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PoetósferaLa BibliotecaMaurice Rollinat

Maurice Rollinat · Modernismo

Les Météores (Rollinat)

francés

Hugo ! monde farouche ! Etna de poésie !

Pour l’éteindre, la mer n’aurait pas assez d’eau.

Prodigieux contraste ! immense fantaisie !

Créant Esméralda près de Quasimodo !…

Hugo ! c’est le clairon gigantesque qui sonne

La fanfare du droit et de la liberté !

Et ses vers, blancs chevaux que l’art caparaçonne,

Galopent dans la nuit du rêve illimité.

Barbier ! brasier lyrique où l’ïambe s’allume !

Forge cyclopéenne et rugissante ! enfer

Où le métal rougi se tord sur une enclume

Que martèlent sans fin des assommeurs de fer.

Lamartine ! Eden pur où des harpes étranges

Vibrent si doucement dans un air embaumé

Qu’on dirait un écho de la lyre des anges

Tombé du haut du ciel sur le monde charmé.

Alexandre Dumas ! où les drames bouillonnent,

Phalange de héros fiers comme des défis !

Vaste océan d’humour que les rires sillonnent,

O colosse ! à quelle œuvre énorme tu suffis.

Balzac ! burin du siècle imprégné de névrose

Qui, sur tous les métaux avec férocité,

Se condamne à graver des poèmes en prose

Où vibrent les sanglots de la modernité.

Balzac ! sombre théâtre où l’humanité joue,

Rue étrange où l’avare au bras de la catin

Passent, la boue au cœur et le fard sur la joue,

Suivis de l’adultère infâme et clandestin !

George Sand ! à jamais reine des bucoliques !

Musique des baisers d’une exquise longueur !

Clairière de l’extase, où les mélancoliques

Vont se griser d’amour, de vague et de langueur.

Musset ! île de foi dans l’océan du doute,

Rêve d’amour éclos sur un corps acheté,

Poison délicieux qu’on aime et qu’on redoute

Tant l’ivresse qu’il donne a de morosité.

De Vigny ! crépuscule automnal où l’on hume

Le mystère des bois, où l’oiseau jase encor

Et qu’attriste parfois au milieu de la brume

La fanfare plaintive et lointaine du cor.

Gautier ! ciseau païen sculptant dans la matière

Les glorieux contours d’un buste sans égal,

Palais de la couleur, où la nature entière

Rit sur des plafonds d’or embrumés d’idéal.

Bouilhet ! ravin boisé dont les bruits vous enchantent,

Savoureur d’exotisme et barde magicien,

Qui dans un chatoiement d’escarboucles qui chantent

Evoque tout un monde antédiluvien.

Flaubert ! scalpel des sens et bistouri de l’âme

Qui fouille l’être et sonde impitoyablement

Cette lubricité qui s’appelle : la femme,

Et cette lâcheté qui s’appelle : l’amant.

Baudelaire ! Élixir de spleen et d’ironie,

Harem vertigineux des modernes Saphos !

Bal sinistre où l’orchestre a des sons d’agonie,

Et que la mort traverse en agitant sa faux.

Pierre Dupont ! senteur, âme des sapinières,

Hymne des raisins mûrs et des jaunes épis,

Clair de lune irisant les flaques des marnières,

Pacage ensoleillé plein de bœufs accroupis.

Barbey d’Aurevilly ! c’est la plume effroyable,

La plume qui fait peur au papier frémissant,

Car elle écrit les mots que lui dicte le diable

Avec du vitriol, des larmes et du sang.

Banville ! buisson vert où fauvettes et merles

Chantent avec tant d’art que plus d’un rossignol

Jalouse leur gosier d’où s’échappent en perles

Le lyrisme d’Orphée et l’entrain de Guignol !

Et Leconte de Lisle ! âme des pics farouches

Contre qui vainement la foudre se rua !

Forêt vierge où se mêle au vol des oiseaux-mouches

Le rampement du tigre et du serpent boa.

Poètes ! vin du cœur ! suprême friandise !

Je m’abreuve à longs traits de vos chères saveurs !

La vie est un enfer où je m’emparadise

Puisque je bois votre âme, ô sublimes rêveurs !

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Por su autor
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Expediente

Autor
Maurice Rollinat
Título
Les Météores (Rollinat)
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-les-meteores-rollinat--maurice-rollinat-ae62da
Cita recomendada
Maurice Rollinat, «Les Météores (Rollinat)», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-les-meteores-rollinat--maurice-rollinat-ae62da.html

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