CADA PIEZA VIVE EN UNA DIRECCIÓN · NADA VIVE EN UNA SOLA SALA  

PoetósferaLa BibliotecaSavinien Lapointe

Savinien Lapointe · Modernismo

L’Infanticide (Lapointe)

francés

Quand l’échafaud se dresse à nos yeux attérés,

La Pitié vient en deuil s’asseoir sur ses degrés,

Reçoit le patient au sortir du prétoire,

Le presse dans ses bras, et perdant la mémoire,

Cette fille de Dieu, dans sa pâle beauté,

Console la victime et marche à son côté,

En priant, tout en pleurs, son père, qui l’écoute,

De verser sur son front l’eau pure de l’absoute.

Une larme qui tombe, ah ! bien mieux que le sang,

Sur le fatal tréteau lave le patient.

Ne pas sentir, à voir ses deux jolis pieds roses,

Les battements du cœur qui vous dictent ces choses

Qu’aucun mot ne peut dire, et qui font qu’à nos yeux

Une mère ici-bas est comme un ange aux cieux !

Renier ce doux nom ! ce beau titre ! où la femme

Jette un éclair d’orgueil aussi pur que son âme.

Sont pleins du sang tombé des membres de la foule :

Quand dans ses palais d’or la débauche se soûle,

Laissant à des valets qu’elle tient éveillés

Le soin de la porter sur de chauds oreillers ;

Oui, quand les mœurs du bagne entrent chez la richesse,

Entremetteuse infâme où l’on raille sans cesse,

Dans nos corruptions, dans nos douleurs, vois-tu,

Ma mère, ton nom seul fait croire à la vertu.

Pour que je galvanise au sein de l’auditoire

La mort couchée au bas d’un long réquisitoire.

II

Faire choir un enfant, et n’en rien éprouver !

Fouler aux pieds la fleur qu’on devait relever !

Savoir que l’on est fort, savoir que l’on est homme,

Que de ce titre-là dans le monde on vous nomme,

Et venir lâchement, larron profanateur,

Y dérober l’amour qui dormait dans un cœur ;

C’est une chose atroce ! À toi, toute ma haine !

Au pilori du peuple il faut que je t’enchaîne !

Quoi ! tu souillas l’honneur sur un front virginal,

Et tu ne parais pas au banc du tribunal !

Moi je vais t’y traîner, et les prostituées

Sur ta hideuse face, au milieu des huées,

Te jetteront la boue et ces mots du mépris

Que soufflent dans leur air tous les vents de Paris.

Oh ! oui, riez, riez, pauvres femmes perdues

Que la corruption cloue aux angles des rues,

Riez ! car le serpent qui vous conduisit là,

Råle sous mes talons. Riez ! bien ! c’est cela :

De vos cœurs en lambeaux jetez-lui les souillures.

Bien ! tordez sur son front l’eau de vos chevelures ;

Lancez comme à Judas, du fond de vos bourbiers,

Du prix du sang vendu les ignobles deniers.

― C’est en vain qu’à leurs cris, fourbe, tu te dérobes,

Elles te couvriront des fanges de leur robe.

Oh ! ce jour-là ce fut un long jour de bonheur :

La fille dans la mère y ressaisit l’honneur ;

Elle va désormais, loin du bruit et du monde,

Élever son enfant, pour qu’un jour il réponde

À qui l’accuserait d’être sans père : « Allez,

« J’ai l’amour de ma mère, et je suis riche assez. »

Mais un jour, ô mon Dieu ! damnerez-vous son âme !

L’homme que vous savez, le corrupteur, l’infâme,

Fit chasser de chez lui, par d’ineptes laquais,

La mère avec l’enfant qu’il ne revit jamais…

D’abord furent des cris mal étouffés dans l’ombre,

Des pleurs, d’amers sanglots, puis un désespoir sombre ;

La misère, la honte, à pas lents et sans bruit,

Se glissèrent le soir au foyer du réduit ;

Ensuite le remords, silencieux, farouche,

Amena l’insomnie aux haillons de la couche ;

La maigre faim hurla dans l’ombre des lambris

Où la mère et l’enfant poussaient d’horribles cris.

Un fantôme, la fièvre, attirait dans le crime,

Avec des ris affreux, l’innocente victime ;

L’honneur aussi, l’honneur, sot enfant de l’orgueil,

Sévère, s’arrêtant sur les degrés du seuil,

D’un avenir perdu lui montrait la torture ;

Et l’opprobre ajoutait : Je suis ta sépulture.

L’orphelin fit un cri, la mère en eut horreur :

Il lui tendit les bras, la pauvre femme eut peur.

« Pourquoi me maudis-tu, mon fils ? s’écria-t-elle ;

« Sa mère ! Suis-je mère ? Oh ! non ! qui donc m’appelle ?

« Qui me donne ce nom ? Il ne m’appartient pas…

« Tais-toi, voix de maudit… Qui parle du trépas ?

« Et que me veut cet homme ? à mes yeux, il me raille.

« Que font là tous ses gens, le dos à la muraille ?

« Le bâtard, disent-ils… Tais-toi ! petit, tais-toi !

« Ne les entends-tu pas, ils se moquent de moi !

« Ne souris pas ainsi, ne me dis pas : Ma mère !

« La honte !!!… Pour toujours, enfant, il faut se taire… ».mw-parser-output .ws-pge{position:absolute;z-index:2;bottom:0;right:0;text-indent:0}.mw-parser-output .ws-pds-dots{position:relative;z-index:2;background-repeat:repeat-x}

III

Vous qui tenez déjà les jours de cette enfant,

Qu’un cri fatal accuse et que ma voix défend ;

Et toi, société, misérable marâtre,

Radoteuse qui dort dans les cendres de l’âtre ;

Opinion publique, ortie où l’être humain

Laisse un lambeau de lui quand il prend ton chemin ;

Cette femme qui pleure, et que chacun accable,

Mais, stupides ! c’est vous qui la fêtes coupable,

Puisque vous permettez qu’un spadassin d’amour

Vienne souiller l’honneur qui n’a pas de retour.

Il fallait donc au moins, esclaves imbéciles

De tous les préjugés, élargir les asiles

Ouverts par la pitié du bon Vincent de Paul ;

Ramasser les enfants dans les ronces du sol ;

Ne point les entraver de honte et de misère,

De témoins patentés, de seings, de commissaire,

D’aveux humiliants, les entraver enfin

D’un déshonneur en règle écrit sur parchemin !

Vous crûtes arrêter le grand mal dans sa course :

Pour vaincre le torrent il faut combler la source ;

Dites, l’avez-vous fait ? Voyons, où sont les lois,

Aux acquéreurs d’amour qui vont rompre les doigts ?

Où donc est le fer rouge appuyé sur l’épaule ?

Où donc sont les geõliers, les chaînes et la geôle,

Pour le puissant hardi, pour l’oblique imposteur,

Qui voue un orphelin et sa mère au malheur ?

Sachez-le bien, vous tous, par-dessus toute chose,

Pour châtier un fait il faut chercher la cause.

Or l’avez-vous trouvée ? avez-vous remonté

Jusques aux sommités de la société ?

Avez-vous remué leurs splendides cloaques

De fulminants arrêts, d’énergiques attaques ?

Avez-vous pénétré leurs ténébreux détours ?

Interrogé leurs mœurs, épié leurs discours ?

Dites ! sous leur ciel d’or lançâtes-vous la foudre ?

De leurs chars somptueux suivîtes-vous la poudre ?

C’est là qu’il faut porter vos cris accusateurs,

Non dans l’étroit sentier, non dans le val des pleurs,

Où la fille du peuple, ange, femme, ou colombe,

De l’aire du vautour en tournoyant retombe ;

C’est là qu’il faut traîner le sanglant tombereau,

Y brandir haut la hache et jeter le bourreau !…

Sigue explorando

Por su autor
Savinien Lapointe · 5 piezas más en la casa
Dónde vive
La Biblioteca

← Les Petits VagabondsSavinien Lapointe, le Cordonnier (Baillet) →

Expediente

Autor
Savinien Lapointe
Título
L’Infanticide (Lapointe)
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-linfanticide-lapointe--savinien-lapointe-ef9863
Cita recomendada
Savinien Lapointe, «L’Infanticide (Lapointe)», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-linfanticide-lapointe--savinien-lapointe-ef9863.html

Las obras de dominio público se reproducen íntegras, con atribución y en la ortografía de su impreso. ¿Ves una errata o conoces una fuente mejor? Escríbenos desde Sobre la casa.