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Alice de Chambrier · Modernismo

Poésie, Éloge de Lamartine — Ruines

francés

 « Et des larves de murs

sous des spectres de tours. »

J’ai vu comme l’on voit quelquefois dans un rêve,

Une immense Cité près d’une immense grève,

Avec des dômes d’or et des palais géants,

Des temples incrustés de mille diamants,

Que quatre grands Lions aux roussâtres crinières,

Menaçant le soleil de leur têtes altières,

Depuis quinze cents ans, immobiles, gardaient.

Et cette ville-là, des peuples l’habitaient.

Faisant retenir l’air de leurs clameurs joyeuses

Où l’Océan mêlait ses voix tumultueuses.

…Plus tard j’ai repassé devant cette cité,

Et voulant la revoir, je m’y suis arrêté ;

Mais à peine mes pas ont foulé sa poussière

Que devant mes regards elle s’est tout entière

Écroulée ― et n’est plus qu’une ruine immense

Dont le cri des Vautours trouble seul le silence.

J’ai vu dans un jardin une brillante Fleur ;

De l’amour elle avait emprunté la couleur,

Et mille papillons voltigeant autour d’elle,

L’effleuraient en passant d’un baiser de leur aile.

Un Rossignol, caché dans ses légers rameaux.

Lui chantait, radieux, tous ses chants les plus beaux,

Et même osait parfois, plein d’allégresse folle.

Poser son bec rosé sur la rose corolle.

… Plus tard j’ai repassé devant le beau jardin.

Je voulais voir la fleur, connaître son Destin ;

Mais elle n’était plus que ruine légère

Et le rossignol mort reposait sur la terre.

J’ai vu l’Homme mortel, debout, superbe et grand,

Lever la tête au Ciel et marcher confiant ;

Beau comme le Soleil, tout baigné de lumière,

Il semblait être un dieu ! ― n’était qu’un éphémère.

… Plus tard j’ai repassé pour le revoir encor.

Mais je n’ai plus trouvé qu’un fantôme de mort,

Une ruine affreuse en une solitude

Où quelques noirs Serpents vivent en quiétude.

J’ai vu tout l’Univers de splendeur rayonnant

Et le crus immortel, puisqu’il était si grand.

… Illusion ! lui-même, hélas ! ruine immense,

Errera quelque jour dans l’éternel Silence

Des déserts azurés, entraînant avec lui

Tous ces vivants d’hier, décombres aujourd’hui.

Et dans quelque infini, porte d’un autre Espace,

Il ira s’engouffrer sans laisser nulle trace.

Hélas ! et c’est en vain que j’ai partout cherché

Un lieu qui ne fût point par la mort entaché.

Partout sur mon chemin, des Spectres et des Ombres,

Des vestiges détruits sous des profondeurs sombres

Ont surgi devant moi, puis m’ont dit lentement :

« Il n’est que l’inconnu qui ne soit pas néant. »

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Expediente

Autor
Alice de Chambrier
Título
Poésie, Éloge de Lamartine — Ruines
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-poesie-eloge-de-lamartine-ruines--alice-de-chambrier-ef8979
Cita recomendada
Alice de Chambrier, «Poésie, Éloge de Lamartine — Ruines», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-poesie-eloge-de-lamartine-ruines--alice-de-chambrier-ef8979.html

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