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Charles Reynaud · Romanticismo

Élégies. - A une Source

francés

Belle source intarissable,

Qui fais bouillonner le sable

Parmi les roseaux,

Dans une profonde coupe

Que le cresson vert découpe

Jaillissent tes eaux.

Quand le gai soleil éclaire

À midi ton onde claire

Aux sillons moirés,

Le remou de ta surface

Sur le fond de gravier trace

Des cercles dorés.

Prends ta course aventureuse,

Ô ma chère source, et creuse

Un lit pour ton eau ;

Dans les prés que l’été sèche,

Passe bienfaisante et fraîche ;

Te voilà ruisseau !

Vers tes ondes désirées,

Les bœufs, les vaches tigrées,

Viendront à pas lents ;

La truite rose y fourmille,

Et la perche, et la dormille,

Et les poissons blancs.

Le saule au feuillage terne,

Le peuplier et le verne

Te protégeront,

Et les promeneuses blondes

Dans le cristal de tes ondes

Se regarderont.

Mais bientôt, plus de prairies!

Adieu les plaines fleuries,

Adieu ton berceau !

Voilà qu’une ville sombre

Va t’attrister de son ombre,

O pauvre ruisseau !

Taché de sang et de boue,

Tu feras tourner la roue

Dans un atelier;

Comme une bête de somme

Tu travailleras, et l’homme

Sera ton geôlier.

Tu sors enfin de la ville

Noir de ton œuvre servile;

Un fleuve géant

Qui t’arrête dans ta course

Absorbe l’eau de ta source

Dans son lit béant.

Hors de ta pente native

Tu laisses ton eau captive

Suivre un autre cours;

Tu perds ton nom et ta forme,

Et, dans cette masse énorme,

Te fonds pour toujours.

Dans un parcours de cent lieues

Tu rouleras tes eaux bleues

Sous des cieux divers;

Tu réfléchiras les villes.

Les tours, les coteaux fertiles.

Et les îlots verts.

Dans ton inflexible marche

Des ponts tu vas ronger l’arche,

Rouler des rochers,

Et jusqu’aux plages lointaines

Amener des barques pleines

Au pied des clochers.

La voici, la mer sans bornes!

Vers ces solitudes mornes

Le fleuve emporté

Dans l’océan, but suprême,

Tombe, sans accroître même

Cette immensité.

Sur cette vaste étendue.

Goutte d’eau trouble perdue

En ces grandes eaux,

Tu feras dans les tourmentes

Sous tes vagues écumantes

Sombrer les vaisseaux.

Ton eau toujours inquiète

Recèlera la tempête.

Ils seront amers,

Tes flots calmes et limpides;

Un jour ils seront perfides

Comme l’eau des mers !

II.

J’ouvre d’une main curieuse

La cassette mystérieuse.

Confidente de nos amours,

Qui contient dans ses flancs avares.

Comme un écrin de perles rares,

Le souvenir de nos beaux jours :

Débris chers et sacrés, elle nous abandonne!

Adieu nos rêves morts et nos bonheurs perdus!

Son amour a passé comme un soleil d’automne :

Elle ne m’aime plus!

Voici la marguerite pâle

Que couronne un dernier pétale.

Oracle cher aux amoureux;

Nous l’avons effeuillée ensemble

Dans la prairie, au pied d’un tremble,

Et le présage fut heureux.

Elle m’aime, dis-tu, magicienne perfide!

Ah! qui l’aurait pensé que deux ans révolus

Auraient tari l’amour dans un cœur si candide?

Elle ne m’aime plus!

Ce mouchoir fin et diaphane,

Où la brodeuse musulmane

A mêlé l’or avec le lin,

Reluisait sur sa tête brune.

Aux pâles clartés de la lune,

Pendant un soir du mois de juin.

Saules qui vous penchez le long de la prairie,

Aux sourds bruissemens de vos sentiers perdus

Elle ne viendra plus mêler sa voix chérie;;

Elle ne m’aime plus!

Voici le bouquet d’immortelles,

Gage de flammes éternelles,

Qu’un premier soir de rendez-vous

Elle apporta dans sa ceinture,

Comme sa plus belle parure.

Et que je reçus à genoux !

Et moi, qu’elle accusait d’un cœur trop infidèle,

Moi, qui me laissais prendre à ses airs ingénus,

Et la croyais sincère en la voyant si belle.

Elle ne m’aime plus !

Te voici, tresse parfumée,

Doux présent de ma bien-aimée

Au temps de nos premiers aveux !

Dans notre amoureuse folie,

Comme une fleur tu fus cueillie

Dans la forêt de ses cheveux !

O liens trop légers! ô chaîne familière!

O fragiles anneaux que sa main a rompus,

Vous ne retenez plus son ame prisonnière;

Elle ne m’aime plus!

Voici ses lettres adorées,

Riches de paroles dorées,

Ses lettres, souvenir vivant,

Plein de printanières ivresses

Et des éternelles tendresses

Qui s’envolent avec le vent.

De nos premiers sermens témoins mélancoliques,

O poèmes charmans et tant de fois relus.

Hélas! le croirez-vous, ô mes chères reliques?

Elle ne m’aime plus !

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Por su autor
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Autor
Charles Reynaud
Título
Élégies. - A une Source
Lengua
francés
Época
Romanticismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-elegies-a-une-source--charles-reynaud-b5b702
Cita recomendada
Charles Reynaud, «Élégies. - A une Source», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-elegies-a-une-source--charles-reynaud-b5b702.html

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