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Charles Reynaud · Romanticismo

Poésies - II (Reynaud)

francés

O Nassim ! jeune fille au regard indulgent,

Qui portes sur la tête une corne d’argent

D’où pend la longue mousseline.

Parmi les cèdres bruns et les champs de mûriers,

Ta maison, où sont nés tant d’illustres guerriers.

Blanchit au loin sur la colline.

Assise sur le seuil, tu regardes s’ouvrir

Les vallons à tes pieds, et le ruisseau courir

Jusqu’à la plaine qu’il arrose,

Et cette grande mer où dans les lointains bleus

S’endorment sur les flots Chypre aux coteaux vineux

Et Rhodes où naquit la rose.

Nassim ! j’aime tes yeux clairs comme le cristal,

Ton front qui fait pâlir l’albâtre oriental,

Tes lèvres vierges de mensonges,

Ton regard ingénu, ton cœur franc comme l’or,

Et je sens près de toi mon cœur qui bat encor,

Et ta beauté trouble mes songes.

Hélas! si le destin ne m’avait entraîné,

J’aurais voulu rester à ta vie enchaîné;

J’aurais fait prospérer la vigne

Qui revêt la montagne au pied de ta maison.

Et j’aurais de mes mains taillé dans la saison

Tes mûriers disposés en ligne.

Et je t’aurais aimée, ô perle du Liban,

Comme Jacob aima la fille de Laban,

Comme une épouse chaste et belle,

Car j’ai cru deviner que l’humble voyageur

N’était pas éloigné du chemin de ton cœur.

Jeune fille aux yeux de gazelle !

Mais par-delà ces flots où ton regard se perd,

Au rivage opposé de cette vaste mer,

Sous un soleil triste et sans flamme.

Sous des cieux où le soir est voisin du matin,

Il faut que je retourne, esclave du destin,

Auprès d’une autre jeune femme.

Elle est svelte et brillante et belle comme toi,

Partout, sur son chemin, les cœurs sont en émoi;

Mais qu’elle a fait verser de larmes!

Car son ame est cruelle; elle aime à voir pleurer

Les yeux qui, pour un jour, ont osé s’enivrer

De sa jeunesse et de ses charmes.

Et cependant je l’aime, et m’en vais loin de vous.

Je quitte ton ciel bleu, tes vignes au vin doux.

Et ta maison de beaux jours pleine,

Et tes champs d’aloès, et tes orangers verts,

Et tes heureux jardins à l’abri des hivers.

Pour aller reprendre ma chaîne !

Adieu ! donne ta main à quelque jeune émir,

Près de qui sans effroi tu puisses t’endormir,

Et qui croie au dieu de tes pères,

Qui défende ton seuil des Druses insolens.

Et qui de ses talons sache presser les flancs

Des chevaux aux longues crinières.

Mais songe quelquefois au triste voyageur

Qui sous d’autres climats emporte dans son cœur

Ton image, ô fleur de bruyère,

Nassim, fleur de myrte, orgueil de Broumâhna,

Et qui se souviendra du jour qui l’amena

Devant ta porte hospitalière.

A Broumâhna, dans le Liban.

LE CHANT DU CRAPAUD.

D’où viennent-ils, ces chants si doux

Et cependant si tristes,

Que soupirent autour de nous

D’invisibles choristes?

On croit entendre au bord de l’eau

Pan, le dieu de l’automne,

Tirer de sa flûte en roseau

Ce soupir monotone.

Dans les guérets et dans les bois

Résonnent ces chants grêles;

On dirait que toutes ces voix

Se répondent entr’elles.

La mélancolique chanson

S’éteint, puis recommence,

Et c’est toujours le même son

Et la même cadence.

Mais je vois passer près de moi

Comme une forme impure...

— Ah! je te reconnais : c’est toi,

Horrible créature !

Être immonde, hideux crapaud,

Misérable reptile,

Avec ton œil terne et ta peau

Gluante comme l’huile !

Eh quoi ! ce chant mystérieux

Dont j’admirais le charme,

Qui tout à l’heure dans mes yeux

A fait sourdre une larme,

Ce soupir qui doit émouvoir

Plus d’une jeune fille.

Quand elle va rêver le soir

Sous la sombre charmille :

C’est le chant d’amour, c’est le cri

De cette bête impure.

Hôte du cloaque pourri,

Rebut de la nature !

Ah! dis-moi, pourquoi donnes-tu,

Nature impénétrable,

— Toi, dont j’admire la vertu

Et l’ordre inaltérable, —

Au paon stupide un si beau corps,

Des yeux doux aux vipères,

Aux insensés des bras si forts,

Tant d’éclat aux panthères?

Une voix si tendre aux crapauds,

Aux renards tant de grâces?

Et pourquoi tant d’hommes si beaux

Ont des âmes si basses?

LA HAIE.

Qu’elle est verte et paisible, au bord de ce sentier,

Cette haie abondante où fleurit l’églantier,

Où sur les aubépins et les pruniers sauvages

Grimpe la clématite aux flexibles branchages!

La rosée a semé les feuilles et les fleurs

De gouttes que le jour peint de mille couleurs.

Dans la haie est caché le nid d’une fauvette;

Sous ce fouillis obscur, on aperçoit sa tête;

Elle est là, familière, et qui couve ses œufs,

Et dans la touffe sombre on voit briller ses yeux.

C’est un monde de paix, de fraîcheur et de joie.

Et le soleil rayonne et le sentier poudroie.

Le vent dort; le buisson, auprès d’un champ de blé,

Repose, et d’aucun bruit son calme n’est troublé

Que des oiseaux chantans, des abeilles ronflantes.

Ou du lézard craintif qui s’enfuit sous les plantes.

Mais voici tout à coup venir par le chemin

Un enfant débraillé, le bâton à la main.

Le chapeau sur l’oreille et sifflant en sourdine;

Il a l’air insolent et la face mutine;

Il vient d’un air vainqueur, le gamin malfaisant.

Et plonge son bâton dans la haie en passant.

Les gouttes de rosée, à travers les épines.

Tombent comme des pleurs sur les herbes voisines,

Et la pauvre fauvette, effrayée à ce bruit.

Se dresse en frémissant sur ses œufs et s’enfuit.

Il se penche aussitôt sur la haie entr’ouverte,

Il arrache le nid à sa retraite verte;

Mais à son doigt impie un des œufs s’est heurté,

Un lambeau de chair vive, informe, ensanglanté.

S’échappe de la coque et tombe sur la terre.

Lui, sans s’inquiéter des plaintes de la mère,

De la haie entamée et du nid violé,

Et laissant sur ses pas ce monde désolé,

Rempli d’indifférence et de calme et de joie,

Il poursuit son chemin, cherchant une autre proie.

Ainsi, peuple léger, pareil à cet enfant,

Combien, sans y songer, sous ton pied triomphant.

Tu brises en passant d’existences tranquilles!

Que de travaux perdus, que d’efforts inutiles!

Que de stériles fleurs, de germes avortés,

D’édifices croulans, de plans décapités!

O peuple insouciant, que d’utiles idées,

Qui germaient lentement, par le temps fécondées.

Meurent avant d’éclore et de porter un fruit,

Embryons qu’au hasard ta rude main détruit.

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Autor
Charles Reynaud
Título
Poésies - II (Reynaud)
Lengua
francés
Época
Romanticismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-poesies-ii-reynaud--charles-reynaud-181baa
Cita recomendada
Charles Reynaud, «Poésies - II (Reynaud)», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-poesies-ii-reynaud--charles-reynaud-181baa.html

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