CADA PIEZA VIVE EN UNA DIRECCIÓN · NADA VIVE EN UNA SOLA SALA  

PoetósferaLa BibliotecaSully Prudhomme

Sully Prudhomme · Modernismo

Repentir, poésie

francés

J’aimais froidement ma patrie

Au temps de la sécurité ;

De son grand renom mérité

J’étais fier sans idolâtrie.

Je m’écriais avec Schiller :

« Je suis un citoyen du monde ;

En tous lieux où la vie abonde,

Le sol m’est doux et l’homme cher !

Des plages où le jour se lève

Aux pays du soleil couchant,

Mon ennemi, c’est le méchant,

Mon drapeau, l’azur de mon rêve !

Où règne en paix le droit vainqueur,

Où l’art me sourit et m’appelle,

Où la race est polie et belle,

Je naturalise mon cœur ;

Mon compatriote, c’est l’homme ! »

Naguère ainsi je dispersais

Sur l’univers ce cœur français :

J’en suis maintenant économe.

J’oubliais que j’ai tout reçu,

Mon foyer et tout ce qui m’aime,

Mon pain, et mon idéal même,

Du peuple dont je suis issu,

Et que j’ai goûté dès l’enfance

Dans les yeux qui m’ont caressé,

Dans ceux même qui m’ont blessé,

L’enchantement du ciel de France !

Je ne l’avais pas bien senti ;

Mais depuis nos sombres journées,

De mes tendresses détournées

Je me suis enfin repenti :

Ces tendresses, je les ramène

Étroitement sur mon pays,

Sur les hommes que j’ai trahis

Par amour de l’espèce humaine,

Sur tous ceux dont le sang coula

Pour mes droits et pour mes chimères :

Si tous les hommes sont mes frères,

Que me sont désormais ceux-là !

Sur le pavé des grandes routes,

Dans les ravins, sur les talus,

De ce sang qu’on ne lavait plus

Je baiserai les moindres gouttes ;

Je ramasserai dans les tours

Et les fossés des citadelles

Les miettes noires, mais fidèles,

Du pain sans blé des derniers jours ;

Dans nos champs défoncés encore,

Pèlerin, je recueillerai,

Ainsi qu’un monument sacré,

Le moindre lambeau tricolore ;

Car je t’aime dans tes malheurs,

O France ! depuis cette guerre,

En enfant, comme le vulgaire

Qui sait mourir pour tes couleurs ;

J’aime avec lui tes vieilles vignes,

Ton soleil, ton sol admiré

D’où nos ancêtres ont tiré

Leur force et leur génie insignes.

Quand j’ai de tes clochers tremblans

Vu les aigles noires voisines,

J’ai senti frémir les racines

De ma vie entière en tes flancs.

Pris d’une piété jalouse

Et navré d’un tardif remords,

J’assume ma part de tes torts,

Et ta misère je l’épouse.

Sigue explorando

Por su autor
Sully Prudhomme · 17 piezas más en la casa
Dónde vive
La Biblioteca

← Pour le troisième centenaire de la naissance de DescartesSursum corda (Prudhomme) →

Expediente

Autor
Sully Prudhomme
Título
Repentir, poésie
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-repentir-poesie--sully-prudhomme-b37454
Cita recomendada
Sully Prudhomme, «Repentir, poésie», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-repentir-poesie--sully-prudhomme-b37454.html

Las obras de dominio público se reproducen íntegras, con atribución y en la ortografía de su impreso. ¿Ves una errata o conoces una fuente mejor? Escríbenos desde Sobre la casa.