Il dort encore, une main sur la lyre !
Il ne verra ni mon triste délire
Ni ces longs pleurs qui tombent de mes yeux.
Charmeur divin, tandis que tu sommeilles,
Autour de toi voltigent les abeilles :
Le doux poëte est l’envoyé des Dieux !
La blanche étoile errante aux cieux t’adore.
Ferme tes yeux ravis, sommeille encore,
Anacréon, chanteur mélodieux !
Tandis que fuit la nuit enchanteresse,
Qu’un rhythme heureux te berce et te caresse :
Le doux poëte est l’envoyé des Dieux !
.mw-parser-output .ws-mpom-strophe{display:inline-block;page-break-inside:avoid;break-inside:avoid}Avant de s’endormir, le maître
Écrivait là. Des vers, peut-être,
Pour charmer ces ombrages verts ?
Lisons-les. J’aime tant ses vers !
Que vois-je ? ô cruel ! ô perfide !
« Anacreon à Simonide :
» Tu dis que mon esclave Hymnis
» A la fière beauté d’un lys
» Et remplit tes regards de joie.
» Accepte-la, je te l’envoie.
» Elle excelle à mêler un chant
» Aux soupirs du luth !... »
» Aux soupirs du luth !… »Ô méchant !
Hymnis ! Tes yeux de violettes
Pleurent ?
Pleurent ?Oui. J’ai lu ces tablettes.
Me donner ! moi ! Cruel !
Me donner ! moi ! Cruel !Eh bien !
Pourquoi pas ?
Pourquoi pas ?Dieux ! Ce n’est donc rien
D’avoir en esclave fidèle
Servi mon maître !
Servi mon maître !Que dit-elle ?
Ce n’est donc rien d’avoir été
Chaque jour, hiver comme été,
Soumise à ton moindre caprice,
Sans que mon zèle s’amoindrisse ?
D’avoir vécu toute pour toi ?
Je ne connaissais qu’une loi,
Ta volonté !
Ta volonté !Bon. Qui le nie ?
Être fière de ton génie,
T’environner comme un enfant
Qu’on encourage et qu’on défend,
Avec qui l’on rit et l’on pleure,
C’était ma vie !
C’était ma vie !À la bonne heure.
Tous mes regards suivaient tes pas.
Et tu me donnes !
Et tu me donnes !Pourquoi pas ?
Sous nos pas le ciel a mis
Tous les trésors les plus rares !
Sachons n’être point avares,
Et donner à nos amis
Les biens dont toujours s’affame
Notre esprit.
Notre esprit.Même une femme !
Une femme ? Assurément !
Donner, quoi de plus charmant ?
Le clair soleil donne au monde
L’or de sa lumière blonde,
L’éclair de son feu vermeil,
Et la rose avec délice,
Nous donne son frais calice
À ton sourire pareil !
Le ruisseau d’argent nous donne
Son frais murmure, et l’automne
Le raisin noir et le vin.
À leur exemple fidèle,
Comme eux je donne, ma belle,
Ce que j’ai de plus divin !
Hélas ! comme il me méprise !
Ô mon pauvre amour en fleur !
Je sens que mon cœur se brise
De colère et de douleur !
Comme la chèvre au cytise,
Je ris à la vie en fleur ;
Tous les biens, je les méprise,
Car l’avare est un voleur !
J’obéis, et d’un pas rapide,
Je vais aller chez Simonide.
Poëte aux paroles de feu,
On dit qu’il est beau.
On dit qu’il est beau.Comme un dieu.
Mais par ses vers on le devine.
La strophe, musique divine,
Sur ses lèvres semble un doux miel !
Il parle la langue du ciel.
Je vais donc le trouver.
Je vais donc le trouver.Barbare !
Mais dis, faut-il que je me pare,
Pour ravir ses yeux étonnés,
Des joyaux que tu m’as donnés ?
Sans doute. Prends les pierreries,
Les joyaux aux flammes fleuries.
Quand on donne, il faut donner bien.
Qu’un diadème lydien
Environne ta chevelure.
Sur ton épaule blanche et pure
Jette les colliers de rubis.
Que l’émeraude en tes habits
Coure avec la lueur des vagues.
Mets des bracelets et des bagues !
Je ne laisserai rien ici…
Que mon cœur !
Que mon cœur !Oui, prends tout.
Que mon cœur !Oui, prends tout.Merci.
Je m’en vais t’obéir sur l’heure,
Mon maître !
Mon maître !On dirait qu’elle pleure.
Mais les femmes pleurent toujours !
Dans leurs chagrins, dans leurs amours,
Elles conservent la ressource
De pouvoir se changer en source.
Je sais qu’elles aiment les fleurs
Et les colliers d’or, mais les pleurs
Sont la parure préférée
Des Grâces et de Cythérée.
Quand par un jour de soleil
Le roi Zeus créa la femme,
Il mit sur son front vermeil
Les douceurs d’un pur dictame.
Il mit sur ses bras tremblants
Et sur ses lèvres mi-closes
La majesté des lys blancs
Et l’éclat sanglant des roses.
Ce Roi dans ses fiers sourcils
Où sommeille la nuit noire,
Mit les Désirs indécis
Et l’orgueil de la victoire.
Il mit dans sa douce voix
Pour bercer tous nos délires,
Le vivant frisson des bois
Pleins de chants et de sourires.
Puis, pour augmenter encor
Ces attraits et tous ces charmes,
Enfin, pour dernier trésor
Dans ses yeux il mit des larmes.
Si vous voulez être adorés,
Beaux yeux, c’est le moyen, pleurez !
Moi, je ris. Nature, ô ma mère !
Fou qui trouve la vie amère,
Lorsque, pour nous charmer, les Dieux
Ont fait le chant mélodieux
Et le vin de pourpre et le rire.
Quel est ce doux bruit qui m’attire ?
Ô toi, qui domptant le vautour,
Mets le même frisson d’amour
Dans les ailes et les corolles,
Et qui courbes les herbes folles !
Ô Reine qu’appellent nos vœux,
Toi qui souffles dans nos cheveux
Et qui transfigures notre être,
Aphroditè, désir de naître,
C’est toi, Déesse aux pieds légers,
Que nomment sous les orangers,
Unissant leurs chansons aux miennes,
Les jeunes filles samiennes.
Blanche perle du flot dormant,
Elles chantent folâtrement
Ta joie et tes métamorphoses,
En effeuillant les pâles roses
Et les églantines des bois.
Écoutons leurs charmantes voix.
Aphroditè, l’Aurore
AphroditèT’adore.
Sous les clairs firmaments,
La mer bleue et sonore
Baise tes pieds charmants !
La vague enchanteresse
La VagueCaresse
Tes bras glacés encor,
Et sur ton cou, Déesse,
Frissonnent des fleurs d’or.
Ô toi qui d’étincelles
Ô toi quiRuisselles
Parmi les frais zéphyrs,
Répands sur nous les ailes
De tes fils, les Désirs !
Avec ce chant qui me caresse,
Je ne sais quelle folle ivresse
M’environne et vient me saisir.
Ô tyran des âmes, Désir,
C’est toi qui me prends à ton piège !
Hymnis ! J’aime son bras de neige
Sous ce bracelet rayonnant !
Suis-je assez belle maintenant
Pour être offerte à Simonide ?
Comment me trouves-tu ?
Comment me trouves-tu ?Splendide.
Et je donne ce trésor ! Mais
Par Bacchos ! je n’ai fait jamais
Rien de plus fou !
Rien de plus fou !Donc, je suis belle ?
Telle de l’écume rebelle
Naquit Cypris au divin nom !
Eh bien ! sois content. Je pars.
Eh bien ! sois content. Je pars.Non,
Pas encor.
Pas encor.Viens. Le soleil joue
Parmi les roses de ta joue ;
J’en veux faire un friand repas,
Hymnis !
Hymnis !Non ! Tu ne m’aimes pas !
Eh ! qu’importe, blancheur de cygne !
Le sang glorieux de la vigne,
Le vin adorable et vainqueur,
Lorsqu’il me met la joie au cœur
Me demande-t-il si je l’aime ?
Enivre-moi, vivant poème !
Sommeille ! Laisse-moi poser
Sur tes bras nus un long baiser
Et baisse ta prunelle noire !
L’Amour, si j’ai bonne mémoire,
Est de la race des Titans ;
On l’a vu jeune, mais du temps
Des Typhons et des Polyphèmes.
Il doit être mort !
Il doit être mort !Tu blasphèmes !
Tais-toi !
Tais-toi !Non !
Tais-toi ! Non !Tiens ! Au ciel serein
La foudre avec sa voix d’airain
Gronde ! Tiens, la pluie et l’orage
Se sont déchaînés avec rage.
C’est Zeus qui pleure dans l’éther.
Les fauves serpents de l’éclair
Poursuivent l’aigle dans son aire !
Tout succombe et meurt.
Tout succombe et meurt.Le tonnerre
Éclate !
Éclate !Vois. Ses derniers coups
Ont déraciné près de nous
Cet arbre, géant comme Antée !
C’est vrai. La terre épouvantée
Gémit. On dirait qu’en ce lieu
Hymnis, il va venir un dieu !
Pan, pan, pan ! Ouvrez la porte
Et daignez me secourir !
On a frappé.
On a frappé.Que m’importe !
Ouvrez-moi ; je vais mourir
Si votre cœur me repousse !
N’ouvre pas, c’est un voleur.
Avec cette voix si douce !
Prends pitié de son malheur.
Accueillez-moi, je succombe.
Je ne suis qu’un pauvre enfant.
Contre l’orage qui tombe
Nul abri ne me défend.
Sur mes yeux, qu’en vain j’essuie,
Tressaille un souffle inconnu ;
Mon manteau trempé de pluie
Ruisselle, et mon front est nu !
Vois, l’orage augmente encore !
Le ciel est tout obscurci.
J’ouvre au passant qui t’implore.
Entre, voyageur.
Entre, voyageur.Merci.
Qu’il est beau ! ses grands yeux
Qu’il esSous leurs voiles,
Ses yeux délicieux
Ont l’éclat radieux
Qu’il esDes étoiles !
Ah ! prends garde à mes yeux !
Qu’il esSous leurs voiles,
Mes yeux malicieux
Ont l’éclat radieux
Qu’il esDes étoiles !
Errant, chasseur lassé
Qu’il esDans la plaine,
Les ronces m’ont blessé ;
L’eau du ciel a glacé
Qu’il esMon haleine !
Son front de flamme et d’or
Qu’il esÉtincelle ;
Mais sur ce fier trésor
Je sens la pluie encor
Qu’il esQui ruisselle !
Donc les Dieux inhumains
Qu’il esT’abandonnent !
J’errais par les chemins !
Viens, réchauffons ses mains
Qu’il esQui frissonnent !
Qu’il est beau ! ses grands yeux
Qu’il esSous leurs voiles,
Ses yeux délicieux
Ont l’éclat radieux
Qu’il esDes étoiles !
Ah ! prends garde à mes yeux !
Qu’il esSous leurs voiles,
Mes yeux malicieux
Ont l’éclat radieux
Qu’il esDes étoiles !
Le pauvre enfant ! Vois comme il tremble.
Ce n’est rien, mon hôte.
Ce n’est rien, mon hôte.Il ressemble
À Cypris. Ses yeux ingénus
Pleurent !
Pleurent !Essuyons ses bras nus.
Donc, tandis que l’ouragan sombre
Dans les sentiers du bois plein d’ombre
Met en fuite même les loups,
Et tandis que le vent jaloux
Gémit éploré dans les feuilles,
Toi, bon étranger, tu m’accueilles !
Oui, par la déesse Erato !
Hymnis, fais sécher ce manteau.
Va.
Va.Je ne sais quelle espérance
Naît en moi !
Naît en moi !J’ai vu ta souffrance,
Ô pauvre lys déjà penchant !
Mais, dis, —
Mais, dis,Veux-tu que ce méchant
Tombe à tes pieds et ne respire
Que pour épier ton sourire,
Et désormais n’aime plus rien
Que toi ?
Que toi ?Si je le veux !
Que toi ?Si je le veux !Eh bien…
J’obéirai !
J’obéirai !Goûte, cher hôte.
À ces fruits. Ne t’en fais pas faute.
Tiens, prends.
Tiens, prends.Non. Je n’en mange pas.
Quoi ! Tu dédaignes les appas
De ces raisins aux lueurs chaudes
Semblables à des émeraudes,
Et ces figues, dont le doux miel
Attire les oiseaux du ciel,
Caché sous une écorce dure ?
Oui.
Oui.Quelle étrange nourriture
Aimes-tu donc ?
Aimes-tu donc ?Je me nourris
De vains désirs, d’espoirs flétris,
D’un soupir joyeux ou frivole,
D’un parfum de rose, qui vole
Près de moi dans l’air adouci,
Comme en un rêve.
Comme en un rêve.Oh ! qu’est ceci ?
Voilà de la viande bien creuse.
Avec sa mine aventureuse
Cet enfant se moque de moi.
Bois donc ce vin digne d’un roi,
Dont le flot, plein de soleil jaune,
Fait délirer le jeune faune
Qui danse en riant dans les bois !
Tiens.
Tiens.Non.
Tiens.Non.Que bois-tu donc ?
Tiens.Non.Que bois-tu donc ?Je bois
Un vin amer et plein de charmes,
Qui parfois a le goût des larmes.
Voilà de quoi mourir de faim
Et de soif !
Et de soif !Tu crois ?
Et de soif !Tu crois ?Mais enfin,
Réponds, enfant à l’âme fière ;
Pour errer seul dans la clairière
Avec le pâtre et le bandit,
Qui donc es-tu ?
Qui donc es-tu ?Je te l’ai dit :
Un chasseur.
Un chasseur.Un voleur, sans doute !
Soir et matin, je suis en route
À travers chemins et ruisseaux,
Chassant la biche ou les oiseaux
Dans l’herbe, de rosée humide,
Et poursuivant le cerf timide
Jusque dans son dernier abri.
Quoi donc ! Tu n’es pas attendri
De voir sur sa tremblante vie
Pleurer la biche poursuivie,
Triste, et déjà morte à moitié ?
Je ne connais pas la pitié.
L’oiseau qui se lamente
LaEn de longs appels,
La gabelle charmante,
LaLes aigles cruels,
Tout ce que la nature
Cache en sa nuit obscure,
Craint la folle morsure
LaDe mes traits mortels !
Dans le ciel roseAh !
DansC’est mon bonheur, dès que l’aurore
Dans le ciel rose au loin prend son essor,
DansD’éveiller la forêt sonore
Et les vallons dormants, au bruit du cor !
Parmi les monts sublimes
PaErrant à loisir,
Tourmenter des victimes,
PaVoilà mon désir.
Lorsque ma proie expire,
Je ne fais que sourire,
Et son cruel martyre
PaEst mon seul plaisir !
Dans le ciel roseAh !
DansJ’éveille la forêt sonore
Et les vallons dormants, au bruit du cor,
DansEt la même ardeur me dévore
Quand sur les monts paraît le soleil d’or !
Dans le ciel roseAh !
DansC’est son bonheur, dès que l’aurore
Dans le ciel rose au loin prend son essor,
DansD’éveiller la forêt sonore
Et les vallons dormants, au bruit du cor !
Mais toute la nature en fête
S’éveille. Au revoir, mon poëte.
Car, tandis qu’ici nous parlons,
Le gai soleil, sur les vallons
D’où montent de blanches fumées,
Verse des roses enflammées
Et paraît dans son char de feu,
Mon hôte.
Mon hôte.Quoi ! tu pars !
Mon hôte.Quoi ! tu pars !Adieu.
Oh ! ne me prive pas de ta vue adorable,
Mystérieux chasseur, de grâce revêtu !
Si. Tu m’as accueilli souffrant et misérable,
Et maintenant, je pars.
Et maintenant, je pars.Bel enfant, où vas-tu ?
Au bois sombre, où gémit, près du chêne abattu,
Au bois sLe vert feuillage de l’érable !
Au bois somVoyons, pour m’enfuir là-bas,
Plus léger que l’hirondelle,
Si les pleurs du ciel n’ont pas
Détendu mon arc fidèle.
Que fais-tu ?
Que fais-tu ?Rien. C’est par jeu.
Tu m’as blessé.
Tu m’as blessé.Chose sûre.
Je t’ai blessé, mais dans peu
Tu chériras ta blessure.
Peut-être, bel enfant ; mais reste encor !
Peut-être, bel enfant ; mais reste encor !Adieu.
Voyez ! j’encourage
Ce cruel enfant,
Et contre l’orage
Mon toit le défend !
L’ingrat tout à l’heure
M’en fait repentir :
Et pourtant je pleure
De le voir partir !
Sans craindre ma rage,
Ce poëte enfant
Jetait son outrage
Au dieu triomphant !
Mon arc tout à l’heure
L’en fait repentir :
Cependant il pleure
De me voir partir !
Reste, enfant à l’œil de feu
Éclatant comme une aurore !
Je m’enfuis vers le ciel bleu
Et vers la forêt sonore.
Ainsi je perds tes yeux, ta voix, ton front de lys !
Je ne te verrai plus !
Je ne te verrai plus !Si. Dans les yeux d’Hymnis !
Voyez ! j’encourage
Ce cruel enfant,
Et contre l’orage
Mon toit le défend !
L’ingrat tout à l’heure
M’en fait repentir :
Cependant je pleure
De le voir partir !
Sans craindre ma rage,
Ce poëte enfant
Jetait son outrage
Au dieu triomphant !
Mon arc tout à l’heure
L’en fait repentir :
Cependant il pleure
De me voir partir !
Venu dans l’orage,
Ce divin enfant
A rempli de rage
Mon cœur triomphant !
C’est moi tout à l’heure
Qui devais partir :
Mais l’ingrat qui pleure
Va se repentir !
Dieux ! Hymnis ! pâle, épouvantée
Sous la nébride tachetée !
Enfant, quel est ce cruel jeu ?
Dis ?
Dis ?Je vais où m’emporte un dieu !
DansÀ toi Lyæos,
DansGlorieux Bacchos !
Dans l’ardeur qui me déchire,
DansLe cœur plein de toi,
DansJe t’offre, ô mon roi,
Ma fureur et mon délire !
Dans lePour t’accueillir
Dans leJe vais cueillir
Dans leJe vaLa menthe,
Dans leEt dans les bois
Dans leJe suis ta voix
Dans leJe vaCharmante.
DansVerse, ô jeune dieu,
DansTon nectar de feu
Dans le cœur de ton amante !
Hymnis !
Hymnis !Le plaisir est ma loi !
Viens, ma colombe.
Viens, ma colombe.Laisse-moi.
Chère Hymnis !
Le remEffeuillons les roses !
Le remède aux ennuis moroses,
C’est la volupté.
C’est la volupté.C’est l’amour !
Non ! Je veux au bruit du tambour,
Mener les danses provocantes,
Bromios ! avec tes bacchantes !
PleiLe thyrse à la main,
PleiJe suis ton chemin
Plein de chants et de lumière.
PleiMon pied bondissant
PleiVers les bois descend,
Et mon front est ceint de lierre !
Et monÔ dieu des forts,
Et monQui seul endors
Et mon fronNos haines,
Mets leQui d’un baiser
Mets leSauras briser
Mets leSaurMes chaînes,
MetsDieu ressuscité
MetsPour la volupté,
Mets le soleil dans mes veines !
MetsPlus de lendemain !
MetsSon chant inhumain
Vole et fuit vers la lumière !
MetsSon pied bondissant
MetsVers les bois descend
Et son front est ceint de lierre !
Et son Amour des forts,
Et son Qui, seul, endors,
Et son fronNos peines,
Et son Que ton baiser
Et son Vienne embraser
Et son fronSes veines !
MetsÔ fils d’Astarté
MetsBrillant de clarté,
Reprends son cœur dans tes chaînes !
Non, ce n’est pas toi que j’entends,
Hymnis ! Quand l’aile du printemps
Ouvre le cœur de l’églantine,
C’est toi, vierge pâle et divine,
Front d’innocence couronne,
Qui chantes cet hymne effréné !
J’ai fait ce que tu me conseilles !
J’égrène les grappes vermeilles
Dans la coupe au robuste flanc,
Pour goûter leur précieux sang.
Je me voue au plaisir frivole,
Et ma chevelure s’envole,
Ivre et flottante, sur mon cou !
J’étais insensé. J’étais fou.
Mais ce passé, je le renie,
Et je vois ton âme infinie
Profonde comme le ciel bleu !
Pardonne-moi.
Pardonne-moi.Jamais. Adieu.
Je te quitte.
Je te quitte.Non. Que ta bouche
Ne dise plus ce mot farouche.
Oh ! reste encor pour m’enchanter !
Mais quoi ! tu ne peux me quitter ;
Comme Zeus la tremblante Europe,
Mon regard brûlant t’enveloppe.
Ô toi, seul trésor qui m’est cher !
Comme un trait fixé dans ta chair,
Partout, sur l’or du frais rivage,
Dans les bois, dans l’antre sauvage
Avec toi tu l’emporteras.
Où le fuiras-tu ?
Où le fuiras-tu ?Dans tes bras !
Hymnis ! ô moitié de moi-même,
Chère Hymnis ! je t’aime.
Chère Hymnis ! je t’aime.Je t’aime !
Ah ! nous sommes bénis !
Ah ! noPlus de fièvres !
Comme dans les doux nids,
Les chants naissent unis
Ah ! noSur nos lèvres !
Mais quel est ce chasseur
Mais qQui me garde
Ta charmante douceur,
Ô ma gloire ! ô ma sœur ?
Mais qTiens ! regarde !
C’est l’Amour !
C’est le dieuC’est l’enfant
C’est leQue la terre
Idolâtre et défend :
C’est le dieu triomphant
C’est leDe Cythère !
Ce héros dont le cœur
Ce HérEst sans voiles,
C’est le Roi, le vainqueur :
Sa voix guide le chœur
Ce HérDes Étoiles !