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Charles Reynaud · Romanticismo

Poésies (Reynaud) — 02

francés

L’autre jour, pour tromper les heures enflammées,

Sur la fraîche rivière, à l’ombre des ramées,

Je laissais s’en aller mon bateau nonchalant

Sous l’abri du fayard et du peuplier blanc.

Le baume, les orchis et la menthe sauvage

Parfumaient les talus qui bordent le rivage ;

Les mouches coquetant dans leur robe d’azur,

L’agile demoiselle au corsage d’or pur,

Auprès des papillons émaillés de topaze,

Se miraient à fleur d’eau sur leurs ailes de gaze ;

Le beau martin-pêcheur passait comme un éclair

Avec des cris aigus et rasait le flot clair ;

Les merles insolens, gorgés de rouges baies,

Comme des écoliers sifflaient le long des haies,

Et la bergeronnette au plumage moiré,

Trottait d’un pied léger sur le sable nacré.

Et moi tout enivré de l’émotion pure

Que verse dans mon cœur l’aspect de la nature,

Admirant le beau jour, respirant les odeurs

Qui s’échappent de l’eau, des arbres et des fleurs,

Regardant se mouvoir dans l’ombre et la lumière

Tout ce monde joyeux qu’attire la rivière,

Je suivais, sans que rien interrompît leur cours,

Les rêves enchantés de mes jeunes amours.

Pendant que mon bateau descendait sans secousse,

Traînant ses avirons dans les joncs et la mousse,

J’aperçus tout à coup au détour du ruisseau

Une femme rêveuse assise au bord de l’eau.

Comme tu tressaillis, ô mon cœur ! — C’était elle,

Celle dont la beauté trouble mon sommeil, celle

Qui retient ma pensée enchaînée à ses pas,

Et qui m’a pris mon ame, et ne s’en doute pas !

Elle me reconnut et m’appela du geste.

Je n’avais pas touché le bord, que d’un pied leste

Elle franchit l’espace avec un cri joyeux ;

Un plaisir enfantin animait ses beaux yeux ;

La barque sous le choc avait quitté la rive,

Déjà sa belle main tient la barre captive :

— Allons ! ramez ! dit-elle - Et voilà le bateau

Qui relève sa proue et part comme un oiseau.

Les arbres des forêts que le ruisseau traverse,

Le rivage, les joncs couraient en sens inverse

Chaque fois que la rame, au murmure de l’eau,

Avec un rythme égal plongeait dans le ruisseau ;

Son œil toute ébloui de ces riches images

Flottait sans se fixer sur les frais paysages.

Elle bénissait Dieu d’avoir fait ce beau jour,

Et mon cœur et mes yeux se remplissaient d’amour,

Et dans votre spectacle, ô nature éternelle,

Je ne voyais, n’aimais et n’admirais plus qu’elle !

Nous allâmes long-temps et tous les deux ainsi,

Elle calme, et moi plein d’un amoureux souci.

Cent fois pour lui parler je suspendis la rame ;

Hélas ! le cher secret qui tourmentait mon ame

Sur ma bouche cent fois vint éclore et mourir,

Cent fois s’est refermé mon cœur prêt à s’ouvrir !

— O paroles d’amour qu’un regard effarouche,

Vous avez reculé sur le seuil de ma bouche !

Au moins si mes renards avaient parlé pour moi,

Si mes frémissemens, mon trouble, mon émoi…

— À ces signes certains, l’amour doit se connaître, -

Mais non… elle rêvait — ou le feignait peut-être.

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Autor
Charles Reynaud
Título
Poésies (Reynaud) — 02
Lengua
francés
Época
Romanticismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-poesies-reynaud-02--charles-reynaud-2d0313
Cita recomendada
Charles Reynaud, «Poésies (Reynaud) — 02», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-poesies-reynaud-02--charles-reynaud-2d0313.html

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