Plus jeune que ses sœurs, pas encore aussi belle,
Et telle qu’une fleur que le bouton recèle»
Déidamie, à peine au printemps de ses jours,
Joint les traits de Vénus à l’age des amours.
Pour la première fois son beau teint se colore
De ce rouge ingénu qui l’embellit encore ;
De sa nouvelle sœur elle approche en tremblant,
La reçoit dans ses bras avec frémissement ;
Achille a partagé le trouble de son âme ;
Sa grâce le ravit, son désordre l’enflamme ;
Combien il va chérir ce vêtement trompeur
Qui seconde l’amour sans blesser la pudeur !
En vain autour de lui tant de beautés s’empressent.
Il n’est plus qu’un objet â qui ses vœux s’adressent ;
Admis à leurs plaisirs, se mêlant à leurs jeux,
Il ne suit que ses pas, ne cherche que ses yeux ;
Il lui lance un regard, puis un regard plus tendre ;
Déidamie encor ne sait pas les entendre.
Pourtant elle rougit, un trouble plein d’appas
Lui révèle un danger qu’elle ne connaît pas.
À la course il la suit, l’atteint bientôt, l’arrête,
La presse dans ses bras, pour prix de sa conquête ;
La frappe avec douceur d’un thyrse verdoyant.
Lui demande un baiser qu’elle évite en riant ;
Détache ses cheveux, de roses les couronne ;
Saisit avec transport la fleur qu’elle abandonne.
Dans ces aimables jeux ils finissent le jour.
Souriant de bonheur, d’innocence et d’amour.
Ô fille du printemps ! douce et touchante image
D’un cœur modeste et vertueux,
Du sein des verts gazons, tu remplis ce bocage
De tes parfums délicieux.
Que j’aime à te chercher sous l’épaisse verdure
Où tu crois fuir mes regards et le jour!
Au pied d’un chêne vert qu’arrose une onde pure,
L’air embaumé m’annonce ton séjour ;
Mais ne crains pas cette main généreuse ;
Sans te cueillir j’admire ta fraîcheur ;
Je ne voudrais pas être heureuse
Aux dépens même d’une fleur.
Reste sur ta tige flexible.
Jouis des beaux jours du printemps ;
Que la douce haleine des vents,
Et ces rameaux, et ce lierre sensible.
Calment pour toi les feux des rayons dévorants!
Que l’automne aussi fasse éclore
Autour de toi des rejetons nombreux!
Que de l’hiver le souffle rigoureux
S’adoucisse et t’épargne encore !
Ah ! comme ta suave odeur,
Qui parfume les airs sans dévoiler tes charmes,
Que ne puis-je, du pauvre en essuyant les larmes,
Lui dérober l’aspect du bienfaiteur!
Timide comme toi, je veux dans la retraite
Et dans l’oubli passer mes jours :
Un peu d’encens vaut-il ce trouble qui toujours
Poursuit notre gloire inquiète ?
Simple en mes goûts, de paisibles loisirs
Rendent mon âme satisfaite ;
Mon nom contente mes désirs,
Puisque l’amitié le répète.
L’avenir m’oublira ; mais chère à mon époux,
Dans mes enfants trouvant le bien suprême T
Bornant le monde à ce que j’aime.
Je n’étonnerai point le vulgaire jaloux.
Oui, comme toi cherchant la solitude.
Ne me plaisant qu’en ces vallons déserts.
J’y viens rêver, et soupirer des vers
Qui ne doivent rien à l’étude.
De ce refus pénétrez-vous la cause ?
Vous êtes belle, et j’ai quatre-vingts ans ;
Par un baiser je fanerais la rose,
Et ce serait un outrage au printemps.
Je dois laisser à la vive jeunesse
Ces biens si doux, elle a droit d’en jouir ;
De vos plaisirs il reste à ma vieillesse
Moins un regret qu’un heureux souvenir.
Pour un refus, ne croyez pas, bergère,
Que l’âge rende un cœur indifférent ;
Mais un baiser pourrait-il satisfaire,
Ne causant plus le plaisir que l’on sent ?
Je m’en souviens, j’avais une maîtresse.
Belle, modeste, et fraîche comme vous ;
Elle eut vos traits, j’avais votre jeunesse.
Et c’est alors que les baisers sont doux.
D’Hautpoul sait plaire autant que les plus beaux esprits,
Quand sa pensée, et noble et tendre,
S’écoule de sa lèvre, ou règne en ses écrits :
Heureux qui peut la lire, heureux qui peut l’entendre !