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Henry Becque · Modernismo

Sonnets mélancoliques

francés

Je n’ai rien qui me la rappelle,

Pas de portrait, pas de cheveux ;

Je n’ai pas une lettre d’elle ;

Nous nous détestions tous les deux.

J’étais brutal et langoureux ;

Elle était ardente et cruelle ;

Amour d’un homme malheureux

Pour une maîtresse infidèle.

Un jour, nous nous sommes quittés,

Après tant de félicités,

Tant de baisers et tant de larmes ;

Comme deux ennemis rompus,

Que leur haine ne soutient plus,

Et qui laissent tomber leurs armes.

Pendant que les forts et les sages

Comptent, trafiquent, font leurs prix,

Acceptent tous les esclavages,

Acceptent tous les compromis ;

D’autres, trop las pour tant de peine,

Et qui resteront des témoins,

Contemplent la mêlée humaine,

En riant dans les petits coins.

Parfois des tristesses les prennent ;

Ils s’arrêtent et se souviennent

De grands projets évanouis ;

Ce sont des faiseurs de volumes,

Ils sont légers comme des plumes,

Ils sont profonds comme des puits.

Perdue en ce Paris profane,

Quel est ton pays et ton nom ?

Es-tu chaste comme Diane,

Es-tu fière comme Junon ?

Je te contemple et je t’admire !

Je me souviens, quand je te vois,

Des divinités d’autrefois,

Qui portaient la lance ou la lyre.

Nous vivons dans d’autres milieux.

Ô temps anciens ! Temps fabuleux !

L’Olympe était près du Parnasse ;

Et les déesses écoutaient

Les poètes qui les chantaient

Avec respect, amour et grâce.

Voici mon nom et mon adresse,

Écris-moi vite, écris demain,

Allons faire un bout de chemin,

Avec une pointe d’ivresse.

Si tu dois être ma maîtresse,

Ne prends pas un air inhumain,

Et ne repousse pas ma main

Sur tes dentelles en détresse.

Puisque l’on s’aime pour huit jours,

Pourquoi prendre tant de détours

Et déguiser ce qu’on veut dire ?

Viens dans mes bras, être charmant,

Je te désire et te désire,

Et te désire infiniment.

Sur ce petit billet discret

Qui me promet votre visite,

Un caprice vous a conduite

À dessiner votre portrait.

Ainsi fait une hôtesse aimable,

En annonçant complaisamment

Le mets exquis et délectable

Qu’elle offrira dans un moment.

Oui, c’est bien vous, c’est votre pas,

Votre démarche nonchalante,

Le manchon qui porte vos bras ;

Mais la tête est bien différente ;

Avec de l’encre on ne peut pas

Faire une rose ressemblante.

Nous sommes malheureux !

Parents, amis, maîtresses,

Nous rêvons avec eux

D’éternelles tendresses !

Nous voulons jusqu’au bout

Garder ces alliances ;

Nous leur pardonnons tout,

Tant d’oublis et d’offenses.

Rien n’y fait. Un hasard

Renverse tôt ou tard

Nos amours les plus chères ;

Et nos cœurs incompris

S’échappent de débris

Où naissent des vipères.

Le temps et ses leçons amères

Ne nous guérissent qu’à moitié ;

Nous reconnaissons nos chimères,

Sans pouvoir les prendre en pitié.

Une heure, après des maux sans trêves,

Nous nous arrêtons consternés ;

Et puis nous reprenons nos rêves

Que leur histoire a condamnés.

Poètes, quel sort est le nôtre !

Nous courons d’une erreur à l’autre,

Têtes folles et cœurs blessés ;

Dans ce besoin d’aimer immense,

Une voix nous dit : recommence,

Quand l’autre nous dit : c’est assez.

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Por su autor
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Expediente

Autor
Henry Becque
Título
Sonnets mélancoliques
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-sonnets-melancoliques--henry-becque-40730a
Cita recomendada
Henry Becque, «Sonnets mélancoliques», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-sonnets-melancoliques--henry-becque-40730a.html

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