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PoetósferaLa BibliotecaAnne-Marie de Beaufort d'Hautpoul

Anne-Marie de Beaufort d'Hautpoul · Romanticismo

Mme d’Hautpoul

francés

D’Hautpoul sait plaire autant que les plus beaux esprits.

Quand sa pensée, et noble et tendre,

S’écoule de sa lèvre, ou règne en ses écrits :

Heureux qui peut la lire, heureux qui peut l’entendre !

Phaon ! reçois encor ces tristes caractères.

Des soupirs de l’amour tendres dépositaires ;

Prends pitié de mes maux, partage mes douleurs.

Et pour dernier tribut accorde-moi des pleurs.

Ce sentiment si vrai qui l’élève et l’enflamme,

Ce soin de se chercher, ce charme à se revoir,

Les désirs, les tourments, les soupçons et l’espoir ;

Cet invincible attrait vers un objet qu’on aime :

Tu sentis qu’être aimé donnait le bonheur même.

Cette vive étincelle a passé dans mon cœur,

Mes yeux trop indiscrets ont nommé mon vainqueur ;

Ces yeux, dont tout Lesbos a vanté la tendresse.

Où Vénus a placé sa flamme enchanteresse.

Où tu cherchais l’espoir et trouvas tant d’amour,

Tu veux que dans les pleurs se noyant chaque jour.

Ils disent que Sapho, de douleur consumée.

Aime toujours Phaon, et n’en est plus aimée.

Mon malheur éclatant manquait à tes plaisirs ;

Il te fallait, ingrat, mes glorieux soupirs ;

Et, fier de mes tourments, abreuvé de mes larmes,

Tu crois par ce triomphe ajouter à tes charmes.

Le ciel, le juste ciel te réserve à ton tour

Les soupirs et les pleurs que je donne à l’amour.

Sur un tendre soupçon quand ta bouche éloquente

Après mille baisers rassurait ton amante.

Quand ses bras te pressaient sur son sein amoureux.

Quand l’orgueil et l’amour éclataient dans tes yeux.

Pouvait-elle penser que ces baisers de flamme,

Que ses regards si doux, interprètes de l’âme,

Tes larmes, tes soupirs, tes serments répétés.

Étaient d’un cœur perfide autant de faussetés ?

Pouvait-elle penser que ton âme inhumaine

Renfermait un amour plus cruel que la haine ?

Tu me fuis, mais en vain ; oh ! quels lointains climats

Pourraient te dérober à l’ardeur de mes pas ?

Je braverai pour toi les flots, les vents, l’orage ;

L’amour désespéré manque-t-il de courage ?

Que puis-je craindre encor ? j’ai perdu le bonheur.

Et la mort n’est pour moi qu’un terme à la douleur.

L’amitié me trahit et Phaon m’abandonne :

Amie ingrate et chère, hélas ! je te pardonne :

Dans l’excès de mes maux, malgré mon désespoir.

Haïr ce que j’aimai n’est point en mon pouvoir ;

Puisse-t-il plus constant à son ardeur nouvelle.

Épargner à ton cœur de le voir infidèle !

Phaon, j’ai trop senti combien tu sais charmer,

Pour faire à mon amie un crime de t’aimer.

Mais que dis-je ? où m’entraîne une lâche faiblesse ?

De ton barbare cœur je plaindrais la détresse :

Tu connus mon amour ; loin de te redouter,

Te peignant mon bonheur, je croyais l’augmenter ;

Et des bras d’un amant je volais attendrie

Épancher tout mon cœur dans le cœur d’une amie.

Eh bien ! venez, cruels, me contempler tous deux ;

Venez, que mes tourments ajoutent à vos feux.

Ah ! pourquoi dédaignant la conquête d’Alcée,

Sur Phaon inconnu portai-je ma pensée ?

Dis-moi donc par quel art tu m’as su captiver ?

Tes désirs jusqu’à moi devaient-ils s’élever ?

Si je ne t’eusse aimé, que serait ta mémoire ?

Mon amour, n’est-il pas ton seul titre à la gloire ?

Élevé par lui seul au-dessus des mortels,

Tu respiras l’encens offert sur mes autels…

Dans mon abaissement d’Amour tu vois l’empire :

Soupirer à tes pieds, moi pour qui tout soupire,

Dont le nom doit durer autant que l’univers !

Si l’on connaît Phaon, ce sera par mes vers !…

Ah ! cessons de nourrir une ardeur trop funeste,

Et fuyons à jamais ce jour que je déteste :

Si je ne puis, hélas ! vivre sans t’adorer,

Mourons, et que la Gloire ose encor me pleurer.

Tu connais ce rocher ; sa cime audacieuse

S’élève avec orgueil sur la mer orageuse ;

Mugissants de fureur, les flots, heurtant ses bords,

Tentent pour l’égaler de stériles efforts ;

Éole les seconde, et leur rage inutile

Veut attaquer en vain ce rocher immobile :

Le roc, inébranlable au choc de l’élément.

Voit la vague qui s’enfle et meurt en écumant.

Dans ces flots orageux mille amants trop sensibles

Ont cherché des tourments moins longs et moins pénibles.

L’Amour, qui fit leurs maux, me blessa de ses traits ;

J’y puis chercher comme eux une éternelle paix.

D’un jaloux désespoir ne mourons point victime ;

Qu’un sentiment plus pur me soutienne et m’anime ;

Arrachons le cruel de ce cœur trop épris….

L’amour naît par l’estime et meurt par le mépris,

Brisons en expirant une honteuse chaîne ;

Les siècles étonnés ne croiront qu’avec peine

Que Sapho soupira sans inspirer l’amour.

La mer m’ouvre son sein ; adieu, fatal séjour.

Lieux où mon repentir égala ma faiblesse.

Ô filles de Lesbos ! redoutez la tendresse ;

Plaignez mon désespoir, évitez mes douleurs.

Qu’au moins votre repos soit le fruit de mes pleurs !

Que ma mort à l’Amour consacre ce rivage.

Et toi que j’adorai, dont le seul nom m’outrage.

De son indigne choix Sapho va se punir ;

Je rougis de t’aimer, c’est plus que te haïr.

Ô fille du Printemps, douce et touchante image

D’un cœur modeste et vertueux.

Du sein des verts gazons tu remplis ce bocage

De tes parfums délicieux.

Que j’aime à te chercher sous l’épaisse verdure

Où tu crois fuir mes regards et le jour !

Au pied d’un chêne vert qu’arrose une onde pure,

L’air embaumé m’annonce ton séjour ;

Mais ne crains pas cette main généreuse ;

Sans te cueillir j’admire ta fraîcheur ;

Je ne voudrais pas être heureuse

Aux dépens même d’une fleur.

Reste sur ta tige flexible,

Jouis des beaux jours du Printemps ;

Que la douce haleine des vents.

Et ces rameaux, et ce lierre sensible,

Câlinent pour toi les feux des rayons dévorants !

Que l’Automne aussi fasse éclore

Autour de toi des rejetons nombreux ;

Que de l’Hiver le souffle rigoureux

S’adoucisse et t’épargne encore !

Ah ! comme ta suave odeur.

Qui parfume les airs sans dévoiler tes charmes.

Que ne puis-je, du pauvre eu essuyant les larmes.

Lui dérober l’aspect du bienfaiteur !

Timide comme toi, je veux dans la retraite

Et dans l’oubli passer mes jours ;

Un peu d’encens vaut-il ce trouble qui toujours

Poursuit notre gloire inquiète ?

Simple en mes goûts, de paisibles loisirs

Rendent mon âme satisfaite ;

Mon cœur contente mes désirs.

Puisque l’amitié le répète.

L’avenir m’oubliera ; mais, chère à mon époux.

Dans mon enfant trouvant mon bien suprême,

Bornant le monde à ce que j’aime,

Je n’étonnerai point le vulgaire jaloux.

Oui, comme toi cherchant la solitude,

Ne me plaisant qu’en ces vallons déserts,

J’y viens rêver, et soupirer des vers

Qui ne doivent rien à l’étude.

D’où vient que je rougis, et qui me rend craintive ?

Quel désordre secret fait naître ma langueur ?

Je poursuis au hasard une ombre fugitive.

Et n’ose sur ses maux interroger mon cœur.

Je n’ose prononcer le nom qui m’inquiète,

Et ne puis sans trembler y songer seulement ;

Mais, hélas ! c’est en vain que ma bouche est muette.

Le cœur ignore-t-il ce qui fait son tourment ?

Je ne sais plus chanter et je ne sais rien dire ;

Mes regards sont baissés, ou rêveurs, ou distraits ;

Je crains de soupirer, et toujours je soupire,

Je me tais ou gémis, j’expire ou je renais.

Je frissonne, et bientôt une flamme rapide

En parcourant mes sens fait palpiter mon sein ;

A la fois délirante, incertaine, timide,

Je le cherche toujours, et toujours sans dessein.

S’il s’offre à mes regards, mon âme est éperdue ;

S’il s’éloigne, je meurs ! Trop tendre, je ne puis

Soutenir son départ ni supporter sa vue ;

Absent, je le souhaite, et présent je le fuis.

Qu’est-ce donc que je sens ? est-ce plaisir ou peine ?

De ce mal inconnu faut-il mourir un jour ?

Il me devient trop cher pour être de la haine.

Et me fait trop souffrir pour être de l’amour.

De ce refus pénétrez-vous la cause ?

Vous êtes belle, et j’ai quatre-vingts ans ;

Par un baiser je fanerais la rose,

Et ce serait un outrage au printemps.

Je dois laisser à la vive jeunesse

Ces biens si doux, elle a droit d’en jouir ;

De vos plaisirs il reste à ma vieillesse

Moins un regret qu’un heureux souvenir.

Pour un refus, ne croyez pas, bergère,

Que l’âge rende un cœur indifférent,

Mais un baiser pourrait-il satisfaire.

Ne causant plus le plaisir que l’on sent ?

Je m’en souviens, j’avais une maîtresse.

Belle, modeste ; et fraîche comme vous ;

Elle eut vos traits, j’avais votre jeunesse,

Et c’est alors que les plaisirs sont doux.

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Autor
Anne-Marie de Beaufort d'Hautpoul
Título
Mme d’Hautpoul
Lengua
francés
Época
Romanticismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-mme-dhautpoul--anne-marie-de-beaufort-d-hau-b862f7
Cita recomendada
Anne-Marie de Beaufort d'Hautpoul, «Mme d’Hautpoul», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-mme-dhautpoul--anne-marie-de-beaufort-d-hau-b862f7.html

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