CADA PIEZA VIVE EN UNA DIRECCIÓN · NADA VIVE EN UNA SOLA SALA  

PoetósferaLa BibliotecaAuguste Barbier

Auguste Barbier · Modernismo

Silva — 05

francés

« Je vais au bois avant que le soleil éclaire,

J’y vois par un beau jour se lever la lumière,

Je foule l’herbe humide, et le bruit de mes pieds

Des mousses fait bondir quelques daims effrayés.

Alors, sous les bouleaux à la fine verdure,

En ce moment divin pour toute créature,

Un sentiment secret de possible bonheur

Me remue avec force et m’agite le cœur ;

Je monte, je descends, je marche tel qu’un homme

Qui veut jouir… Soudain j’ignore vraiment comme

Il se fait qu’il m’échappe un soupir douloureux,

J’ai de l’humeur,… et puis tout un jour malheureux ! »

Tel est, noble Obermann, le récit d’une course

Que tu fis un matin aux lieux où l’humble source

Du mont Chauvet gémit… Or, près d’elle écoutant

Murmurer sur mon front le feuillage flottant,

À part moi je songeais à cette promenade

Et cherchais la raison d’une fin si maussade

Et de l’étrange humeur qui, sans motif réel,

T’avait tout obscurci la verdure et le ciel.

Mélancolique ami du riant Épicure,

Peu d’humains mieux que toi sentirent la naturel

Tu compris ses aspects sublimes ou touchans,

La splendeur des soleils dans leurs rouges couchans,

La rose effusion des clartés matinales,

La muette blancheur des neiges virginales,

Et sur les verts sommets ignorés des vivans

L’éloquence des pins agités par les vents.

Tout ce qui chante, flotte, étincelle, s’enflamme,

Aviva ton esprit, émerveilla ton âme,

Et cédant au pouvoir de tant de purs attraits,

Afin de mieux jouir de leur spectacle frais,

Bien souvent, dégoûté des peuplades humaines,

Pour les bois et les monts tu désertas les plaines.

Et cependant, malgré l’enivrante douceur

Que la grande Sirène épanchait en ton cœur,

Une amère tristesse empoisonnait ta vie

Et rendait tes destins bien peu dignes d’envie.

Qu’avais-tu donc, rêveur ! quel démon altérait

Partout le flot de miel que la nature offrait

À tes lèvres ?… Hélas ! sous la grâce visible

Des formes tu sentais, indomptable et terrible,

Une force toujours prête à l’anéantir.

Puis tu reconnaissais à travers ton plaisir

Que tu n’étais qu’une ombre, un lambeau de nuage

Que le moindre zéphyr allait dans son passage

Balayer et dissoudre, et qu’autour de ton front,

Devant toi, sous tes pieds, le lac au flot profond,

Le ciel au vaste azur, la nuit aux feux sans nombre,

Et les bois verdoyans pleins de lumière et d’ombre,

Enfin tout ce qui brille en ce monde de beau

N’était que l’ornement d’un éternel tombeau.

Alors te survenaient de longues défaillances,

Des découragemens et des désespérances !

Alors tu te disais tristement : A quoi bon

Dans un ordre pareil se mettre à l’action ?

À quoi bon épeler le mot fameux de gloire

Devant l’éternité, gouffre de toute histoire ?

À quoi bon animer même du feu d’amour

De fragiles humains qui ne vivront qu’un jour ?

L’infini, l’infini par sa masse de choses,

Ses compositions et ses métamorphoses,

Écrasait ton esprit, et tu ne pouvais pas

Concevoir, en foulant la terre sous tes pas,

Que l’appréciateur de tes charmes,

Cybèle, N’eût pas, comme toi-même, une vie immortelle,

Et, toujours entraîné vers l’horizon sans fin,

Tu voulais l’embrasser… avec des bras de nain !

Obermann, Obermann, ta course dans la vie

Était celle d’un cœur ardent, mais qui dévie ;

Le sentier que prenaient tes désirs était faux.

Comme cette beauté, l’amoureuse d’Éros,

Que d’antiques esprits peignirent malheureuse

D’avoir voulu, superbe et par trop curieuse,

Lever imprudemment le voile de l’amour,

De même, audacieux pèlerin, à ton tour

Tu plongeas le regard au fond de tes délices,

Et tu ne rapportas comme elle que supplices

De ta vue inquiète… O penseur plein d’émoi,

Il te fallait jouir sans chercher le pourquoi,

Aimer, toujours aimer ; amour t’eût fait comprendre

Mieux que raison le point que tu voulais entendre,

Car, quel que soit l’esprit et sa vive lueur,

Le sens de l’infini n’existe bien qu’au cœur.

Ah ! tu la reconnus, cette vérité sainte,

Le jour où tes deux pieds marquèrent leur empreinte

Dans la vieille Helvétie, aux neiges du Sanez,

Sous l’ombre des hauts pics de glace couronnés ;

Solitaire marcheur, tu rencontras un homme

Que la fatigue avait saisi d’un mauvais somme,

Et qui, par le grand froid déjà tout engourdi,

Allait aux noirs vautours livrer son corps raidi.

Soudain ton cœur s’émut en face de cet être,

Et tu ne voulus point du sentier disparaître

Sans ravir au trépas ce frère défaillant.

De la main et du cri vite le réveillant,

Tu le remis sur pied, tu lui rendis courage,

Et pour mieux regagner les toits de son village

Tu prêtas à ses reins le secours de ton bras.

Or, comme vous marchiez, au-devant de vos pas,

Voilà qu’il accourut des enfans, une femme,

Qui, les yeux inquiets et la terreur dans l’âme,

Frappant l’écho plaintif d’un cri désespéré,

Depuis longtemps cherchaient le pauvre homme égaré.

En vous voyant, surtout toi soutenant leur père,

Ils comprirent bientôt que ton bras tutélaire

En était le sauveur, et tous ces gémissans

Inondèrent tes mains de pleurs reconnaissans.

Quel moment ! Tu l’as dit : d’une beauté divine

Il t’éclaira les cieux. Le sang dans ta poitrine

Courut plus chaudement, et ton souffle plus pur,

Plus rapide, plus plein, s’élança vers l’azur.

Nul souci ne pesait sur ta face ravie ;

Comme l’acier dans l’onde, il semblait que ta vie

Fut toute retrempée et bonne à l’action ;

Le monde n’était plus une œuvre sans raison.

Ame et corps, ta nature avait son équilibre,

Tu te sentais plus fort, tu te sentais plus libre,

Tu fus heureux enfin tout le reste du jour :

Tu venais comme Dieu de vivre dans l’amour.

Sigue explorando

Por su autor
Auguste Barbier · 58 piezas más en la casa
Dónde vive
La Biblioteca

← Silva — 04Silva — 06 →

Expediente

Autor
Auguste Barbier
Título
Silva — 05
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-silva-05--auguste-barbier-782f66
Cita recomendada
Auguste Barbier, «Silva — 05», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-silva-05--auguste-barbier-782f66.html

Las obras de dominio público se reproducen íntegras, con atribución y en la ortografía de su impreso. ¿Ves una errata o conoces una fuente mejor? Escríbenos desde Sobre la casa.