Ma vieille tante Gribiche,
.mw-parser-output .ws-mpom-strophe{display:inline-block;page-break-inside:avoid;break-inside:avoid}En fermant les yeux,
Ne laissa, n’étant pas riche,
Rien de précieux.
Hier on fit le partage
Du pauvre butin,
Et j’eus pour tout héritage
Son réveil-matin.
Or, cette samaritaine
Vient mal à propos :
Il faut à ma soixantaine
Beaucoup de repos.
Pour que le sommeil m’abrège
Un triste destin,
Voyons à qui donnerai-je
Mon réveil-matin ?
Ce petit clerc de notaire,
Que je vois là-haut,
A, dit-on, beaucoup à faire,
C’est ce qui lui faut.
Mais il lorgne la voisine,
Brune a l’œil mutin,
Qui lui tient lieu, j’imagine,
De réveil-matin.
Plus bas, quelle joie éclate ?
Bon, j’ai deviné
L’heureux ménage d’Agathe
Compte un premier né.
Dieu, quand il met sur la terre
L’ange ou le lutin,
Attache au cœur d’une mère
Un réveil-matin !
Oui j’ai besoin d’une riante image
Vienne parfois retremper mes esprits.
Ouand les chagrins énervent mon courage
J’élève au ciel mes regards attendris.
Pauvre isolée, au bonheur étrangèr,
Oui, l’amitié là-haut me tend les bras…
Je reverrai mes amis et mà mère :
C’est mon espoir, ne le détruisez pas !
Quand fatigués de la misère humaine
Nous murmurons contre un destin fatal,
Si nous cédons à l’envie, à la haine,
D’où vient la voix qui nous dit : tu fais mal ?
L’homme de bien, fort de sa conscience,
S’il a lutté peut sourire au trépas…
Il est au ciel un Dieu qui récompense :
C’est mon espoir, ne le détruisait pas !
Doux chantres de la nature,
Petits oiseaux, tout l’été,
Je vous donnais la pâture,
Vous m’apportiez la gaîté.
Les beaux jours vont disparaître
Mais mon cœur vous est connu :
N’oubliez pas ma fenêtre
Quand l’hiver sera venu.
Nous avions de douces choses
Pour déjeuner sans façons,
Vous du pain frais sous mes roses,
Moi des fruits et vos chansons.
De notre commun bien-être
Pour toucher le revenu,
N’oubliez pas ma fenêtre,
Quand l’hiver sera venu.
Que de fois, pauvre malade,
J’ai quitté mon oreiller
Pour vous payer d’une aubade
Qui m’aidait à travailler !
Vous qui jeûneriez peut-être
Sous les yeux d’un parvenu,
N’oubliez pas ma fenêtre,
Quand l’hiver sera venu.
Votre gaîté vive et franche
Peut combattre les autans.
Mais moi dont le front se penche
Verrai-je encor le printemps ?
J’attends l’arrêt du grand maître.
S’il ne m’est pas parvenu,
N’oubliez pas ma fenêtre,
Quand l’hiver sera venu !
Sous un vieux marronnier respecté par le temps
Jadis se rassemblaient les enfants d’un village.
La doyenne y tenait la veillée au printemps
Et du bel âge d’or renouvelait l’image.
Près de son banc d’honneur se groupait une cour
Qui n’avait pour tapis qu’un tertre de verdure.
Amour, joie, amitié régnaient en ce séjour,
C’est que la présidait maman Bonne-Aventure.
Maman Bonne-Aventure avait quatre-vingts ans,
Par un constant labeur, sa taille était ployée
Un bâton servait d’aide à se pas chancelans
Point de fils pour marcher à son bras appuyée.
On l’aimait, la plaignait elle plaisait à tors.
Elle avait douce voix et plus douce figure.
On vantait son esprit sans en être jaloux
Car l’amour guidait maman Bonne-Aventure.
Maman Bonne aventure, on la nommait ainsi,
Car ses prédictions étaient autant d’oracles ;
Commandait le respect, le méritait aussi,
Et conciliatrice elle fit des miracles.
Elle donnait espoir aux pauvres amoureux,
Saluait leur projets d’un favorable augure,
Ceux qu’elle avait unis se disaient tous heureux
Et chacun consultait maman Bonne-Aventure.
Maman Bonne-Aventure avait de gros trésors,
De trésors de récits des légendes bien sombres ;
Et quand elle contait il arrivait alors
Que l’esprit évoquait de fantastiques ombres.
On voyait s’approcher l’effrayant loup-garou
Dont elle dépeiganit les traits et la tournure ;
On entendait le cri du funèbre hibou
Elle contait si bien, maman Bonne-Aventure.
Maman Bonne-Aventure était très pauvre, hélas !
Malgré sa bonne humeur, un jour, c’est triste à dire,
Elle manqua de pain on ne le savait pas
Car fière elle cachait la faim sous un sourire.
On aurait pu prévoir, éviter ses douleurs,
Pourtant on se souvint qu’enfant de la nature
Elle avait adore quatre-vingts ans les fleurs,
Et sous les fleurs on mit maman Bonne-Aventure.
J’ai pour vous dès l’aube, ma belle,
Ravagé les épais buissons,
Et dans l’aubépine nouvelle
J’ai déniché de gais pinsons.
Pauvres petits ils vous appèlent,
Votre cœur est-il sans pitié ?
Et dans les notes qu’ils épèlent,
Ils vous diront mon amitié.
C’est le premier mai, douce amie,
Ah ! revêtez vos blancs atours,
En vain vous faites l’endormie,
Ouvrez votre porte aux amours.
Je vous fait part d’une nouvelle
Oui ne vous étonnera pas
J’ai cinquante ans ! la chose est telle.
J’y veux croire. Il le faut, hélas !
L’âge vient réclamer sa dette
Il faut l’acquitter simplement.
Et bon mal gré (c’est charmant !)
Sous son ordre courber la tête.
Ah ! que vous durez peu d’instant,
Jeunesse, grâce, insouciance !
La vieillesse, sans qu’on y pense.
Vient nous dire : Il est cinquante ans.
Donc je vais devenir maussade,
Ne plus m’amuser de vos jeux.
Mon esprit est déjà malade.
Mon regard a perdu ses feux.
Lus Ninons, rares en ce monde,
Ne laissèrent pas leur secret ;
Mais je vieillis sans le regret
D’une bouche plus ou moins blonde.
Je fais appel à ma mémoire :
Le passé remplit le présent :
L’avenir, qui donc ose y croire ?
On craint l’ennui que l’on pressent,
L’indifférence, ah ! triste chose !
Seule, tu pourrais m’attrister…
Mieux vaut encor te regretter,
Temps qui passas comme la rose.
Longtemps j’eus peur de la vieilless :
Je croyais (ce n’était pas bien)
Que, par égoïsme ou faiblesse,
Étant vieux, on n’aimait plus rien.
Mais j’aime encore un frais ombrage,
Un bon livre, un bouquet gentil,
Une soirée au franc babil :
J’aima surtout un gai visage.
Si, miracle ou métamorphose,
On m’offrait de me rajeunir,
Non, dirais-je, non, et pour cause :
Je veux encor, je veux vieillir.
Tout bonheur n’est éphémère.
Et j’aspire après le moment,
D’entendre d’un enfant charmant.
Ces mots si doux : « Bonjour, grand’mère ! »
Ah que vous durez peu d’instants,
Jeunesse, grâce, insouciance !
La vieillesse, sans qu’on y pense,
Vient nous dire : Il est cinquante ans.
Il parlait d’amour à la diable
Commen on en parle au régiment.
Il était drôle et très aimable,
Et savait rire au bon moment.
Il folâtrait de l’une à l’autre,
Égrenant des propos joyeux,
Je craignais peu le bon apôtre
Et bravais l’éclair do ses yeux.
De ses yeux dont la folle ivresse
Promettait amour et bonheur,
Cherchant un retour de tendresse,
Qui faisait battre plus d’un cœur.
Chacune prenait pour soi-même
― On a son grain de vanité ―
Ce regard qui disait : je t’aime !
Tout innocemment… l’effronté.
Vous ai-je dit qu’il était brave,
Qu’il était fier comme un amant,
Ou’il était très gai, puis très grave,
Ou’il était… beau ? non… mais charmant.