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PoetósferaLa BibliotecaThéodore de Banville

Théodore de Banville · Modernismo

La Muse des chansons

francés

Vous pour qui chante l’Art dans un rhythme adoré

Et qu’enivre à longs flots ma sœur la Poésie,

Chère foule, et toi monde élégant et doré

Qui vis par le loisir et par la fantaisie !

Recevez-moi ; je suis la Muse des Chansons.

Le vin pur de ma coupe endort toute souffrance ;

J’y goûte en souriant, et j’ai pour échansons

Tous ceux que charme encor le doux nom de la France.

Gloire, jeunesse, amour, son passé sans pareil

Est tout entier vivant dans la rime lyrique,

Et, génie aux yeux d’or, notre riant soleil

Comme nos vins sacrés dore notre musique.

Hugo, Musset, Gautier, ces inspirés du chant,

L’ont tour à tour chérie et prise pour hôtesse,

Ravis par sa jeunesse éternelle, et sachant

Qu’elle a quand il lui plaît la joie et la tristesse.

Et plus d’un qu’après eux les jeunes gens ont lu

Comme un maître nouveau, savant en l’art d’écrire,

S’est épris de ma voix, si bien qu’il a voulu

Voir à travers mes pleurs rayonner mon sourire.

Car je suis le Regret, ce doux cygne chanteur,

Et je suis l’Espérance à la tête voilée,

Et j’anime à la fois de mon souffle enchanteur

Et la flûte légère et la lyre étoilée.

Ô cœurs blessés, cœurs fiers qui pouvez contenir

Toute une mer sauvage et ses folle sécumes,

Ô souffrances en deuil, qui du ressouvenir

Goûtez avec bonheur les froides amertumes !

Et vous, belles enfants pareilles à des fleurs,

Vous pour qui la Musique est une sœur divine

À qui vous confiez vos secrets et vos pleurs,

Qu’elle sait consoler puisqu’elle les devine !

Fronts d’œillets et de lys par la grâce arrosés,

Vous qui comptez votre âge en comptant des aurores,

Et dont les doigts mignons et les ongles rosés

Éveillent mille voix dans les claviers sonores !

Ô célestes regards, blanches mains, tendres voix,

Contez-moi longuement les plaintes de vos âmes,

Comme vous les contez aux rossignols des bois

Par les minuits de juin, sous les cieux tout en flammes.

Car souvent j’ai surpris, cachée au bord des eaux,

Les strophes de leur chant par le flot applaudies,

Et de ma lèvre rose, ainsi que des oiseaux,

S’envolent des essaims de fraîches mélodies.

Je n’ai pas à la main de cahiers d’opéra ;

Ma courte symphonie, où la brise soupire,

C’est Ce que vous voudrez, ou Comme il vous plaira

Comme la comédie au temps du bon Shakspeare.

Pour ce prologue en vers, écrit par les chemins,

Il ne dit rien qui vaille, et la faute en est mienne ;

Pourtant si son babil vous plaît, battez des mains

Pour fêter le poëte et la comédienne.

Quant au musicien, mes sœurs, je lui rendrai

Ces applaudissements partis de vos mains blanches,

Si quelqu’une de vous n’a pas encor pleuré

Quand il vous aura dit Le Ravin des Pervenches.

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Por su autor
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Autor
Théodore de Banville
Título
La Muse des chansons
Lengua
francés
Época
Modernismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-la-muse-des-chansons--theodore-de-banville-fc88d3
Cita recomendada
Théodore de Banville, «La Muse des chansons», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-la-muse-des-chansons--theodore-de-banville-fc88d3.html

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