Culottes de velours, casquettes, gros souliers,
Vestes rondes, voilà nos braves charpentiers.
Un peu roides de corps, mobiles de visage,
L’œil d’aplomb, la voix rude et le style sauvage,
Au Petit Ramponneau, pour prendre leurs repas.
Une main dans la poche ils redoublent le pas,
Fumant avec bonheur le très cher brûle-gueule…
Leurs femmes, disons-le, n’ont pas l’esprit bégueule
Jupes courtes, bas blancs, tablier fin, croix d’or,
Accortes, se riant du chétif mirliflor.
Bien loin de gourmander le bon garçon qui fume,
À l’odeur du tabac, leur amour se parfume..mw-parser-output .ws-pge{position:absolute;z-index:2;bottom:0;right:0;text-indent:0}.mw-parser-output .ws-pds-dots{position:relative;z-index:2;background-repeat:repeat-x}
De fatigue, de soins, de soucis, de tracas
Eut cette pauvre mère à tout préparer, bas,
Robes et mouchoirs blancs, en secret que de jeûnes
Pour avoir des colliers bénis aux deux plus jeunes !
Que se passe-t-il donc de funeste et d’étrange ?
Hélas ! l’orage a-t-il saccagé la vendange,
Incendié nos bois ? ou bien a-t-il couché
Le blé sur notre sol avant qu’il soit fauché ;
Arraché tous les fruits qui pendaient à la branche
De l’arbre sous lequel on allait le dimanche
S’asseoir et s’égayer… et nos pauvres abris
Ont-ils par l’ouragan été mis en débris ?
Tout nous échappe, hélas ! pain, fruits… à notre table
Le vin ne vient jamais comme un convive aimable
Y semer la gaité… nous grelottons… le froid
Aux trous de nos haillons s’engouffre et pas de toit
Où l’on puisse un moment se débleuir la face
Ni réchauffer ses pieds engourdis dans la glace.
Il fait pourtant bien froid, et rien pour nous couvrir,
Et nous sommes à jeun… que la faim fait souffrir !
Ah ! sur ce globe étroit la multitude abonde,
Oui ! le pauvre est de trop !… pourtant la sève inonde :
Blés, ceps, bois, fleurs et fruits, chanvre et lin… il nous faut
Subir la faim, la soif et le froid et le chaud !
Qui donc a fait les lots, désigné le partage ?
Quel ogre a dévoré le commun héritage ?
Tel est le cri du peuple, il s’élève et se perd,
Emporté par le vent comme un bruit au désert.
Un trône sans gloire
S’écroule en débris.
À nous la victoire,
Enfants de Paris !
Je suis un inconnu sans fortune et sans gloire.
Assez peu désireux de vivre dans l’histoire,
Libre dans mon chemin comme l’oiseau dans l’air,
Pauvre, sans avenir, sans haine, sans envie,
Livrant à qui les vent les secrets de ma vie,
.mw-parser-output .ws-mpom-strophe{display:inline-block;page-break-inside:avoid;break-inside:avoid}Du sort jaloux je méprise l’éclair.
J’ai combattu les rois, n’ayant qu’une espérance :
Celle d’un citoyen, la grandeur de la France.
Aux jours victorieux je me suis effacé
Et j’ai vu s’élever sur nos ondes mouvantes
Les médiocrités, les intrigues savantes,
Devant l’orgueil de mon regard baissé.
Comme François Villon, mon cousin en manique,
Pour école je n’eus que la place publique,
Pour hotel mon veilloir, pour chaire un tabouret,
Pour rudiment le ciel, pour thème la nature ;
Mes jours, feuillets sans suite écrits à l’aventure,
Vont tour à tour des champs au cabaret.
J’aime, dit-on, le peuple au point que j’en raffole.
À chacun sa folie, à chacun son idole,
Courtisan du matheur je me prends dans ses fils.
Du hautain parvenu mon instinct me sépare.
Pour l’homme cultivé je ne suis qu’un barbare
Mal déguisé sous des haillons civils.
La pauvre enfant chantait, suivant la foule avare,
Et sous ses doigts
L’accompagnement faux d’une vieille guitare
Aidait sa voix.
La pauvre enfant disait : quel froid, ma mère est morte,
Brume et douleur.
L’instrument murmurait : passant, la brise est forte,
Ouvre ton cœur.
La pauvre enfant disait quel givre ! et comme il tombe,
Le jour finit.
L’instrument murmurait la petite colombe
N’a pas de nid.
La pauvre enfant disait : hélas ! nul ne m’appelle,
Il se fait tard.
L’instrument murmurait : quoi, riche, rien pour elle,
Pas un regard !
La pauvre enfant disait : quel froid ! ma mère est morte,
Le ciel est noir.
L’instrument murmurait : passant, ouvre la porte
Au désespoir.
L’enfant se tut, la faim la traîna d’un œil sombre
En lieu fatal.
Et l’instrument pleura, tombant brisé dans l’ombre
Livrée au mal.
Toute sa forre est dans son âme,
La peine, voilà son avoir.
Pour s’appuyer, la pauvre femme
N’a que l’amour de son devoir.
De l’œil couvant sa maisonnée.
« Allons ! commençons la journée.
Dit Madeleine en se levant,
« Qu’il fasse soleil, pluie ou vent.
La tâche est rude.
Mais de souffrir j’ai l’habitude,
La tâche est rude ! »
Son mari Claude est un ivrogne
Au ton brutal, aux durs propos ;
À la maison sans cesse il grogne,
Noyant sa gaîté dans les pots,
Quoi, toujours le nez dans un verre ?
Madeleine, sa ménagère,
Va l’arracher au cabaret
Et dit, recevant maint soufflet :
La tâche est rude,
Mais de souffrir j’ai l’habitude,
La tâche est rude !
Pourtant chacun convient que Claude
Est un habile compagnon,
Mais comme il a la tête chaude.
Il se brouille avec son patron.
Madelon prie, et sa supplique
Le fait rentrer à la lubrique.
Claude y revient clopin dopant…
Madeleine dit en rentrant :
La tâche est rude,
Mais de souffrir j’ai l’habitude,
La tache est rude !
Voici le soir de la quinzaine,
Il faut lutter, ruser, ramper.
Non, l’héroïque Madeleine
N’en ferait pas plus pour tromper.
À la caisse elle reste ferme,
Il s’agit de payer le terme.
Claude a cédé tout en jurant.
Madeleine dit en rentrant :
La tâche est rude,
Mais de souffrir j’ai l’habitude,
La tâche est rude !
Tandis qu’on soupe à la mansarde
Kilo court chez le boulanger
Gratter la taille babillarde,
Régler le gîte et le manger.
Pour son homme, que cela touche,
Elle achète et met sur la couche
Veste neuve et feutre à poil ras,
Puis, souriant, dit dans ses bras :
La tâche est rude,
Mais de souffrir j’ai l’habitude,
La tâche est rude !
Enfin sur cette route amère
La maladie, au cours fatal,
Conduit la malheureuse mère
Au lit fiévreux de l’hôpital.
Par ses enfants se voyant suivre,
Madeleine dit je veux vivre,
De moi tous ont besoin encor
Je vivrai, quel que soit mon sort.
La tâche est rude.
Mais de souffrir j’ai l’habitude,
La tâche est rude !
Infidèle maîtresse
Qu’on veut quitter et qu’on reprend toujours.