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PoetósferaLa BibliotecaAlphonse de Lamartine

Alphonse de Lamartine · Romanticismo

Deux poésies d’A. de Lamartine

francés

Le soleil du désert ne luit plus sur ta lame,

Ô mon large yatagan, plus poli qu’un miroir,

Où Kaïdha mirait son visage de femme,

Comme un rayon sortant des ombres d’un ciel noir !

Tu pends par la poignée au pilier d’une tente,

Avec mon narghilé, ma selle, et mon fusil,

Et semblable à mon cœur, qui s’use dans l’attente,

La rouille et le repos te dévorent le fil !

Et toi, mon fier Sultan, à la crinière noire,

Coursier né des amours de la foudre et du vent,

Dont quelques poils de jais tigraient la blanche moire,

Dont le sabot mordait sur le sable mouvant,

Que fais-tu maintenant, cher berceur de mes rêves ?

Mon oreille aimait tant ton pas mélodieux,

Quand la bruyante mer, dont nous suivions les grèves,

Nous jetait sa fraîcheur et son écume aux yeux !

Tu rengorgeais si beau ton cou marbré de veines

Quand celle que ma main sur ta croupe élançait,

T’appelait par ton nom, et, retirant tes rênes,

Marquetait de baisers ton poil qui frémissait !

Je la livrais sans peur à ton galop sauvage :

La vague de la mer, dans le golfe dormant,

Moins amoureusement berce près du rivage

La barque abandonnée à son balancement.

Car, au plus léger cri qui gonflait sa poitrine,

Tu t’arrêtais, tournant ton bel œil vers tes flancs,

Et, retirant le feu dans ta rose narine,

De l’écume du mors tu lavais ses pieds blancs !

Penses-tu quelquefois, l’œil baissé vers la terre,

À ce maître venu dans ton désert natal,

Qui parlait sur ta croupe une langue étrangère,

Et qui t’avait payé d’un monceau de métal ?

Penses-tu quelquefois à ta jeune maîtresse,

Qui, pour parer ta bride, houri d’un autre ciel,

Détachait les rubis ou les fleurs de sa tresse,

Et dont la main t’offrait de blancs cristaux de miel ?

Où sont-ils ? que font-ils ? quels climats les retiennent ?

Les vaisseaux dont tu vois souvent blanchir les mâts,

Ces grands oiseaux des mers qui vont et qui reviennent,

Sur ton sable doré ne les déposent pas !

Ne les hennis-tu pas de ton naseau sonore ?

Ton cœur dans ton poitrail ne bat-il pas d’amour

Quand ton oreille entend dans les champs de l’aurore

Résonner les doux mots qu’ils t’apprirent un jour ?

Oh ! oui ; car de ta selle, en détachant mes armes,

Tu me jetas tout triste un regard presque humain !

Je vis ton œil bronzé se ternir, et deux larmes

Le long de tes naseaux roulèrent sur ma main !

Quand tes beaux pieds distraits errent, ô jeune fille !

Sur ce sable mouillé, frange d’or de la mer,

Baisse-toi, mon amour, vers la blonde coquille

Que Vénus fait, dit-on, polir au flot amer.

L’écrin de l’Océan n’en a point de pareille !

Les roses de ta joue ont peine à l’égaler,

Et quand de sa volute on approche l’oreille

On entend mille bruits qu’on ne peut démêler :

Tantôt c’est la tempête, avec ses lourdes vagues,

Qui viennent en tonnant se briser sur tes pas ;

Tantôt c’est la forêt avec ses frissons vagues ;

Tantôt ce sont des voix qui chuchottent tout bas.

Oh ! ne dirais-tu pas, à ce confus murmure

Que rend le coquillage aux lèvres de carmin,

Un écho merveilleux où l’immense nature

Résume tous ses bruits dans le creux de ta main ?

Emporte-la, mon ange, et quand ton esprit joue

Avec lui-même, oisif, pour charmer tes ennuis

Sur ce bijou des mers penche en riant ta joue,

Et fermant tes beaux yeux recueilles-en les bruits.

Si dans les mille accens dont sa conque fourmille

Il en est un plus doux qui vienne te frapper

Et qui s’élève à peine au bord de la coquille

Comme un aveu d’amour qui n’ose s’échapper ;

S’il a pour ta candeur des terreurs et des charmes,

S’il renaît en mourant presque éternellement,

S’il semble au fond d’un cœur rouler avec des larmes,

S’il tient de l’espérance et du gémissement,

Ne te consume pas à chercher le mystère !

Ce mélodieux souffle, ô mon ange ! c’est moi.

Quel bruit plus éternel et plus doux sur la terre

Qu’un écho de mon cœur qui m’entretient de toi ?

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Autor
Alphonse de Lamartine (1790–1869) · Wikidata Q188697
Título
Deux poésies d’A. de Lamartine
Lengua
francés
Época
Romanticismo
Sala
La Biblioteca
Identificador
ws-fr-deux-poesies-da-de-lamartine--alphonse-de-lamartine-fa9d04
Cita recomendada
Alphonse de Lamartine, «Deux poésies d’A. de Lamartine», Poetósfera, poetosfera.com/p/ws-fr-deux-poesies-da-de-lamartine--alphonse-de-lamartine-fa9d04.html

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