CADA PIEZA VIVE EN UNA DIRECCIÓN · NADA VIVE EN UNA SOLA SALA  

PoetósferaLa BibliotecaThéophile Gautier

Théophile Gautier · Romanticismo

Prologue d’Henriette Maréchal

francés

Bah ! tant pis, Mardi gras a lâché sa volière,

Et l’essaim envahit la maison de Molière,

Cent oiseaux de plumage et de jargon divers ;

Moi, je viens, empruntant aux Fâcheux ces deux vers,

Dire au public surpris : « Monsieur, ce sont des masques

Qui portent des crincrins et des tambours de basques. »

Des masques ? Vous voyez : un bal au grand complet !

Mais Molière, après tout, aimait fort le ballet.

Les matassins, les turcs et les égyptiennes

Se trémoussent gaîment dans ses pièces anciennes.

L’intermède y paraît vif, diapré, joyeux,

Au plaisir de l’esprit joignant celui des yeux.

Et pour les délicats c’est une fête encore

D’y voir en même temps Thalie et Terpsichore,

Ces Muses, toutes deux égales en douceurs,

Se tenant par les mains comme il sied à des sœurs.

Quand s’interrompt d’Argau la toux sempiternelle,

On s’amuse aux archers rossant Polichinelle,

Et les garçons tailleurs s’acceptent sans dédain

En cadence apportant l’habit neuf de Jourdain.

Le bon goût ne va pas prendre non plus la mouche

Pour quelques entrechats battus par Scaramouche.

Seulement, direz-vous, ces fantoches connus

Sont traditionnels, et, partant, bien venus.

Leur visage est coulé dans le pur moule antique,

Et l’Atellane jase à travers leur pratique ;

Même pour des bouffons, l’avantage est certain

De compter des aïeux au nom grec ou latin.

Nous autres par malheur, nous sommes des modernes,

Et chacun nous a vus, sous le gaz des lanternes,

Au coin du boulevard, en guise d’Évohé,

Criant à pleins poumons : « Ohé, c’te tête, ohé ! »

Pierrettes et Pierrots, débardeurs, débardeuses

Aux gestes provocants, aux poses hasardeuses,

Dans l’espoir d’un souper que le hasard paîra,

Entrer comme une trombe au bal de l’Opéra.

Pardon, si nous voilà dans cette noble enceinte

Grisés de paradoxe, intoxiqués d’absinthe,

Près des masques sacrés, nous, pantins convulsifs ;

Aux grands ennuis il faut des plaisirs excessifs,

Et notre hilarité furieuse et fantasque,

En bottes de gendarme, un plumeau sur le casque,

Donnant à la folie un tam-tam pour grelot,

Aux rondes du sabbat oppose son galop.

Mais, hélas ! nous aussi, nous devenons classiques,

Nous, les derniers chicards et les derniers caciques,

Terreur des dominos, repliant le matin,

Chauves-souris d’amour, leurs ailes de satin.

Bientôt il nous faudra pendre au clou dans l’armoire

Ces costumes brillants de velours et de moire.

Le carnaval déjà prend pour déguisement

L’habit qui sert au bal comme à l’enterrement.

Il vient à l’Opéra, grave, en cravate blanche,

Gants blancs, souliers vernis, et du balcon se penche ;

Hamlet du trois pour cent, ayant mis un faux nez,

Il débite son speech aux titis avinés.

L’outrance, l’ironie et l’acre paroxysme,

L’illusion broyant les débris de son prisme,

Tous les moxas brûlants qu’applique à son ennui

La génération qui se nomme Aujourd’hui,

Mêlent leur note aiguë à l’étrange harangue

Dont la vieille Thalie entendrait peu la langue,

Dialecte bizarre, argot spirituel

Où de toutes ses dents rit le rire actuel !

Si le théâtre est fait comme la vie humaine,

Il se peut qu’un vrai bal y cause et s’y promène.

Or donc, excusez-nous d’être de notre temps,

Nous autres qui serons des types dans cent ans.

Pendant que la parade à la porte se joue,

Le drame sérieux se prépare et se noue,

Et quand on aura vu l’album de Gavarni,

L’action surgira terrible…

Sigue explorando

Por su autor
Théophile Gautier · 25 piezas más en la casa
Dónde vive
La Biblioteca
Para entenderlo
Préface de Mademoiselle de Maupin (Cátedra)

← Prologue de StruenséePrologue d’ouverture de l’Odéon →

Expediente

Autor
Théophile Gautier (1811–1872) · Wikidata Q183713
Título
Prologue d’Henriette Maréchal
Lengua
francés
Época
Romanticismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-prologue-dhenriette-marechal--theophile-gautier-9fec79
Cita recomendada
Théophile Gautier, «Prologue d’Henriette Maréchal», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-prologue-dhenriette-marechal--theophile-gautier-9fec79.html

Las obras de dominio público se reproducen íntegras, con atribución y en la ortografía de su impreso. ¿Ves una errata o conoces una fuente mejor? Escríbenos desde Sobre la casa.