Toi dont la voix brillante a volé sur nos rives,
Toi qui tiens dans Paris nos muses attentives,
Qui sait si bien associer
Et la science et l’art de plaire,
Et les talents de Deshoulière
Et les études de Dacier,
J’ose envoyer aux pieds de ta Muse divine
Quelques faibles écrits, enfants de mon repos,
Charles fut seulement l’objet de mes travaux,
Henri Quatre fut mon héros,
Et tu seras mon héroïne.
Des vers faits aisément sont rarement aisés.
Il est des femmes beaux esprits :
À Pindare autrefois, dans les jeux Olympiques,
Corinne des succès lyriques
Très souvent disputa le prix.
Pindare, assurément, ne valait pas Voltaire,
Corinne valait mieux que moi :
Qu’il faudrait être téméraire
Pour entrer en lice avec toi !
Mais je le suis assez pour désirer de plaire
À l’écrivain dont le goût est ma loi.
Si tu daignais sourire à mes ouvrages.
Quel sort égaierait le mien !
Tu réunis tous les suffrages,
Et moi je n’aspire qu’au tien.
Vous n’êtes point la Desforges-Maillard :
De l’Hélican ce triste hermaphrodite
Passa pour femme, et ce fut son seul art ;
Dès qu’il fut homme, il perdit son mérite.
Vous n’êtes point, et je m’y connais bien.
Cette Corinne et jalouse et bizarre
Qui par ses vers, où l’on n’entendait rien,
En déraison l’emportait sur Pindare.
Sapho, plus sage, en vers doux et charmants
Chanta l’amour ; elle est votre modèle.
Vous possédez son esprit, ses talents ;
Chantez, aimez, Phaon sera fidèle.