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-lecolier-a-de-beauchesne--alcide-de-beauchesne-a9ff06.html

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